Congrégation du Saint-Esprit en France

 

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Marc Botzung - provincial

Dimanche de Pâques
Paris, rue Lhomond, le 1 avril 2018


« Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! Alleluia ! »

Cette annonce de Pâques, cette joyeuse et Bonne nouvelle qui nous rassemble ce matin et que nous avons chanté, est portée par l’ensemble de notre liturgie de ce jour, comme elle a jailli durant la nuit, lumière vive déchirant le rideau des ténèbres.
Et cette nouvelle fait notre joie.

Etonnamment pourtant, les textes de la Parole de Dieu ce matin semblent moins enthousiastes que nous, comme si l’éveil à ce qui se passe se faisait peu à peu, à rythmes très différents selon les personnes, chez Marie Madeleine, Pierre, chez l’autre disciple, en vous, en moi, alternant un soleil déjà réchauffant chez l’un et la persistance d’un nuage de brume chez un autre. Comme si l’Evangile voulait moins nous asséner une information que nous inviter à vivre une transformation, une ouverture, un éveil progressif et de rapidité variable. Peut-être comme lorsqu’on marche sur un chemin et que tous ne vont pas au même pas…
Etonnant encore, il n’y a pas de rencontre de Jésus dans l’Evangile ce matin ! C’est rare, et c’est quand même fort ! C’est fort comme si tout ce qui avait été fait, dit, vécu, prié, durant sa vie devait suffire – « tout est accompli » - et qu’aujourd’hui commençait un autre temps. Symboliquement c’est un premier jour de semaine, véritablement une autre manière de vivre et de croire. N’en rêvons pas, Jésus ne reviendra plus comme avant.

Cette absence de Jésus, ce deuil que nous avons partagé en ces jours où il fut mis à mort, a pris la suite et a comme ravivé dans notre communauté ces deux autres deuils que nous avons eu à vivre ces dernières semaines, ceux de Gaby (Borner) et de Gérard (Sireau) qui furent des nôtres ici il y a peu de temps encore. Eux non plus ne reviendrons plus comme avant, mais ce que nous vivons en ces jours, avec le Christ, nous permet d’espérer que leur vie ne fut pas inutile et qu’en eux – comme en nous - s’est opérée et s’opère encore la victoire de la vie sur la mort, de la miséricorde de Dieu sur le péché, de l’amour sur les forces de destruction. Cette force de vie qui les a conduits à suivre Jésus, le Christ, les a amenés à se laisser transformer peu à peu, intérieurement, à son école, par sa Parole, dans l’exposition de plus en plus radicale de tout leur être à la lumière du Christ jusqu’au jour du grand passage.

« Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut », nous dit l’apôtre Paul, il ne s’agit donc pas tant ce matin d’ouvrir nos oreilles à une Nouvelle que nous entendrions pour la première fois, que d’en laisser la lumière nous transformer au plus profond de nous-mêmes afin que nos vies, nos réflexions, nos relations, nos sentiments, nos choix, nos regards, nos visages s’en laissent modifiés et habités. Premiers signes que l’Esprit du Seigneur a désormais pris en nous le relai de Jésus qui pérégrinait sur les routes de Palestine et que nous continuons d’écouter, de contempler et de suivre… pour exercer dignement notre métier d’homme et vivre, en attitude de service,  notre condition de fils regardant le Père.

« Il vit et il crut », nous dit encore du disciple l’Évangile ce matin. La description de la scène donnée dans le texte est suffisamment minutieuse pour que nous comprenions aisément que la vision du disciple est celle d’une illumination intérieure, celle d’un étonnement, d’un soulagement, d’une paix et peu à peu d’une joie : celle de comprendre qu’il n’y a pas eu de rapt du corps, ni de nouveau sacrilège, mais un événement inouï qui venait confirmer que ce Jésus qu’ils avaient suivi était bien « le chemin, la vérité et la vie ». Sa force de vie et d’amour n’ont pas été anéantie définitivement sur la croix. Bien au contraire, le Père relève son Fils de l’anéantissement et confirme la vérité de son témoignage.

« Par ta lumière j’ai vu la lumière », nous dit un psaume. Oui, c’est bien parce qu’il a accepté de se laisser dessaisir de lui-même et de faire une place à la lumière de Dieu que le disciple, ce matin, a pu laisser la lumière se faire en lui et lui donner de voir. Une nouvelle vie débute pour lui… et peut-être pour nous.