Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

1er dimanche de Pâques messe du jour : 16 avril 2017

Au matin de Pâques :

Pour comprendre la joie de Pâques, pensons déjà à la déception des disciples au matin de ce jour! Comme le dirons les disciples d’Emmaüs, tous pensaient : « nous espérions qu’il allait délivrer Israël », il était pourtant un « prophète puissant en actions et en paroles » ! Tous avaient encore au fond du cœur le souvenir du premier appel , quand Jésus leur avait dit : « venez et voyez » ; alors, « quittant tout ils l’avaient suivi » et Jésus avait promis à Nathanaël : « vous verrez des choses plus grandes encore ». A Nazareth, Jésus avait dit : « aujourd’hui, c’est une année de grâces » qui commence…

Or voici que dans cet « aujourd’hui » du matin de Pâques, ce que les disciples ressentaient avec un grand sentiment de désenchantement, c’était l’échec apparent de tout cela. Jésus semblait avoir été abandonné par son Père et Pierre lui-même avait craqué au moment du procès… pourtant il avait dit peu de temps auparavant : « Maître, où irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ». Il peut nous arriver aussi de vivre de tels moments de désarroi au cœur de notre propre vie de foi.

Comment, soudain, ces hommes découragés et dispersés en sont venus à croire en la résurrection de Jésus ? D’où vient ce « retournement ! », auquel d’ailleurs ils opposeront beaucoup de doutes et de résistances ? Il semble même que ceux qui ont vu Jésus ressuscité au jour de Pâques ont eu autant de mal à croire que ceux qui ne l’ont pas vu !

L’Evangile nous dit qu’au matin de ce jour de Pâques, il y a eu au départ la découverte du tombeau vide ! Ce fait n’a été contesté par personne et a troublé autant les autorités romaines et juives que les disciples : aussi bien les autorités que Marie Madeleine ont cru à un enlèvement du corps. D’une certaine façon les disciples se seraient humainement bien passé de cette découverte.

Le bouleversement :

Marie de Magdala a surtout vu dans le tombeau vide une impossibilité d’achever en elle le travail de deuil dans les gestes ultimes du « dernier adieu » (aujourd’hui encore nous savons la souffrance des proches quand on ne peut pas retrouver le corps d’un disparu). Elle part en coutant pour prévenir Pierre, et celui-ci court aussitôt au tombeau avec Jean : c’est lui qui ensuite décrira les faits avec une très grande précision .  

Tout d’abord, tout s’accélère : Pierre et Jean se mettent à courir et arrivent essoufflés au tombeau ; Jean laisse passer Pierre qui ressort tout pâle et bouleversé, puis Jean , parlant dit de lui-même : « il vit et il cru ». Pourtant Jean n’a rien vu de ses yeux de chair. Ce qui s’est passé, c’est qu’il a aussitôt établi un lien entre les annonces de l’Ecriture et la personne de Jésus. C’est tout l’horizon de l’histoire sainte et de l’itinéraire de Jésus qui lui permet de conclure le premier en lui-même : « il est ressuscité ». Le Christ ressuscité a rencontré Jean au plus profond de lui-même, lui donnant les yeux de la foi : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ».

Bientôt Jésus se fera voir aux yeux de Pierre, des disciples, de Thomas, de Marie dans le jardin, de 500 personnes… Ce qui est étonnant à partir de ce moment-là, et surtout à partir de la Pentecôte, c’est que des hommes craintifs, qui avaient toutes les raisons d’avoir peur et de se cacher, ont été soudains remplis de joie et de courage ; et leur témoignage de la résurrection de Jésus a, en peu de temps, bouleversé Jérusalem et bientôt le monde entier. Et nous, par la grâce de l’Esprit, nous sommes devenus les relais du même cri : « Il est vraiment ressuscité » !

La résurrection de Jésus et la nôtre : le « cœur » de notre foi.

Chacun, en ce jour de Pâques, s’interroge sur le sens de cette résurrection de Jésus, promesse de notre propre résurrection. Ne cherchons pas à en faire une explication scientifique de la résurrection, ce serait supprimer toute sa force à cette révélation : elle est naissance à une autre face de notre humanité, transformée par la force du Christ ressuscité. Il ne s’agit pas seulement en cela d’échapper à la mort ou au néant, ou d’avoir une « survie » éternelle, notre âme échappant à notre corps. Le Christ a pris lui-même notre corps et, resté solidaire avec lui, il l’a attiré dans sa vie divine en le transformant. Parfois certains signes nous aident à découvrir que notre corps vivifié par l’Esprit n’est pas enfermé dans la loi générale de la dégradation, mais il y a comme un appel en lui à une destinée supérieure. Ceux qui dès cette terre sont habités par l’amour révèlent une autre naissance en gestation , une « transfiguration », même derrière leurs rides.

Bien sûr, personne ne peut décrire la résurrection et les disciples eux-mêmes ou Marie Madeleine n’ont pas reconnu d’emblée Jésus ressuscité, même si - comme Thomas - ils ont pu toucher ses plaies. Ce qui nous rassure, c’est que les manifestations de la résurrection de Jésus se sont faites dans une extrême simplicité et Jésus dans ses apparitions aura des gestes de la vie normale et quotidienne : saluant simplement ses disciples leur disant « la paix soit avec vous », « bonjour », en quelque sorte, et mangeant même avec eux. Il n’y a rien de spectaculaire… Le christ nous a rejoints dans notre vie ordinaire. Notre future résurrection se fera aussi dans la même simplicité : celle d’une relation vraie et pleine d’amour entre le Christ et nous, entre nous également : un amour sauvé !

Pour entrer dans ce mystère St Paul nous fait cette invitation dès maintenant « recherchez les réalités d’en haut », puisque par notre baptême, notre résurrection est déjà commencée : nous avons « une vie cachée avec le Christ en Dieu » et un jour « nous paraîtrons avec le Christ dans la gloire » : quelle perspective !



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