Congrégation du Saint-Esprit en France





 





900 Spiritains mobilisés !

1918-2018... 100 ans
Il y a 100 ans prenaient fin quatre années terribles. 1914, la congrégation du Saint-Esprit compte 2000 membres : 900 pères, 700 frères et 400 jeunes en formation. Conduite par Mgr Le Roy depuis 18 ans, elle est organisée en 6 Provinces -France, Irlande, Allemagne, Portugal, États-Unis, Belgique-Hollande- avec trois communautés principales : Maison mère, Castlehead, Séminaire français, Les Provinces forment et envoient des missionnaires dans l'un des 30 territoires de missions confiés à la Congrégation. Les deux grandes maisons de formation en Europe étant Chevilly et Knechtsteden. 
Pour la Congrégation, le temps est à l'orage au début du 20ème siècle. 1901/1903, c'est la remise en question de l'existence légale avec Waldeck-Rousseau et puis, l'interdiction des œuvres spiritaines avec Combes. 1902, c'est l'éruption de de la Montagne Pelée et parmi ses nombreuses victimes, 13 Spiritains. 1910, c'est la révolution portugaise, la fermeture des collèges spiritains et la dispersion des communautés. La « Grande guerre » comme on disait, constituera  le 4ème grand choc de ce début de 20ème siècle. Choc d'autant plus douloureux pour la Congrégation que ses membres appartiennent aux belligérants des deux camps. Beaucoup se connaissent, ont étudié ensemble, ont « missionné » ensemble. L'internationalité est de mise dès la formation. Des Français et des Allemands étudient en Belgique, les Alsaciens en Allemagne ou en France, des Polonais en Allemagne... Et après la formation, cette internationalité se poursuit en mission. Ce conflit sera douloureux pour tous dans la mesure où tous se veulent fidèles à leur patrie comme à la congrégation,  douleur d’autant plus vive pour les Alsaciens et les Lorrains, français jusqu’à 1870, puis allemands par la suite.

Mon propos de ce matin veut avant tout souligner combien, malgré des épreuves « hors norme », la Congrégation du Saint-Esprit loin de faire preuve de frilosité a su témoigner d'un dynamisme, d'une solidarité et d'une espérance étonnante. Le fait que ceux qui étaient alors en responsabilité, supérieurs, économes, formateurs... ont travaillé ensemble, manifestant un réel  esprit de famille, n'y est certainement pas étranger. Et le fait qu'une grande place ait été donnée à la communication et à l'information, y a grandement contribué.

En quatre ans, 900 Spiritains soit près de la moitié de la Congrégation, ont été mobilisés : environ 500 de la Province de France et un peu plus de 300 de la Province d'Allemagne, mais toutes les Provinces ont été concernées.
Côté Province de France, les mobilisés sont en majorité bretons ou normands, mais on compte aussi des Alsaciens, des Lorrains, des Italiens, des Suisses, des Antillais et Réunionnais : une moitié d'étudiants, spiritains ou du Séminaire colonial, une moitié de pères et de frères.
Côté Province d'Allemagne, les mobilisés comptent une soixantaine d'Alsaciens, Lorrains, Suisses allemands et Polonais. Pour la moitié ce sont des étudiants et les autres sont au ¾ des frères. En Belgique-Hollande, les mobilisés sont en majorité des étudiants  
D’une manière générale, les spiritains mobilisés étaient très jeunes. La plupart n’avait pas 30 ans, le plus grand nombre entre 20 et 25. Les plus jeunes sont combattants, les autres infirmiers ou brancardiers. Tous ont rejoint la congrégation du Saint-Esprit pour « partir en mission ». Quelques uns auront connu l’Afrique ou les Antilles avant ou après la Guerre. Mais pour un certain nombre d’entre eux qui rêvaient de Zanzibar, Bangui, Dakar, ou Pointe-à-Pitre, ils ne connaîtront que la Picardie, la Chaussée des Dames ou Salonique. Les champs de bataille seront leur unique pays de mission. Les prêtres assureront le culte et les sacrements. Les séminaristes accompagneront blessés et mourants. Tous auront un rôle de confidents, apportant un soutien moral et spirituel. Charité, foi et patriotisme représentent l’essentiel de leur action à tous. A la guerre, ils rencontrent une population éloignée de l’Eglise, et dont ils partagent les souffrances. Face à la mort, nombre de soldats redonnent une dimension religieuse à leur vie. Brottier disait, en substance, que les bombardiers allemands remplissaient les confessionnaux parisiens. On retrouvera des Spiritains sur tous les champs de bataille : de la mer du Nord à la Baltique, de l'Alsace aux Dardanelles, de l'Afrique au Moyen Orient. On en retrouvera aussi dans les camps de prisonniers en Europe, en Afrique ou aux Indes. Ce conflit qui fera plus de 35 millions de morts portera un rude coup à la Congrégation :  : 136 jeunes seront tués, 81 côté français et alliés et 55 côté allemand et alliés ; plusieurs mourront par la suite. Il faut également prendre en compte les innombrables blessés, et tous les mutilés. Certains grièvement blessés, ne pourront plus envisager un départ en mission. 
 
Dès le début du conflit, c'est le sort de la Belgique qui bouleverse le monde et la Congrégation. Le pays est dévastée. L'école de Gentinnes est placée sous protection de la Croix-Rouge. Celle de Lierre et le scolasticat de Louvain sont détruits. Une partie des élèves trouve refuge chez les Jésuites aux Pays-Bas. Le Provincial d’Allemagne, Acker, se montre solidaire de l’ensemble de la Congrégation : il apporte une aide directe aux spiritains belges et gère tant bien que mal l'afflux des blessés dans les quatre maisons de sa Province, qui accueilleront jusqu'à 8500 victimes, Saverne en recevra plus de la moitié.


Conférence
par Bernard Ducol