Congrégation du Saint-Esprit en France
spiritains



P. Marc Botzung - provincial













Homélie prononcée par P. Marc Botzung - provincial

Mémoire de Claude Poullart des Places

Paris, la chapelle de la Maison-Mère, le 2 Octobre 2018


« Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? »

La question posée par les disciples à Jésus en ce jour me paraît éclairer une bonne part de la vie de notre fondateur Claude Poullart des Places, dont nous faisons mémoire aujourd’hui. Se poser la question de la première place n’est pas une question à rejeter. Elle exprime un désir, une quête, parfois une détermination, sans lesquelles il est difficile de réaliser sa vie, difficile de la réussir. Reste ensuite à laisser le Christ de l’Évangile faire son œuvre dans la manière d’y parvenir.

J’oserai dire que Poullart des Places a pris ce risque, ce que je reprendrai avec quatre étapes de sa vie auxquelles feront écho des propos du Pape François. Une manière de nous dire l’actualité et la pertinence des choix faits par notre fondateur pour aujourd’hui.

Comme presque toujours, le premier pas décisif s’effectue le jour de la rencontre du Christ comme interlocuteur présent, aimant et disponible dans la vie du jeune Poullart. Le Christ ressuscité et vivant devient l’autre de ses méditations et dialogues.

Le deuxième pas s’opère dans l’intériorisation de certains traits de la personnalité du Christ, notamment dans le don qu’il fait de lui-même et dans le renoncement aux privilèges qu’il accepte : « de riche qu’il était, il s’est fait pauvre » nous dit St Paul (2 Co 8,9). Interpellation pour le jeune Claude, chemin de dépouillement, chemin intérieur d’une suite du Christ. « Vivre la nouveauté de l’Évangile ‘signifie vivre de manière à refléter la pauvreté du Christ, dont la vie entière était centrée sur l’accomplissement de la volonté du Père et le service des autres’ », nous dit le Pape aujourd’hui. Claude Poullart des Places est un homme entier et concret : pas de suite du Christ pauvre, sans entrer soi-même dans une vie de détachement et de don de ses biens, puis de sa vie, aux pauvres.

La troisième étape, signe d’approfondissement d’une vie spirituelle et d’une sortie de soi, sera de découvrir peu à peu le Christ présent sur le visage des pauvres.

Pour le dire à la manière du Pape François :

« Une Eglise pauvre pour les pauvres commence par aller vers la chair du Christ. » Et un récent document romain consacré à l’économie des congrégations indique : « La contemplation du visage du Père révélée dans le Christ Jésus, la dimension concrète de son amour manifesté dans l’Incarnation du Fils, conduit à le découvrir dans tous les pauvres et les exclus. (…) Les personnes consacrées sont appelées non seulement à la pauvreté personnelle (…) mais aussi à une pauvreté communautaire ; ce ne sont pas seulement les membres qui doivent se détacher de leurs biens, mais aussi les institutions : ‘les couvents vides ne nous appartiennent pas, ils sont pour la chair du Christ.’ (…) La communauté est appelée à exercer le discernement non pas tant pour distinguer les catégories de pauvres, mais pour se faire proche d’eux, quels qu’ils soient et partout où elle les rencontre, pour connaître la pauvreté capable de l’enrichir ‘dans la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour du Christ.’ »


Enfin quatrième temps déjà ébauché avec ce qui a été dit, Claude Poullart des Places, suffisamment dépouillé de lui-même, de son rang, de ses titres, sert le Christ en servant les pauvres. Ce service deviendra de plus en plus fortement celui de ses compagnons, ceux-là même qui continueront son œuvre parce que marqués par son exemple. Il n’est pas possible de servir réellement les pauvres sans les rencontrer d’abord comme des frères.

La question posée aujourd’hui dans l’Évangile « qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? » ne nous est pas renvoyée pour une réponse qui serait une belle parole. Elle engage bien plus : nos actes, nos vies. Amen.