Carte blanche à...   
P. Armel Duteil

REFUGIES ET MIGRANTS  (suite)

Réflexions sur le message du Pape pour la Journée Mondiale de la Paix du 1er janvier 2018.

Souvent on distingue entre les réfugiés, victimes de la guerre et qui cherchent à obtenir le droit d’asile, et les migrants économiques, victimes de la pauvreté. En fait, les 2 vont ensemble. D’ guerre est l’une des causes principales de la pauvreté, dans notre continent comme partout. Et comme les migrants économiques ne sont généralement pas acceptés dans les pays occidentaux, ils cherchent eux aussi à obtenir de droit d’asile. De toutes façons, ils sont tous dans une situation inhumaine. IIs ont tous besoin d’être secourus. Que l’on meure de la guerre ou de la faim, cela ne change rien. Et tous meurent noyés en Méditerranée, sans distinction. C’est notre devoir d’humanité de venir à leur secours. Sans oublier que la liberté de circulation est un droit pour tous les hommes. Et tous les pays en ont profité. Les Etats Unis, après le génocide des indiens ont été peuplés par les esclaves noirs et des réfugiés irlandais et autres, qui tous ont participé à la construction du pays. De même que la France par exemple s’est développée au 19°) siècle, au moment de la révolution industrielle, grâce la venue des réfugiés italiens, espagnols, portugais et polonais…sans qu’on ait besoin de remonter à tous les déplacements de population au moment de la chute de l’empire romain…et même avant cela.

C’est donc tous et chacun qui doivent participer à cet accueil des migrants et des réfugiés. Ce n’est pas d’abord une question d’argent. Même si tu n’as pas d’argent, tu peux accueillir les personnes nouvelles qui viennent dans le quartier, au moins les saluer et leur expliquer la vie du quartier. Tu peux encourager ceux qui ont perdu l’espoir. Tu peux consoler ceux qui pleurent. Tu peux leur ouvrir ta maison, et ton cœur, et leur offrir au moins un verre d’eau. Tout cela est très important. C’est la première chose à faire et tous nous pouvons le faire.

Un certain nombre d’ONG travaillent chez nous et participent au développement du pays. Ce n’est pas toujours d’une façon désintéressée, car la politique des pays développés c’est de lutter contre la pauvreté dans les pays du tiers-monde, de manière à ce que les gens restent dans leur propre pays, au lieu d’aller chez eux. Ce soutien au développement est important. Il peut fournir une aide essentielle dont nous devons savoir profiter. Et les personnes de ces ONG qui travaillent chez nous peuvent découvrir la vie des gens, leurs vrais problèmes, et aussi leur culture et leurs qualités de même que leurs joies de vivre. Ils peuvent alors faire prendre conscience aux habitants des pays développés, de toutes ces valeurs.

Ils peuvent aussi influencer la politique des pays occidentaux d’où ils viennent. Ainsi en France, le gouvernement cherche à répondre aux demandes d’asile des réfugiés, même si bien sûr il n’acceptera pas toutes les demandes. Par contre, il veut renvoyer les autres migrants dans leur pays. Cela est absolument inadmissible. Et en France, de nombreuses associations s’opposent à cette façon de faire, ce qui est très positif.

Cela nous montre que l’action en faveur des réfugiés et des migrants doit être internationale. Les actions dans les différents pays doivent être organisées et coordonnées pour une action commune, en lien si possible avec les Nations Unies, car nous vivons dans le même monde. Le Pape parle sans arrêt de notre « maison commune », nous sommes une seule famille.


L’Eglise au Sénégal a une organisation qui se consacre essentiellement à l’accueil et au soutien des migrants et des réfugiés, une section de la Caritas qui s’appelle le PARI, Point d’Appui pour les Réfugiés et les Immigrés. Bien sûr cette organisation ne peut pas tout faire. C’est pour cela qu’il est si important que chaque personne essaye de connaître, d’accueillir et d’aider selon ses moyens, les réfugiés et migrants qui sont parmi nous. Cette action doit être aussi communautaire, en particulier au niveau des CEB (communautés chrétiennes de quartier), et des associations comme les Femmes Catholiques ou le CPJ (Coordination Paroissiale des Jeunes). Il y a déjà beaucoup de gens qui font de belles choses dans ce domaine, mais il est important que les chrétiens s’engagent encore plus dans ce domaine. Le Pape a demandé, que chaque paroisse et chaque communauté religieuse accueille une famille de réfugiés en son sein. Nous devons bien reconnaître que cela ne se fait pas chez nous.

On ne doit pas agir tout seul. Jésus a dit : « Vous êtes la lumière du monde (mat 5,14) ; vous êtes la levure dan la pâte ( Mat 13,33)». C’est important de participer aux efforts de l’Etat, en particulier pour donner du travail aux jeunes. En effet ce sont surtout des jeunes qui partent dans les pays du nord. Mais il y a aussi des femmes, et même des enfants.

2)-AGIR SUR LES CAUSES : L’une des principales causes, c’est la pauvreté : Ils n’ont pas de quoi vivre dans leur pays, alors ils vont tenter leur chance dans les pays occidentaux. Il ne suffit donc pas de donner des conseils. Il faut agir sur cette cause importante de l’exode des personnes.

On peut noter aussi au niveau des jeunes, un manque de sens civique et d’amour pour notre pays. Il est donc essentiel pour les chrétiens, dans les écoles catholiques et dans les mouvements d’action catholique, de développer ce sens civique et l’amour du pays. Et aussi auprès des associations de jeunes et adultes, auprès des parents et de tous les citoyens.

A ce niveau, on doit donc se poser des questions sérieuses sur les personnes que l’on présente dans notre pays comme des modèles à imiter. La plupart ce ne sont pas des gens qui travaillent au développement du pays. Ce sont les artistes, les chanteurs, les footballeurs et les lutteurs. Tant que ces personnes seront les modèles de la jeunesse, ils ne s’engageront pas dans le travail. Et ils seront des proies faciles aussi bien pour le terrorisme que pour l’émigration.

Il est important aussi de lutter dans le pays contre le tribalisme. Il y a parfois des manques de respect par exemple envers les ethnies du nord ou les ethnies minoritaires, envers les éleveurs de la part des cultivateurs, et des gens des villes envers les gens des villages. Souvent, les africains qui viennent des pays du sud ne sont pas respectés : on les traite de « niack ». Ils sont même insultés avec des termes péjoratifs et humiliants. Les réfugiés, migrants et autres étrangers ont le droit au respect.

Il faudrait aussi mener toute une action auprès des médias qui présentent souvent les pays occidentaux comme des pays où la vie est facile, où tout le monde est heureux, est riche et peut vivre sans aucune difficulté. Il est bien évident que certaines émissions et films (Novelas, etc…) poussent les jeunes à partir.

Le gouvernement veut développer le tourisme, parce que c’est une source de revenus. Mais les touristes amènent non seulement la drogue ou la prostitution, mais aussi des idées qui poussent à l’émigration. Ils se reposent, ils ont des appareils photo et des caméras, ils sont bien habillés, et ils ont de l’argent. Tout cela pousse jeunes et adultes à partir chez eux. Car on ne comprend pas que, s’ils sont venus en vacances pour un mois, ou même seulement quelques jours, ils ont travaillé durement tout au long de l’année pour cela. Et que les conditions de vie sont souvent difficiles en Europe pour les habitants du pays, et encore plus pour les étrangers, surtout les réfugiés, et les émigrés qui arrivent clandestinement.

Les émigrés qui reviennent au pays apportent aussi cette mentalité d’évasion et ces illusions. En effet ce sont seulement les émigrés qui ont trouvé un travail et des conditions de vie acceptables, qui ont les moyens de revenir au pays en apportant, des cadeaux à la famille. Très souvent ils ne disent pas la vérité. Ils ne disent pas combien ils ont souffert. Ni qu’il y a beaucoup d’autres émigrés qui n’ont même pas les moyens de vivre et de manger sur place.

Le Pape François a proposé dans son message du 1° janvier quatre actions : accueillir, protéger, aider et accepter parmi nous (intégrer). Intégrer ce n’est pas assimiler. Les étrangers doivent s’intégrer dans ce sens qu’ils doivent respecter les lois du pays d’accueil, et se conduire comme de bons citoyens, même s’ils sont étrangers. Et se comporter d’une façon humaine, en respectant les droits des autres. En même temps, il s’agit de les intégrer, c’est-à-dire de les accueillir et non pas de les assimiler. Ni de vouloir qu’ils deviennent comme nous. Cela deviendrait un grand appauvrissement pour chacun d’entre nous. C’est dans la mesure où ils restent eux-mêmes, avec leur culture et leurs qualités, qu’ils pourront nous enrichir humainement et spirituellement.. Il y a là une chose importante à réfléchir et à approfondir.

Nous avons dit qu’il faut travailler avec l’Etat et les ONG. En tant que croyants chrétiens, il est tèrs important que nous travaillions avec nos amis musulmans. Le Pape François nous en donne une base dans sa lettre où il les cite trois fois le prophète Moïse qui nous dit : « Tu accueilleras l’étranger parce que tu as été toi-même étranger en Egypte. Tu accueilleras l’étranger, la veuve et l’orphelin ». Les musulmans connaissent comme nous Moïse (Moussa). Dans le Coran, on insiste aussi beaucoup sur les qualités humaines du bon croyant, et sur l’importance de l’accueil de l’étranger. C’est pour cela qu’il est important de lire et de travailler ce message. Pas seulement dans les communautés chrétiennes, mais de le partager avec les organisations étatiques, avec les personnes engagées dans les ONG et les différentes associations, et avec les autres croyants.


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