Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

22e dimanche B. 2 septembre 2018 : Sagesse de vie et pratique religieuse

La sagesse de vie de Moïse.
A l’origine, se laver les mains avant le repas était plus qu’en geste d’hygiène. Se laver les mains montrait que l’on allait manger en présence de Dieu, et pour le remercier de nous fournir le pain : c’était un geste de respect envers Dieu. Tout à l’heure, dans la première lecture, nous avons entendu que Moïse enseignait au peuple, de la part de Dieu, un certain nombre de lois très concrètes pour l’aider également à respecter Dieu à travers tous les gestes de sa vie et à témoigner ainsi d’une vraie sagesse. C’était ce qu’on appelait la Loi, la Torah. Malheureusement, comme c’est souvent le cas, les plus belles traditions sont facilement vidées de leur âme : il est si facile aussi de poser des gestes religieux parce qu’il faut le faire, mais sans les habiter du fond du cœur. Et de plus, lorsque nous avons respecté la coutume, nous pouvons penser un peu vite que nous sommes meilleurs que les autres ! Pilate s’est lavé les mains en condamnant un innocent. Les grands prêtres qui ont veillé à ne pas entrer dans le palais du Gouverneur pour éviter de se souiller au contact d'un païen croyaient rester purs et ils ont envoyé le Fils de Dieu sur la croix !

Le dedans et le dehors
Jésus nous dit que c’est du dedans, beaucoup plus que de l’extérieur, que viennent les souillures et les comportements mauvais. Et Jésus dresse à cette occasion la seule liste de péchés des évangiles : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidité, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Voilà des comportements déviants encore très actuels ! Nous voyons facilement que chacune de ces dérives trouve sa racine quelque part dans le fond de notre cœur replié sur lui-même : ce n’est pas seulement une question de manquement à une interdiction formelle. Voilà ce qui, nous dit Jésus, en venant du dedans rend l’homme impur.

La pratique religieuse.
La réaction de Jésus peut nous interroger aussi sur le sens que nous donnons à la « pratique » religieuse. Certains disent ; puisque ce qui est bon ou mal dépend avant tout de l’attitude de notre cœur, pourquoi poser des gestes extérieurs de pratique religieuse ? Pourquoi ne pas s’adresser à Dieu directement depuis le fond de notre conscience ? A cela on peut dire que Jésus lui-même, bien que profondément uni à son Père par la prière, a voulu fréquenter le temple et la synagogue pour vivre sa relation à Dieu avec ses frères du peuple juif, et parce qu’il avait le même corps que nous : le corps a besoin de gestes et de rites pour s’exprimer. Jésus guérissait les malades avec des gestes et l’offrande de son corps sur la Croix a été le geste ultime qui nous a sauvés.

Discernement et solidarité
Face à la pratique religieuse l’Église des premières générations a été menacée de division par un conflit de taille : dans les communautés chrétiennes, les uns venaient du judaïsme et observaient donc les prescriptions et les traditions d’origine ; les autres venaient du paganisme et les refusaient : par exemple l’interdiction de manger du porc, de la viande non saignée et, surtout, le rite de la circoncision. Les premiers voulaient obliger tout le monde à respecter ces rites.
Il a fallu un concile, à Jérusalem, pour discerner comment vivre la pratique religieuse selon l’Evangile. Il suffisait déjà, avec l’aide de l’Esprit Saint, de relire comment Jésus avait pratiqué sa propre foi : il allait au temple comme tout le monde, mais reprochait à ceux qui devaient l’animer de ne plus permettre un culte en esprit et en vérité ; ceci était vrai également du sabbat : cette importante pratique religieuse, telle qu’elle était vécue, n’était plus faite pour aider l’homme à prier et se ressourcer. Par ailleurs Jésus n’avait pas craint de se « salir les mains » en entrant en relation avec des personnes considérées comme non fréquentables : le contrôleur d’impôts, le païen de l’armée d’occupation, le lépreux ou la femme de mauvaise vie. Pour Jésus, la loi ou la pratique religieuse, n’est pas d’abord faite pour se protéger dans une sorte de peur de Dieu ou des autres ; elle est faite pour aider les cœurs à se convertir, c’est-à-dire à se tourner en vérité vers Dieu et vers tous nos frères. Dans ce sens, saint Jacques qui était témoin dans la communauté chrétienne entre pauvres et riches, n’hésitait pas à dire : Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter, ce serait vous faire illusion ! Devant Dieu notre Père, la vraie manière pure et irréprochable de pratiquer la religion c’est de venir en aide aux orphelins et aux veuves, dans leur malheur et de se garder propre au milieu du monde.

Orientations : La qualité de notre participation se vérifie à notre ouverture, à nos engagements, à notre capacité de partage, à notre sens de la communauté d’Eglise qui est le corps visible du Christ. Cela est vrai aussi de tous les sacrements et de tous nos gestes religieux.



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