Carte blanche à...   
P. Armel Duteil

« AMOUR ET VERITE DANS LE MONDE DU TRAVAIL »

(d ‘apres une rencontre JOCF à Dakar)


Nous avons d’abord partagé ce que nous comprenons de ces mots AMOUR, VERITE et PARDON, dans le MONDE DU TRAVAIL. Voici certaines des choses que nous avons dites.

Pour nous chrétiens, l’amour c’est bien sûr le premier commandement de Jésus. Et quand Jésus nous dit : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous aimés », ce n’est pas un commandement, ce n’est pas seulement un exemple, c’est la possibilité de changer de vie. Quand Jésus nous dit « aimez-vous les uns les autres », Il nous donne en même temps les moyens de nous aimer en vérité.

Jésus était un travailleur. Il faisait un petit métier, c’était un charpentier de village. Il est donc spécialement proche de tous ceux qui sont dans le secteur informel, et qui se débrouillent comme ils peuvent, pour vivre et faire vivre la famille. On a appelé Jésus l’ami des petits et des pauvres. Il est l’ami de ceux qui se débrouillent comme les « coxers » dans les cars rapides, comme les petits porteurs au marché, comme les mamans qui vendent des arachides ou des beignets aux stations-service, pour pouvoir payer la nourriture et les fournitures de leurs enfants.

Ce qui est important dans tout cela, c’est de reconnaître Jésus dans chacun de nos frères. En wolof, on dit « Nun nepp ay doomi Adama lanu » (tout homme est fils d’Adam). Nous les chrétiens nous disons que tout homme est fils de Dieu. C’est cela la dignité de tous les travailleurs, de tous les hommes et les femmes. Il s’agit donc de reconnaître dans chaque travailleur un frère et une sœur de Jésus. Et grâce à cela de l’aimer, de le respecter. Je ne peux pas croire en Dieu, si je ne respecte pas les travailleurs, mes frères et mes sœurs, les enfants de Dieu.

Plus largement ces qualités : l’amour, la vérité et le pardon, ce sont les qualités de Dieu Lui-même. Jésus a dit devant Pilate au moment où on le condamnait à mort : « Je suis venu rendre témoignage à la vérité » (Jean 18,3-7).  Et Il a aimé jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Par rapport à la vérité, il ne s’agit pas seulement de laisser le mensonge, mais d’être vrai dans tout ce que nous vivons, d’être clairs, d’être dignes de confiance, de faire le mieux possible ce que nous faisons. Jésus disait : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jean 3,19).

Travailleurs chrétiens, nous sommes appelés à être les témoins de Jésus travailleur. Notre responsabilité c’est de permettre à tous les travailleurs d’entrer dans le Royaume de Dieu. Pour cela, il ne s’agit pas de parler sans arrêt de prière, ou de répéter des phrases de l’Evangile, parfois à tort et à travers. Nous serons témoins de la vérité de Dieu, si nous aidons nos frères et nos sœurs travailleurs à entrer dans la lumière. Etre vrai dans toute notre vie, cela peut nous paraître difficile. En fait, c’est une grande joie. Comme nous le dit aussi Jésus : « La vérité nous rendra libres (Jean 8,32). Il n’y a pas de vraie liberté sans vérité, aussi bien dans notre travail que dans le reste de notre vie. Vivre dans la vérité c’est aussi travailler avec tous, sans rejeter personne, sans mensonge et sans jalousie entre travailleurs. C’est aider tous les travailleurs, quelle qu soit leur ethnie ou leur religions à vivre dans la vérité.

Nous avons également parlé de l’importance du pardon dans le travail. D’abord, en remarquant que l’amour c’est un sentiment profond, que l’on doit vivre en vérité et dans le pardon. Jésus a pardonné tout au long de sa vie. Il est important, quand il y a des problèmes et des jalousies entre travailleurs, de savoir se pardonner. Et aussi entre patron et travailleurs. Ce ne sont pas seulement les travailleurs qui doivent supporter et pardonner au patron les mauvaises choses qu’il fait, les injustices et les colères. Le patron doit aussi savoir demander pardon quand il a mal agi envers les travailleurs. Pour beaucoup, pardonner c’est s’humilier. Alors que l’humilité, la franchise et la sincérité sont nécessaires dans la vie. Un patron qui demande pardon à ses travailleurs ne s’abaisse pas. Au contraire, il grandit parce qu’il devient comme Dieu qui nous pardonne toujours.

Le pardon est très important dans l’Islam, autant que dans l’Evangile. Tous les versets du Coran commencent par cette phrase : « Au nom de Dieu, le compatissant, le Miséricordieux ». Pardonner c’est agir comme Dieu, et nous rapprocher de Lui. Il s’agit de pardonner comme Dieu, mais aussi avec l’aide de Dieu. C’est Dieu qui nous apprend à pardonner, et qui nous aide à le faire. Et alors nous pouvons dire en vérité : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi, à ceux qui nous ont offensés ». Dieu est toujours prêt à nous pardonner, Il n’attend pas que nous lui demandions pardon, Il vient lui-même nous proposer son pardon. C’est aussi cela que nous avons à faire, quand nous avons eu un problème ou une opposition au travail. Et pour cela, nous commençons par prier dans notre cœur, pour recevoir la lumière et la force de l’Esprit Saint.

Nous avons aussi relevé le comportement de Jésus. Il ne condamne pas la femme adultère (Jean 8,1), Il ne l’humilie pas. Alors que tous les hommes voulaient la tuer à coups de cailloux, Jésus lui dit : « Je ne te condamne pas, va en paix ». Mais en même temps Il l’aide à changer sa vie et lui dit: « Ne pèche plus ». Quand la prostituée vient chez Simon le pharisien (Luc 7,36), Simon ne voit dans cette femme qu’une prostituée, qui vend son corps pour de l’argent. Non seulement Il méprise cette femme, mais il méprise Jésus. Il se dit : » si Jésus était un prophète il saurait que cette femme est une prostituée ». Jésus sait bien qu’elle se prostitue, mais Il l’accueille. Quand Il regarde cette femme il ne regarde pas son péché, Il regarde son cœur. Il comprend sa souffrance et sa tristesse. Il voit sa volonté de changer de vie. C’est pour cela qu’Il dit à Simon : « Il lui sera beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé ». Jésus ne voit pas le péché de cette femme, Il voit son amour. C’est de cette façon-là que nous devons regarder nous aussi nos frères et nos sœurs travailleurs, quand ils nous font du mal ou qu’ils nous font souffrir.


II) Que penser de cela ?

Nous avons constaté que souvent, il n’y a pas d’amour dans le monde du travail. Pourquoi cela ? Voici quelques réponses que les participants ont apportées. Du côté du travailleur, si tu arrives en retard, ou que tu ne fais pas bien ton travail, tu énerves le patron et cela amène des disputes. A l’inverse du côté du patron, le travailleur travaille bien mais son patron ne le paye pas normalement. Il lui parle mal, sans respect. Il paye mieux, d’autres qui travaillent moins et qui sont moins sérieux que ce travailleur. Et alors c’est la haine, les oppositions entre les gens. Il y a donc des manques de pardon des deux côtés. Et aussi des manques de respect de la parole donnée. Souvent il y a de l’hypocrisie. On fait semblant de s’aimer, mais dans le cœur c’est la rancune.

Certains patrons trompent les gens. Ils leur promettent un CDI (un contrat à durée indéterminée) mais ils ne le donnent jamais. Ils prennent des gens comme bénévoles (comme volontaires) et les font travailler sans les payer, pendant un ou même deux ou trois ans. Et au bout de trois ans, ils les renvoient en leur disant qu’ils n’ont pas de quoi les payer. Ils l’ont donc exploité jusqu’au bout. Et quand ils ont renvoyé ce travailleur, ils prennent à nouveau un autre bénévole, qu’ils vont faire travailler ainsi sans le payer. Il y a du travail mais le patron préfère exploiter des gens en recherche d’emploi, plutôt que prendre des travailleurs, de les inscrire à l’inspection du travail, et de le payer normalement.
diplôme égal, on ne donne pas le même salaire à tous les travailleurs, même s’ils font le même travail. Il y a en particulier des inégalités entre les travailleurs hommes et femmes.

Du côté des travailleurs, certains travailleurs ne font pas ce qu’ils doivent faire. 0n dirait qu’ils n’aiment pas leur travail, et ne le font simplement que pour gagner de l’argent, mais que leur vie est ailleurs. Dans ces conditions, ce n’est pas possible d’être heureux dans son travail.

Certains travailleurs sont méchants, ils n’hésitent pas à mentir et dire du mal de l’autre, pour lui nuire. Des travailleurs font la sorcellerie et le maraboutage, pour prendre la place de ceux qui sont au-dessus d’eux, pour les faire les renvoyer, ou pour leur apporter le malheur. Ce qui tue le monde du travail c’est l’injustice et la discrimination. On méprise l’autre, surtout s’il appartient à une autre ethnie ou vient d’un autre pays


III) Que faire ?

D’abord, vivre notre travail dans la foi. Le premier travailleur c’est Dieu. C’est Lui qui a créé le monde et continue à faire vivre le monde. Si Dieu oubliait le monde, le monde disparaîtrait tout de suite. Dieu est Amour, Dieu est Vérité. C’est avec Dieu et grâce à Dieu, que l’on peut vivre dans l’amour et dans la vérité. Cela nous demande de connaître en vérité la Parole de Dieu. Pas seulement réciter par cœur des passages du Coran ou de la Bible, mais les comprendre, les méditer, voir comment les appliquer à notre vie, et être capable aussi de les expliquer aux autres.

Pour mettre l’amour et la vérité dans le monde du travail, ne comptons pas seulement sur nos propres forces, mais sur l’aide de Dieu. Et donc sur la prière. Dans chacune de nos religions, la prière est importante. Mais là encore, il ne s’agit pas seulement de réciter des prières par cœur. Il s’agit d’écouter Dieu qui nous parle dans notre cœur,. Et pour cela, nous tenir en silence devant Dieu. Puis, prier Dieu en lui disant : « Dieu, montre-moi ce que je dois faire. Et donne-moi la force de le faire ». Et pour les chrétiens, prier et écouter le Saint Esprit. Et nous demander : » si Jésus était là, qu’est-ce qu’il ferait ? ». Nous avons une chance. Cette semaine nous allons commencer le Ramadan du côté des musulmans, et du côté des chrétiens, nous allons aller au pèlerinage national à Popenguine, comme chaque année,. C’est un appel de Dieu pour nous respecter, et surtout pour travailler ensemble, chrétiens et musulmans. Et nous appuyer les uns sur les autres, pour rendre meilleur le monde du travail.

C’est vrai que certains patrons ne nous aiment pas. Ils ne nous respectent pas, et même ils nous font souffrir et ils nous exploitent. Ce n’est pas normal. Il faut agir pour que les droits des travailleurs soient respectés, que le Code du Travail soit mis en pratique, et qu’on arrête de nous tromper. C’est pour cela que notre mouvement de la JOC est tellement important, pour réfléchir ensemble. Et voir comment agir ensemble le mieux possible « pour un travail décent ».

La première chose, c’est de nous aimer entre travailleurs. C’est le commandement le plus important que Dieu a donné au prophète Moïse, Moïse qui est un prophète commun à nous tous. Dieu a parlé à tous les hommes, et pour tous les travailleurs en disant : « Aime Dieu de tout ton cœur, aimes ton prochain comme toi-même ». Et nous avons l’exemple de Jésus, le Fils de Marie, dont on parle souvent dans le Coran : « Insa, Ibn Mariama ». Jésus qui nous dit : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ».

Sans oublier de garder les 10 commandements dans le travail. D’abord « Tu adoreras Dieu seul, et tu le serviras de tout ton cœur »: Tu ne feras pas de l’argent ton Dieu. Tu ne feras ni maraboutage, ni sorcellerie, ni magie. Et ensuite : « Tu ne voleras pas. Tu respecteras ce qui appartient à ton frère et ta soeur. Tu ne voleras pas. Tu ne feras pas l’adultère », même pas pour avoir un travail ou pour avoir une meilleure place (« la promotion canapé »).

Mais si tu veux qu’on te respecte, il faut aussi te respecter toi-même, et être sérieux dans ton travail. Nous aimons les travailleurs, mais aussi notre travail. Il y a des travailleurs qui en font le moins possible. Et même s’ils font bien leur travail, ils n’aiment pas leur travail. Ils attendent que le travail soit fini pour avoir des loisirs, pour vivre en famille, retrouver les autres… Tout cela est important, mais la plus grande partie de leur vie, ils la passent justement au travail. Il ne faut pas que ce soit du temps perdu. Quand tu travailles sérieusement, tu travailles comme Dieu, tu travailles avec Dieu, tu construis le Royaume de Dieu. Saint Pierre nous dit (2° Pierre 3,13): « Nous espérons des cieux nouveaux et une terre nouvelle ». Cette terre nouvelle que Dieu nous a promise, c’est par notre travail que nous la construisons.

Rapporté par Armel Duteil



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