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du P. Armel Duteil


3° semaine de Carême : « TA JUSTICE MARCHERA DEVANT TOI » (Isaïe)

Voyons où nous sommes arrivés dans notre marche du Carême vers Pâques. Nous avons dit :

Changer notre cœur, changer notre vie, vivre avec Jésus Christ pour ressusciter à une vie nouvelle, enseigner la Parole de Dieu autour de nous par nos paroles mais surtout par notre vie et par notre témoignage, aimer davantage nos frères. C’est tout cela qui donne son sens aux trois choses du carême, que Jésus nous a présenté dans l’Evangile le jour du mercredi des cendres : le jeûne, la prière et l’aumône.


La prière: la prière personnelle, écouter la Parole de Dieu dans notre coeur. C’est pour cela que Jésus nous dit : « quand tu pries, rentre dans ta chambre, ferme ta porte pour pouvoir accueillir la Parole de Dieu en silence ». Pas seulement réciter des prières, mais nous tenir en silence devant Dieu. Ecouter le Saint Esprit dans notre coeur. Alors il nous éclairera. Ne pas seulement demander des choses, mais adorer Dieu et Lui dire merci.

Et puis, prier aussi en famille.

Rejoindre une communauté ou un groupe chrétien, pour prier et agir ensemble

L’aumône : Non seulement donner aux pauvres un peu d’argent ou de nourriture, mais les soutenir et les encourager. Et les aider à gagner leur vie par eux-mêmes.

Le jeûne c’est pour aimer davantage nos frères. Si j’ai faim pendant 40 jours, c’est pour penser à ceux qui ont faim pendant toute leur vie. Et donc, les aider et m’engager pour eux. Voilà le vrai jeûne que Dieu aime. Aimer, c’est aussi partager la lumière de l’Evangile et chercher ensemble le chemin à suivre.


Relever nos frères et nos soeurs : Continuons notre méditation du texte d’Isaie. Dieu dit (n° 6) : « Le jeûne que je préfère, c’est de défaire les chaines injustes, de relever ceux qui sont abaissés, de rendre libres ceux qui sont exploités et écrasés. C’est de casser tout ce qui abaisse et fait souffrir l’homme ». Voilà la 1° chose que nous avons à faire pendant le Carême: Lutter contre les injustices. Soutenir ceux qui souffrent de toutes les façons possibles. Et en même temps, arrêter ceux qui font souffrir les autres, et les aider à changer. Comme Jésus a changé le coeur de Zachée.

Il ne faut donc pas séparer la vie religieuse et la vie sociale. Prier ne suffit pas. Pour aider les autres, on ne peut pas se contenter de les regarder. Ni de prononcer des simples paroles de pitié. Dieu nous demande de relever celui qui est écrasé, et d’aimer l’autre comme soi- même. A chacun de voir ce qu’il peut faire pour cela, chacun selon ses possibilités, là où il vit. Pas tout seul, mais ensemble avec les autres. Prenons le temps d’y réfléchir sérieusement à l’occasion de ce Carême. Relever les autres, c’est cela qui me guérit moi-même. L’autre est ma propre chair. Quand on fait du mal à l’autre, on se fait du mal à soi-même.


Le temps du Carême, c’est le temps de la libération du peuple : Dieu a libéré son peuple de l’esclavage d’Egypte, et il l’a fait entrer dans la terre qu’Il leur avait promise. Dieu a rendu l’espoir à son peuple en exil à Babylone, par le prophète Isaïe. Le temps de Carême, c’est le temps où nous cherchons à libérer notre peuple de toutes les formes d’esclavage, et où nous cherchons à construire un pays nouveau, « une terre nouvelle, où la justice habitera » (2° Pierre 3,13). Ce temps de carême nous appelle donc à construire notre pays. Il en a besoin. Quel que soit le pays où nous vivons, il y a des souffrances, des méchancetés et des injustices. Nous ne pouvons pas faire de miracles, mais nous pouvons faire quelque chose, si petit soit-il.

Isaie nous dit, au nom de Dieu : «  Si tu luttes pour la justice, on reconstruira chez toi les ruines. Tu relèveras les fondations des générations passées. On t’appellera celui qui répare les brèches et qui bouche les trous des murs. Celui qui refait les chemins, pour que tout le monde puisse marcher dans la paix, et habiter dans un pays de paix ». Pendant ce temps de Carême, Dieu nous appelle à reconstruire notre terre. Pas tout seul, mais avec tous les citoyens et citoyennes du pays. Et à mettre la paix autour de nous, en commençant pas notre propre famille. Nous ne devons pas seulement changer notre propre vie, ni seulement notre communauté chrétienne. Dieu nous appelle à changer notre pays tout entier. Cela nous demande de nous engager dans la société, chacun selon ses possibilités. Pour que Dieu libère notre peuple de tout mal et de tout ce qui l’écrase, comme Il a libéré le peuple hébreu au temps de Moïse, et le peuple d’Israël au temps de l’exil à Babylone. Que faire pour cela ? Voici la réponse d’une communauté de quartier : changer de comportement dans les lieux de travail ; vivre spirituellement ; chasser en nous les mauvais comportements, promouvoir l’union entre les habitants du quartier, bannir le racisme, créer un espace de dialogue inter religieux, rénover le système éducatif, sensibiliser sur l’utilisation rationnelle du courant électrique et de l’eau, lutter pour l’intérêt commun et non personnel ; mettre notre foi en pratique dans la société.

-Le Carême est un temps de joie et de bonheur, et non pas un temps de tristesse. Comme le dit Isaïe, au verset 9 : « Si tu fais cela, ta lumière éclatera comme la lumière du jour, tes blessures guériront rapidement, ta justice marchera devant toi, la gloire de Dieu te suivra. Quand tu crieras, Dieu te répondra. Quand tu l’appelleras, Il te dira : me voici... Si tu te prives de nourriture pour partager avec celui qui a faim, si tu donnes à manger à celui qui est exploité, alors ta lumière brillera dans la nuit, et ta lumière sera pour toi comme le milieu du jour. Dieu te conduira sans cesse, il te donnera à manger en plein désert, il donnera la force à tes os. Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source qui jaillit dans le désert et dont les eaux ne s’arrête jamais ». Le carême c’est cela : un temps de grâce, de joie et de bonheur, Et cette joie nous la partageons avec les autres, par le partage et l'accueil.

Et Dieu reprend : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi le malheureux sans abri, habille celui que tu rencontres nu, et ne rejette pas ton semblable. Alors, ta lumière se lèvera comme le soleil. Tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi. Et la gloire du Seigneur t'accompagnera...Alors, si tu appelles le Seigneur, il te répondra: Me voici. »

Un moyen pour nous aider à vivre le Carême : A chaque fois que je traverse une route ou une rue, je me rappelle que je suis conduit par Dieu dans le désert pour entrer dans une Terre Promise. Je regarde les autres personnes qui traversent la rue avec moi. Elles aussi sont conduites par leurs propres chemins, vers la Terre que Dieu promet à tous. En traversant la rue, je dis à Dieu, en lui disant : « Dieu, conduis-nous vers la Terre Promise ».

Les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ). En ce temps de Carême, elles se préparent dans tous les diocèses sur le Thème : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». La première qui a prononcé ces paroles, c’est Marie. Nous admirons les merveilles que Dieu a faites dans la vie de Marie. Elle prie pour nous, pour que nous sachions accueillir le Saint Esprit, comme elle l’a accueilli, quand l’ange Gabriel est venu lui demander d’être la mère de Jésus, le Sauveur du monde. Que nous sachions aimer comme Marie, qui a chanté ce chant quand elle est allée aider sa vieille cousine enceinte Elisabeth.

Le thème de ces JMJ nous appelle aussi à voir toutes les merveilles que Dieu continue de faire dans notre propre vie, dans notre Eglise et dans notre société. A chacun de nous d’entrer dans son cœur, et de voir toutes les bonnes choses qu’il a pu faire, avec l’aide de Dieu le Puissant. D’abord pour changer sa vie, ensuite pour aimer les autres, en commençant par sa propre famille. Car c’est important de prier Dieu, pas seulement pour lui demander son aide dans nos difficultés, mais aussi et surtout, pour lui dire merci.


C’est important aussi que dans nos communautés chrétiennes, dans nos mouvements et dans nos différentes associations, nous cherchions à voir les merveilles que Dieu continue à réaliser. Et que nous en parlions ensemble, pour voir comment continuer et augmenter ces bonnes choses. On nous dit, au sujet de la première communauté chrétienne, (Actes 2, 46) : « Ils louaient Dieu et se faisaient aimer de tout le monde. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à leur communauté, ceux qui étaient sauvés ». A nous de continuer cela aujourd’hui.

Mais nous ne restons pas enfermés dans notre Eglise. Dieu travaille aussi dans le monde. Son Esprit fait vivre notre société. Il y a des choses qui avancent, par exemple dans nos mairies. A nous d’y participer, pour que les choses se fassent avec plus de justice. Et d’abord pour les plus pauvres, et ceux qui en ont le plus besoin.

Dans nos quartiers il y a des associations et des tas d’organisations. Est-ce que nous cherchons à les connaitre ? Est-ce que nous savons voir les bonnes choses (les merveilles) qu’elles font ? Jésus nous demande d’apprendre à lire les signes des temps (Luc 12, 54-56) : « Vous savez s’il va pleuvoir, ou si il y aura du vent. Alors pourquoi ne comprenez-vous pas les choses qui se passent dans la société actuellement ? ». Est-ce que nous participons aux actions de ces organisations, pour les rendre meilleures ? Car nous sommes membres de nos quartiers, pas seulement de nos paroisses ou communautés chrétiennes.

Il y a aussi toutes les différentes ONG qui travaillent pour l’alphabétisation, la santé, les formations, la mise en place de petits projets économiques. Les associations qui luttent contre la drogue, la violence et l’insécurité. Et celles qui travaillent pour la défense des droits de l’homme dans ses différentes dimensions : enfants, femmes, pauvres, migrants…. Tout cela est très important. Est-ce que nous y sommes présents ? Car nous sommes des citoyens comme les autres.

Dans tout cela, c’est le Royaume de Dieu qui grandit. Un Royaume d’amour et de vérité, de grâce, de justice et de paix (Préface du Christ Roi). Est-ce que nous participons à ces actions, ou bien restons-nous en dehors ? Pourtant chaque jour nous prions en disant : « Notre Père, que Ton Règne vienne, sur la terre ». Sur toute la terre, pas seulement dans notre Eglise. Dans nos communes et nos quartiers, pas seulement dans notre paroisse.


articles précédents :
carême : semaine 2
carême : semaine 1
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