Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

10 juin 2018 – 10e dimanche ordinaire - La parenté de Jésus

Le refus de l’autre
La Parole de Dieu de ce dimanche nous aide à réfléchir sur la façon dont l’esprit du mal et la mauvaise volonté peuvent s’installer dans notre cœur ; elle nous montre aussi comment le Seigneur nous tend la main quand nous commençons à dériver, si toutefois nous ne nous enfermons pas dans le refus systématique et la mauvaise volonté. .
Les premiers chapitres de la Genèse ont été une belle révélation dont l’humanité s’est trouvée, dès l’émergence de sa conscience, devant des choix qui ont conditionné son avenir : l’histoire du premier péché, qui est aussi celle de tout péché, montre bien que l’homme a eu du mal à se situer vis-à-vis de Dieu en croyant qu’il était en face de lui comme une limite à sa liberté et à son désir d’autonomie. En réalité, l’homme qui refusera Dieu sera d’ailleurs vite conduit à s’opposer à ses semblables, bien souvent perçus également comme des concurrents.
Lorsque l’homme s’est isolé dans son refus de Dieu ou sa méfiance des autres, il a découvert au fond de sa conscience un grand malheur : celui de se trouver nu, c’est-à-dire privé de toute sécurité. Qu’a fait Dieu face à l’orgueil suicidaire de l’homme ? Il le l’a pas laissé au pouvoir de la « force » qui l’a séduit et Il l’a renvoyé à sa conscience et à sa responsabilité. C’est le sens des paroles qu’Adam a entendues : Où es-tu  ? Qu’as-tu fait ? L’homme est ainsi invité à découvrir qu’en s’éloignant de Dieu ou de ses frères pour « vivre sa vie » il se bâtit une existence malheureuse où chacun doit sans cesse se cacher et se protéger de l’autre ! Un jour, avec la grâce de Dieu, et surtout en découvrant comment Dieu est venu Lui-même partager notre humanité, l’homme apprendra à répondre à la question : « qu’as-tu fait » ? Ce que Jésus a « fait » en acceptant de mourir sur la Croix a ouvert à l’humanité le vrai chemin de son bonheur qui est celui de l’amour et non de la peur :  aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.

Obstination
Toute l’Ecriture est là pour nous montrer combien Dieu nous aime et s’afflige devant notre refus de « devenir ce que nous sommes » : des êtres faits à son image, des êtres faits pour aimer. Cette obstination a été la principale souffrance de Jésus pendant sa vie au milieu de nous. Nous en trouvons un exemple dans l’Evangile d’aujourd’hui : les délégués du tribunal juif qui s’apprêtent à demander à Pilate la mort de Jésus, l’accusent d’être un disciple du démon au moment même où il vient de guérir un homme et de chasser un démon : c’est le signe manifeste d’une conscience volontairement aveugle ; elle est d’autant plus aveugle que les démons chassés par Jésus n’ont d’habitude aucun mal eux-mêmes à reconnaître que Jésus vient de Dieu ! Jésus fait découvrir alors à ses accusateurs que les vrais blasphémateurs sont ceux qui confondent ce qui vient de Dieu avec ce qui vient de Satan. Quand ce refus de lumière ou de l’Esprit devient systématique, Dieu ne peut plus rien faire pour nous, car c’est un choix malhonnête d’euthanasie de la conscience !

De l’air pur
L’évangile nous présente la famille de Jésus arrivant au beau milieu de cet échange tendu avec les scribes : pense-t-elle, un peu comme eux, qu’Il est possédé d’un esprit impur ? Jésus profite de l’occasion pour dire que font partie de sa famille tous ceux qui acceptent de ne pas jouer le jeu du « diviseur ». Jésus est très conscients que celui-ci cherche à l’enfermer dans les limites de sa famille ou de son village ; or Il est venu parmi nous pour que tous apprennent à regarder plus loin qu’eux-mêmes, à s’ouvrir plutôt que de poser des barrières ou les frontières de la peur. Jésus a été aimé par sa mère et il a aimé sa mère d’un amour qui allait beaucoup plus loin que liens humains du sang.
Plus encore, Jésus veut faire comprendre à son entourage que son combat, qui est aussi le nôtre, ne se réduit pas à des questions de délimitations de frontières humaines : il est avant tout un affrontement avec le Mal. Il faut penser que le Mal prend d’abord racine en nous, plutôt que de vouloir le reconnaître chez ceux dont le message ne nous plaît pas. Quand dans sa prière Jésus nous commande de demander au Père :  délivre-nous du Mal , c’est plus que pour nous éviter quelques petites dérives, c’est pour que l’Esprit du mal lui-même ne prenne pas la place en nous de l’Esprit de Dieu : nous sommes au cœur du même combat qu’a mené le Christ. L’esprit du mal, par tous les moyens, cherche à nous détruire en pervertissant en nous la source de l’amour qui nous vient de Dieu. La volonté de Dieu, dont parle Jésus dans cet évangile, c’est en effet que nous aimions Dieu de tout notre être et que nous aimions le prochain comme nous-mêmes en étant portés par le même amour : c’est ainsi que nous arriverons à devenir tous en Lui frères et sœurs.

Orientations.
Demandons à l’Esprit Saint la véritable pureté du cœur : elle nous permettra de reconnaître son action en toute œuvre bonne venant de Lui, posée par nos frères et sœurs quels qu’ils soient ; avec son aide évitons surtout de nommer mauvais ce qui vient de Dieu : nous risquerions alors de pêcher contre l’Esprit !



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