Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

22 e dimanche ordinaire- 03 septembre 2017. Prendre sa croix


Si quelqu’un veut venir…
Jésus ne contraint personne à le suivre, pas même Pierre: il nous précède seulement sur un chemin difficile qui passera par la Croix ; et il ne se retourne même pas, nous faisant confiance : tout se jouera sur l’amour qui nous décidera à le suivre, séduits par celui qu’Il a pour nous ; cela reste un choix libre qui engage notre vie !
Saint Matthieu a retenu l’expression « prendre sa croix  » ; c’est une image certes, mais dans sa vérité elle montre bien que suivre Jésus demande le même abandon total au projet du Père que le sien. Pour comprendre le sens de l’appel qui nous est fait, il faut ouvrir l’évangile et méditer page après page ce qu’a été la vie de Jésus donnant sa vie jusqu’à la croix, à travers toutes ses paroles et tous ses choix ; son exemple nous encouragera et nous libérera de la peur d’aller parfois et même souvent à contre-courant du « monde » : nous apprendrons ainsi que la vie de disciple du Christ demande un discernement permanent, à la fois difficile et passionnant. Le chrétien ne dit pas « oui » à tout, et il ne dit pas non plus « non » systématiquement : il est sans cesse dans une attitude de discernement , c’est-à-dire d’écoute de l’Esprit, qu’il s’agisse des orientations de sa propre vie ou des conseils à donner aux autres. S’il est amené à dire non, ce sera dans le dialogue et toujours dans la confiance, en ayant à la fois le courage et l’humilité d’ouvrir les chemins d’une vie selon Dieu. Ce que nous propose le Seigneur en donnant notre vie par amour comme Il l’a fait sur le chemin de la Croix, ce n’est pas en fait la mort mais une nouvelle naissance, comme il le disait à Nicodème : « à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le royaume de Dieu » . Toute naissance est une forme d’arrachement, de « mort » à l’état antérieur et elle se fait dans le « travail » douloureux de l’accouchement, mais elle ouvre sur la grande respiration de la vie
Suivre le Christ demande à la fois la disponibilité et l’abandon total, l’amour de la foi. Dans ces attitudes, la vie de Jésus mais aussi l’exemple et même la « folie » des saints nous sont très précieux ; par exemple Charles de Foucauld remettant totalement sa vie entre les mains du Seigneur, acceptant d’avance par amour tout ce qui pourrait lui arriver. Les moines de Tibhirine ont été dans la même démarche : des attitudes qui nous sauvent en même temps qu’elle ont été et restent pour tous source de vie.


Jérémie et le feu de Dieu
Regardons le témoignage de la vie de Jérémie, tel qu’il nous a été rappelé dans la première lecture : le prophète s’était tout d’abord laissé séduire par Dieu, et cela lui a donné le courage de réagir contre la mentalité païenne, la « pensée unique » où tous s’engouffraient à son époque ; cela lui a valu l’opposition et même les railleries du plus grand nombre. Porteur de la Parole de Dieu il n’avait vraiment pas peur de dénoncer où se cachaient la violence et le pillage : pas de langue de bois chez lui !
Jérémie pouvait-il ainsi se battre longtemps tout seul ? Il avoue avoir été tenté de baisser les bras, se disant à propos du Seigneur : «  je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom  » ; le prophète a fait alors l’expérience de la puissance de Dieu venant triompher en lui de tous ses doutes et frayeurs. : «  il y avait en moi comme un feu dévorant… je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir » . Voici une constatation importante : celui qui est habité par l’amour de Dieu, et plus encore le disciple qui a revêtu le Christ pourront connaître bien des tribulations et même des peurs, c’est finalement le Seigneur qui combattra en eux, avec la force et le discernement de son Esprit. C’est d’ailleurs ce que Jésus promettra à ses disciples en leur annonçant les persécutions futures : « ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » .
C’est en ce sens que saint Paul, écrivant aux romains, les exhorte à se transformer en «  renouvelant leurs anciennes façons de penser et en apprenant à reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon et capable de lui plaire » ; mais il précise en même temps que ce renouvellement ne se fera pas par de simples réflexions aussi belles soient-elles : il sera le fruit  d’une offrande d’amour de notre personne et de notre vie, en réponse à la «  tendresse de Dieu ».
La vie chrétienne est certes remplie d’épreuves et de croix de toutes sortes ; mais vécues dans la foi, elles sont aussi des lieux d’adoration , nous dit saint Paul, car elles offrent l’occasion d’une intimité plus grande encore avec le Seigneur ; les saints et les martyrs en ont fait l’expérience découvrant dans l’émerveillement et l’action de grâces, même au cœur de la souffrance, que «  ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu ».



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