Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

8 juillet 2018 - 14e dimanche B

- Prophète ignoré  

Nul n'est prophète en son pays 
Cette phrase de Jésus est passée dans le langage courant : elle rejoint tellement d’expériences de notre vie ! En effet il arrive bien souvent que des proches ne s’écoutent pas, pensant qu’ils n’ont rien à se dire, même quand il s’agit de partager leur foi. N'oublions pas qu'au jour de notre baptême, nous avons tous reçu la grâce et la mission d'être prophètes, non pas nécessairement pour faire de grandes déclarations ou des actions extraordinaires, mais pour discerner l’action de l'Esprit Saint dans notre vie, celle de nos proches, celle du monde.
Il a pu nous arriver, après avoir vécu une expérience humaine et spirituelle forte, de n’avoir rencontré au retour qu’une écoute distraite, vite concurrencée par l’urgence d’écouter le journal de vingt heures ou une séquence de « plus belle la vie ». C’est ainsi que dans des couples, des familles ou des communautés certains se replient sur eux-mêmes, s'éloignent ou se culpabilisent, en se disant : « on ne m'écoute pas » ; ce qui signifie aussi : « on ne m'aime pas vraiment ».
Pensons à l'expérience que Jésus vient de faire avant d'arriver à Nazareth : il venait d'être baptisé par Jean-Baptiste et il était rempli de la joie d'avoir vu l'Esprit Saint reposer sur lui ; son Père lui avait confié sa mission de salut en invitant tous les hommes à l'écouter. Puis, après avoir intériorisé passionnément cette mission dans le désert, Jésus avait choisi ses disciples, des proches de Jean-Baptiste, des assoiffés de conversion... et avec eux il avait commencé à parcourir la Galilée ; Il annonçait le Royaume avec les belles et fortes images des paraboles et les miracles qui guérissaient aussi bien les corps que les cœurs. Imaginons la joie de Jésus et des siens, vivant ce temps de grâce exceptionnel en voyant le Royaume de Dieu commençant à se construire !
Rempli de cette joie, Jésus décide alors de venir dans son village de Nazareth. Il pourra ainsi expliquer sa mission dans la synagogue, en montrant combien ce qu'il fait est en harmonie avec ce qu'avait annoncé le prophète Isaïe : les pauvres pouvant enfin se mettre debout, et la bonne nouvelle d'un monde nouveau annoncée pour aujourd’hui !


Jésus arrive chez les siens.
Jésus se trouve devant sa famille, ses voisins, ses camarades d'enfance... Dans un premier temps, l'auditoire est subjugué par ce qu'il dit, par l’autorité de ses paroles : on se dit à voix basse : « enfin un prédicateur qui parle avec son cœur » ! Malheureusement les vieux réflexes de méfiance et de jalousie refont vite surface : « Jésus on le connaît bien, il vient de Nazareth et n’est pas passé par une grand école de Jérusalem » ; et puis, « n’a-t-il pas plus ou moins fréquenté Jean-Baptiste, ce donneur de leçons qui veut nous changer la religion ? et ces miracles qu’il fait, est-ce que cela ne sent pas un peu le soufre » ?
Les gens de Nazareth n’avaient pas envie de faire confiance, tout d’abord peut-être, parce qu’ils n’avaient pas confiance en eux-mêmes, chacun étant persuadé que de leur village rien ne pouvait sortir de bon. Une attitude toujours actuelle : on dit par exemple que les français n'ont plus confiance en eux, ni dans le grand village qu'est leur pays. Et les chrétiens eux-mêmes se disent trop facilement : est-ce que les cathos ou l'église ont encore quelque chose de neuf à dire au monde d'aujourd'hui ? N'oublions pas que la plus grande tentation de notre époque est l'autodérision, le manque de confiance en soi comme en l'autre, et derrière cela il y a aussi le manque de confiance en Dieu ! Avouons-le: pour les gens de Nazareth comme pour nous, c’est notre manque de foi qui est en cause.


Chacun de nous est unique
Ce n'est pas pour rien que Jésus, le Fils de Dieu, a passé trente années de sa vie au cœur du village. Ce n'est pas pour rien que Dieu a voulu s'incarner, c'est-à-dire s'insérer pleinement dans notre humanité dans ce qu'elle a de plus banal, de plus quotidien, depuis la naissance et jusqu'à la mort. Dieu a voulu que chacun soit à son image, tel qu'il est, avec ses limites, son langage, sa façon d'aimer, sa liberté qui se construit dans l'amour de ses frères et sœurs en humanité. Le jour où les habitants de Nazareth auront découvert qu'ils sont fils de Dieu et frères de Jésus-Christ, Nazareth comme bien d’autres petits villages de la terre restera Nazareth, à la fois le plus petit mais aussi le plus grand des villages. La réalité est que le moindre endroit du monde est appelé à la gloire d'avoir accueilli le Christ.
Apprenons à relire avec plus de confiance notre vie quotidienne, aussi fragile ou terne qu'elle puisse paraître par moments ; apprenons aussi à voir autrement nos proches. Faisons de toute rencontre, même la plus simple, une parabole du passage du Seigneur dans nos vies. Apprenons que le Seigneur n'est pas loin et nous parle aussi par nos proches : Il habite parmi nous, chez nous, en nous, au cœur de ce que notre existence et même nos paroles ont de plus banal, même là où nous nous découvrons pécheurs.


Orientations : Mettons-nous à l'école de St Paul. Il acceptait de ne pas se découvrir meilleur que les autres, mais le Seigneur l’avait encouragé en lui disant : ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. St Paul disait aussi : c'est lorsque je suis faible que je me sens fort . C’est bien chez nous, à la maison, dans notre village, et dans notre faiblesse que Jésus nous rejoint : rien n'est trop petit lorsque le Christ se rend présent !



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