Congrégation du Saint-Esprit en France
spiritains



P. Marc Botzung - provincial













Homélie prononcée par P. Marc Botzung - provincial

Profession religieuse de Misaël et Luis

Chevilly-Larue, le 9 septembre 2018


Fête du bienheureux Jacques-Désiré Laval

Chers Luis et Misaël,

Prenez goût à l’Évangile ! Je vous transmets ces mots que j’ai moi-même reçus le jour de ma première profession, ici même, et qui ont éclairé mon chemin jusqu’à aujourd’hui.

En vous engageant en ce jour dans la vie religieuse et dans la Congrégation, vous n’atteignez pas un but, ni ne vous enfermez dans un système ou dans une institution. Vous cherchez bien plutôt à mettre vos pas – avec d’autres - dans les pas du Christ qui vous appelle à le suivre. Ce chemin vous demandera souvent détermination et audace. Il vous demandera de savoir repréciser le sens du choix que vous faites, le choix de privilégier ce chemin spirituel avant tout autre chose.

Prenez goût à l’Évangile car la fréquentation de l’Évangile est fréquentation du Christ lui-même qui s’y révèle. C’est par ce biais qu’on évite de se refermer sur de fausses sécurités, qu’on reste disponible aux appels de l’Esprit et qu’on parvient à remettre en cause certaines images faussées de Dieu, un dieu qui ne serait pas celui que nous révèle Jésus.

L’Évangile de ce jour illustre admirablement certains aspects de la vie de disciple que vous aurez à mener. Jésus ouvre les oreilles et délie la langue d’un homme sourd et quasi muet. Il opère cela avec une symbolique qui rappelle celle de la création, comme s’il s’agissait de signifier que Jésus ouvre cet homme à une nouvelle vie. Or quel est le canal privilégié pour faire entrer la vie en cet homme ? C’est par les oreilles ! Pourquoi ? Parce que c’est par les oreilles (plus que par les yeux) que nous accueillons la Parole de Dieu. Cette Parole rend à cet homme sa dignité, le réconcilie avec Dieu et avec lui-même, enfin elle l’oriente vers ses frères. La parole qui sortira de lui est donc forcément seconde. Parce qu’il reçoit d’abord, le disciple devient capable de donner. Parce qu’il écoute Dieu lui parler, il devient capable de parler à Dieu. Parce qu’il écoute Dieu qui s’adresse à lui, il devient capable de parler de Dieu aux hommes.

La deuxième lecture de ce jour, dont le propos est sans concession, cette lecture précise que dans nos relations avec nos frères et sœurs, il ne faut pas faire de partialité entre les personnes. Ces partialités possibles sont nombreuses : hommes/femmes, enfants/adultes, nationaux/étrangers, riches/pauvres, chrétiens/non-chrétiens, en bonne santé/malades, etc. Ces différences recoupent tout ce que nous mettons en place pour classer, pour distinguer les personnes entre elles, ce qui fonde aussi souvent les inégalités entre nous. Ne pas faire de partialité ne signifie pas ignorer les différences, mais c’est refuser de se faire complice de l’inégalité et de l’injustice. Chaque personne humaine, parce que créée à l’image et à la ressemblance de Dieu est égale à toute autre. Or, comme l’indique bien l’exemple du riche et du pauvre accueillis simultanément dans une assemblée, ne pas faire de partialité ne sera pas refuser de faire des égards aux personnes, mais ce sera refuser le choix trop naturel de rabaisser le faible et d’élever le puissant.

Ce constant choix de Dieu en faveur du respect et des droits du pauvre montre le chemin de notre vie missionnaire, car c’est à eux que nous sommes envoyés en priorité. Pour le signifier avec l’exemple du Père Jacques Laval, que nous honorons en ce jour, son action en faveur des déclassés, des anciens esclaves de Maurice, n’a pas été une inégalité envers les propriétaires, mais elle a signifié que Dieu à travers lui, s’abaissait dorénavant jusqu’aux plus petits pour leur rendre leur dignité trop communément niée. « Toi aussi, tu es aimé par Dieu ! » Bonne nouvelle pour notre monde ! On dit qu’un tiers de l’île a participé à ses obsèques. Signe que ceux qui sont venus l’honorer après sa mort, avaient reconnu en lui quelqu’un qui avait profondément changé leur vie et leur condition.

De manière étonnante, l’ensemble de la scène de l’Évangile de ce jour se passe en dehors du territoire d’Israël. Jésus se rend de la région de Tyr, dans le Liban actuel, vers la région des 10 villes, la Décapole, en bordure de l’actuelle Syrie. Jésus est donc missionnaire de l’amour de Dieu hors de son pays natal, il y est accueilli et il y manifeste la miséricorde de Dieu aux plus écrasés. J’ai cru comprendre que vos expériences de stage au Mozambique vous avaient ouverts à ce type de découverte et de joie là. Cette expérience est irremplaçable. Cultivez ce désir de servir Dieu jusqu’aux extrémités de la terre, c’est une part non-négligeable de la vocation de notre Congrégation. Amen.