Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

1re dimanche de Carême A – 5 mars 2017. Dimanche de la tentation

Les vrais choix.
L’évangile d’aujourd’hui nous montre comment Jésus a été victorieux des tentations. Il aurait pu manquer sa mission, s’il avait réagi comme nous le faisons d’habitude et comme le démon le lui suggérait, en travaillant tout seul ou pour soi ; mais nous aurait-il sauvés, rendus libres en nous faisant entrer dans un royaume selon nos mesures humaines ? Le cœur humain n’aurait pas été changé ; nous n’aurions pas appris à aimer, à nous donner, à nous réconcilier. Malheureusement, quand nous avons une belle mission à remplir, insidieusement, nous rentrons dans le jeu de la tentation : nous passons de la vocation de serviteur au mirage d’être propriétaires de notre mission ; cette attitude est la source de bien des déceptions et des divisions. Jésus n’est pas venu au désert pour lui-même, en touriste j’allais dire, mais il était envoyé par son Père pour transformer les déserts égoïstes et stériles de nos vies, lieux de tant de souffrances et de choix tordus : Il les transforme en lieux de rencontre avec lui , avec son Père et entre nous.
Examinons avec le Seigneur les grands choix de nos existences, sachant que nos décisions habituelles sont parfois moins libres que nous ne le pensons : nous laissons plutôt notre vie se dérouler selon les impressions du moment ou nos complicités tacites avec les tentations.
A la racine de nos vrais choix, en tant que disciples de Jésus, il n’y a pas d’abord une règle morale, mais une question : « puis-je être à la fois pour Jésus et contre Jésus ? ». Jésus, dans le désert, a fait le choix de répondre au tentateur : « je ne peux pas être pour mon Père et contre mon Père ». Prenons un exemple de ces choix difficiles mais libérateurs qui se présentent à nous au cœur de nos déserts : celui de la réconciliation.

Communion ou division.
Le premier objectif du démon est de diviser : il a voulu éloigner nos premiers parents de Dieu (et réussi) ; au désert, il a voulu séparer Jésus de son Père, alors que l’enjeu de sa venue sur terre était de nous réconcilier avec Lui.
Les ruptures partent toujours de faits en apparence insignifiants : pour une pomme jadis, pour un pain immédiat proposé à Jésus dans le désert ; aujourd’hui pour de simples faits : des priorités données à soi au bureau, à l’école, en famille même : parfois, extérieurement, il ne s’est rien passé de grave… mais des orientations nouvelles du coeur s’installent et détruisent l’amour initial. Parfois nous défendons d’abord notre intérêt du moment (un morceau de pain dérisoire) ou tout simplement notre image : nous le faisons avec des mots qui nous paraissent anodins, comme pour rire. A ce propos je vous cite un mot que le pape François utilise souvent dans ses homélies : celui de « commérage », c’est-à-dire de cette manie que nous avons de parler des autres sans discrétion ; avec la langue on peut arriver à tuer une personne. St Jacques disait déjà que « celui qui hait son frère dans son coeur est un assassin ». C’est ainsi que des vies de famille peuvent se transformer en un enfer.
Nous ne pou,vons pas manger de ce pain-là qui nous met imperceptiblement en rupture avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. « Toute parole qui sort de la bouche de Dieu » , au contraire ouvre un chemin différent, nourrissant ceux qui l’écoutent de fruits de réconciliation et d’amour. Jésus, au désert, aurait pu donner priorité au désir du moment : mais ensuite ? Au désert et jusqu’à la Croix, Il a choisi de faire des moindres gestes de sa vie des gestes non tournés vers lui-même, mais vers la communion et la réconciliation, afin qu’en lui soit dévoilée la figure réussie, accomplie de l’être humain que son père veut pour nous.

Un sacrement à redécouvrir
En terminant je voudrais que le lieu privilégié où le Seigneur nous rejoint dans nos déserts, est justement le sacrement de « réconciliation ». Nous devons y penser pendant ce carême. Dans ce sacrement, c’est le Seigneur qui vient vers nous pour guérir notre cœur et nous libérer de tout ce qui, venant de nous, sème la division. En nous réconciliant avec Lui et avec nous-mêmes, le Seigneur nous rend capables d’aimer les autres, de nous réconcilier avec eux : alors nous les faisons grandir au lieu de les détruire et de nous détruire avec eux. Ce sacrement, que nous négligeons trop est un des aspects de cette révolution de la tendresse que notre pape François appelle de ses vœux. Je crois que le monde attend de nous que nous sachions ouvrir humblement des voies de réconciliation, parce qu’il nous a aidé à remettre de l’espérance dans nos vies, là où  il n’y avait plus que des fissures. Soyons tout simplement des pauvres qui, accueillant dans nos vies la main tendue du Christ, deviennent des témoins de la joie de l’évangile.


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