Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

23e dimanche A – 10 septembre 2017 – « correction fraternelle »

Tous solidaires
En cette reprise de l’année, nous sommes conscients que nous sommes solidaires les uns des autres. Notre famille, nos amis, nos collègues de travail, notre communauté : ensemble, nous sommes partie prenante de notre avenir à tous. Et s’il y a notre avenir dans la vie, il y a aussi notre avenir dans la vie de Dieu : le Seigneur nous confie tous les uns aux autres. St Paul nous a même dit tout à l’heure que nous sommes en dette vis-à-vis de tous, avant même de les avoir rencontrés : en effet, en ce qui concerne la dette de l’amour mutuel, nous pouvons toujours faire mieux et plus : déjà, sur un plan profane, nous sommes conscients de l’interdépendance qui existe entre tous les humains, pour le meilleur comme pour le pire. L’Ecriture nous rappelle que le salut n’est pas une affaire de perfection individuelle repliée sur soi : être sauvés, c’est être reliés. Mais surtout, dans notre foi, nous savons que cette solidarité est celle des membres d’un même corps, le corps du Christ. Aussi, lorsque nous voyons un « membre » de ce corps se mettre en danger nous avons alors mission d’aller vers lui pour l’aider. Mon Père ne veut pas qu’un seul de ces « petits » ne se perde, disait Jésus. Alors, comment faire,  « si ton frère vient à pécher », c’est-à-dire, s’il commence à vivre en court-circuit sur lui-même ? En effet, le péché est surtout ce qui nous replie sur nous et nous sépare à la fois de Dieu et des autres. Dans ce contexte, nous comprenons mieux la démarche de guérison que Jésus nous propose dans l’Evangile d’aujourd’hui.
Aller voir notre frère discrètement
Souvent un échange amical, seul à seul, suffira à faire découvrir à notre frère qu’il est en train de se tromper de chemin. Une relation de confiance mutuelle est l’attitude première pour instaurer un lien et ouvrir au changement du cœur. Il ne s’agit pas d’une démarche moralisatrice (celle-ci, bien souvent, blesse davantage qu’elle ne rend service). Il s’agit de puiser en soi de quoi éveiller un surcroît d’amour et d’écoute, à la manière d’ailleurs dont Dieu lui-même agit avec nous. Quant à nous, nous savons que nous pouvons nous tromper et que nous sommes aussi pécheurs : la parabole de la paille et de la poutre doit nous rester en mémoire. Et pourtant, il faut savoir parler avant qu’il ne soit trop tard. Le risque du silence, est souvent plus grand que celui de la parole. Regardons notre vie : combien de fois la parole d’un frère a pu nous aider, nous éclairer, dans des moments où nos repères étaient en train de se brouiller !


A plusieurs.
Nous pouvons aussi faire appel à un ou deux amis pour aider notre frère : c’est un signe d’humilité de notre part : nous aurions pu nous tromper ; et notre ami verra mieux que nous sommes plusieurs à avoir souci de lui, et donc à l’aimer. Il verra en tout cas que notre parole n’est pas liée à notre humeur d’un moment. Parfois, il est bon de se réunir tous ensemble. En effet, pour un chrétien, la communauté est le lieu premier de notre conversion, le terreau qui permet à la vie de Dieu de se nourrir et de grandir. Dans la vie religieuse, dans la vie de famille, en communauté, il est bon de vivre sous le regard permanent de ses frères. Et mettre nos problèmes tous ensemble sur la table c’est parfois mieux que les mauvais silences dans lesquels tous s’enferment. C’est mieux en tout cas que les critiques qui se développent dans le dos des gens !


En cas d’échec
Si après tant de démarches fraternelles, quelqu’un s’entête et met vraiment la communauté en danger, faut-il alors parler d’exclusion ? Que veut dire Jésus par ces paroles : «  Considérez-le alors comme un païen ou un publicain » ? C’est prendre en compte la situation de la personne qui s’est mise elle-même en dehors, c’est-à-dire son choix. Ainsi Jésus n’hésitait pas à montrer du doigt le contre-exemple des pharisiens et des publicains ; mais en même temps Jésus n’excluait personne de son amour : Il savait qu’aucune faute, aucune rupture d’amour ne doit être considérée comme définitive. Nous avons alors à imiter le comportement de Jésus qui restait toujours très proche des païens et des publicains ; il allait aussi manger avec eux, au grand scandale des bien-pensants !
A tous les niveaux du dialogue, nous devons donc nous rappeler que Jésus est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus, comme l’enfant prodigue ou la Samaritaine. C’est la qualité d'écoute et un regard chargé d’amour qui peuvent provoquer la conversion.

A la fin de cet évangile, Jésus dit : « quand plusieurs sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Cela montre bien que dans toute démarche de réconciliation, de pardon, de conversion, c’est d’abord le Christ qui rend vie à ses membres blessés et répare leurs liens avec son corps. C’est pourquoi aujourd’hui, dans cette eucharistie, sachant que le Christ vient au milieu de nous, nous lui confions nos blessures et tout ce qui en chacun de nous et entre nous nuit à l’unité de son corps.



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