Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

17 juin 2018. 11 e Dimanche B – 2018 – la semence et l’arbre

La violence faite à la mort.

Lorsque nous entendons le message des béatitudes nous pouvons avoir l’impression que les exigences du royaume sont difficiles à atteindre ; et Jésus disait, à propos de Jean-Baptiste : le royaume des cieux souffre violence et les violents s’en emparent. Les paraboles que nous venons d’entendre aujourd’hui ne contredisent pas ces paroles mais nous aident à les comprendre en nous apportant la paix. Le Seigneur, en prenant deux comparaisons dans la nature, met sous nos yeux ce que nous pourrions appeler la force tranquille de la Création. Le royaume de Dieu va grandir en nous comme le blé qui lève fait naturellement violence à la mort.

La Parole fait son chemin

Le semeur, c’est le Christ, c’est nous. Ou plus exactement, c’est le Christ qui sème par nous : nous recevons de Lui la semence et nous la transmettons : ainsi le champ est ensemencé. Nous remarquons dans la nature qu’au début, après les semailles, il ne se passe presque rien ; et pourtant dans cette petite graine qui commence à éclater tout est déjà là. Bientôt la graine deviendra un bel épi de blé ou même un grand arbre. Il en va ainsi dans notre vie comme dans celle de l’Eglise ou du monde. Les petits efforts que nous faisons sur nous-mêmes ou dans l’éducation de nos enfants semblent souvent bien dérisoires, et l’annonce de l’Evangile par les chrétiens semble se perdre dans le grand labour des informations et opinions de toutes sortes. L’Évangile nous fait comprendre qu’il n’y a pas à s’inquiéter de cela : la parole fait son chemin. Le Royaume, secrètement, lève dans les cœurs, prend toutes ses dimensions, et s’étend. C’est la violence paisible de la vie qui vient de Dieu.
Autrement dit, nous n’avons pas la maîtrise de la croissance du grain ; celle-ci nous dépasse, nous échappe : une fois semé, le grain fait tout seul son chemin de croissance. Voilà qui peut nous libérer de cette inquiétude permanente que nous avons d’avoir peu de résultats, et de notre tendance à vouloir mesurer la foi, en nous ou chez les autres. Nous nous comportons le plus souvent comme si nous étions seuls à agir, alors que toute notre force vient de Lui. Saint Paul disait ainsi avec confiance : je peux tout en Celui qui me rend fort. (Phil.4,13)

L’arbre aux oiseaux

La seconde parabole nous parle des oiseaux du ciel qui viennent s’abriter dans l’arbre, et même ils viennent y construire leurs nids. Cela me fait penser à cette phrase du pape François dans la joie de l’Evangile : l’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. Autrement dit : si nous laissons vraiment grandir en nous la semence de la Parole de Dieu, elle sera féconde et rayonnera, même au-delà des résultats visibles que nous aurions attendus d’abord. Sommes-nous conscients de ce que notre foi rassure même des personnes qui ne la partagent pas : elle est comme cette branche où les oiseaux savent qu’ils pourraient se poser. J’ai vu des grands enfants, qui ne pratiquaient pas, être heureux de voir leurs parents aller à la messe ! D’une façon plus générale, je pense que beaucoup de gens dans le monde tout en critiquant l’Eglise, aiment qu’elle soit là tout près d’eux, comme un grand arbre qui rassure.
L’arbre est aussi le lieu où les oiseaux viennent faire leur nid : le nid est l’endroit de la naissance. En regardant la naissance ou les renaissances de notre propre foi, essayons de voir auprès de qui nous pouvons l’abriter, la fortifier, lui permettre de nouveaux envols. Essayons de voir aussi comment nous pouvons permettre à d’autres, jeunes et moins jeunes, de se poser et de prendre leur élan.

Langage de paraboles

Tout cela se fait sans hâte et dans la confiance, malgré ce qui nous apparaît être des échecs… Ces paraboles en tout cas nous ont été racontées par Jésus, comme des échos de la tendresse de Dieu en face de notre faiblesse.
Permettez-moi pour prolonger cette méditation sur les paraboles de ce jour, de vous raconter cette anecdote : un savant avait rapporté de Louisiane la jeune pousse d’un arbre encore inconnu ; il l’a mise en serre pour la protéger mais, celle-ci périclitant, il l’a jetée sur le tas d’ordures. La femme du jardinier, passant par là quelques mois plus tard a remarqué cet arbre qui reprenait vie et l’a soigné : ainsi avons-nous connu le magnolia, cet arbre aux si belles fleurs. Le sens de la parabole ici serait de dire qu’il ne faut jamais désespérer trop vite ni de personne ni de rien.


Orientations :
Le prophète Ezéchiel, dans la première lecture, faisait dire à Dieu : « je renverse l’arbre élevé et je relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Moi, le Seigneur, je l’ai dit, je le ferai ». Même dans les moments les plus difficiles, où nos erreurs ont pu nous mettre en exil loin du Seigneur, souvenons-nous que le Seigneur n’attend qu’une chose : nous donner tout ce qu’il faut pour que se développe la promesse de Vie qui est en nous.




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