Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Homélie 24e dimanche A – 17 septembre 2017- Pardonner


Pardonner aujourd’hui ?

Jésus nous invite aujourd’hui avec des paroles fortes à vivre vraiment le pardon : c'est une des conditions d'entrée dans le royaume des cieux, ce royaume où l’amour se vit jusqu'au bout.

Nous faisons tous l'expérience de la difficulté de pardonner, car malgré tous nos efforts nous ne savons pas comment arriver à nous libérer de tout ressentiment. Souvent nous gaspillons beaucoup de temps à nous enfoncer dans un marais d'émotions où se mêlent la peur de l’autre, la culpabilité, la colère ; et quand nous croyons nous être libérés par un geste de pardon, nous découvrons que nous sommes vite repris par des bouffées soudaines d'agressivité et d'amour- propre blessé.

C’est un très beau témoignage que d'entendre un couple dire, à l'occasion de ses noces d'or : "Jamais, après une longue dispute, nous ne nous sommes endormis sans nous être demandé pardon l'un à l'autre". Les gestes de pardon ne viennent pas tout seuls, parce que le mal que l'on nous fait a ce pouvoir mystérieux de nous entraîner à un certain mimétisme : l'offense est comme un virus qui se communique d'une personne à l'autre, et en particulier de l'offenseur à l'offensé. On en arrive même à être méchant envers soi-même autant qu’envers les autres, et à vivre dans un ressentiment constant, cela peut même se transmettre d'une génération à l'autre. Si la colère peut être parfois une réaction saine, le ressentiment est une véritable blessure qui s'aggrave en l'entretenant. La Bible nous dit que la vengeance est comme une bête sauvage tapie dans l'ombre à la porte de la maison, et prête à sortir crocs et ongles. (Genèse 4/7)

Le pardon est une des originalités du message de Jésus : toutes les religions luttent contre le mal et prennent compassion pour ceux qui souffren... mais elles prennent aussi leur distance vis- à- vis de ceux qui "font le mal". L'extraordinaire nouveauté de Jésus c'est que dans sa Passion, lui, l'innocent torturé par ses bourreaux et victime d’une haine injuste, il a regardé ceux qui le crucifiaient en leur disant : " pardonne- leur, Père, ils ne savent pas ce qu'ils font."

Effacement de la dette. 

Jésus a dit la parabole sur le débiteur insolvable pour nous aider à réfléchir sur le pardon. Le débiteur a une dette fantastique : si l'on en croit la valeur des talents de l'époque, la somme équivalait alors à des millions de journées de travail. Jésus force la somme, pour attirer l'attention de ses auditeurs, et pour leur donner la notion d'une dette normalement insolvable.

Le roi remet toute la dette de son serviteur avant tout parce qu'il est saisi de pitié, « ému jusqu'aux entrailles », nous dit le texte, devant sa supplication éplorée. Les évangélistes emploient d'ailleurs souvent le même mot à propos de Jésus, quand il était saisi de pitié devant les foules abandonnées, ou devant les larmes de la veuve de Naïm. Jésus veut nous révéler par cette parabole que Dieu souffre par les malheurs qui nous atteignent, à commencer par celui de notre péché, mais Il est infini en miséricorde, capable de tout pardonner. La somme du mal additionnée dans le monde était incalculable, mais Dieu, saisi de pitié dans ses entrailles, remet en Jésus toute notre dette : « Oui, Dieu est ainsi », dit Jésus.

Mais nous écoutons aussi la suite de la parabole : le serviteur à qui le roi avait remis une somme si importante n'a pas eu la même miséricorde vis-à- vis de son compagnon en dette envers lui. Il n'a rien compris du geste dont il avait bénéficié, et il s'est montré odieusement inhumain. N'oublions pas que Jésus donne cet exemple à Pierre, pour lui faire comprendre que nous agissons souvent de la même manière que cet homme: nous avons été immensément pardonnés par Dieu, mais nous sommes incapables de faire la même chose pour d'autres, et pour des choses bien moins importantes.

Miséricorde pour tous.

En réalité, Jésus ne fonde pas le pardon sur une exigence morale, mais sur le fait que nous sommes nous-mêmes bénéficiaires du pardon de Dieu. C'est du côté de Dieu qu'il faut regarder, si nous voulons devenir capables de réconciliation. Nous serons plus facilement capables de pardonner aux autres si nous sommes conscients des multiples pardons que nous avons reçus. De même que le mal entraîne le mal ou la vengeance, l'amour reçu a aussi son effet d'entraînement et de guérison par la conscience que nous en avons et que nous répercutons sur nos "compagnons" l'amour miséricordieux que Dieu nous a accordé.

Cet évangile s'adresse à nous de façon toute particulière : essayons de mettre des noms et des visages sur chacun des personnages de cette parabole : c’est-à-dire sur nous avec la dureté toujours latente de notre cœur, puis sur ceux que nous faisons souffrir par nos intransigeances ; et voyons surtout la façon dont le Seigneur nous a tant de fois pardonné. Certes, si nous ne pardonnons pas, ce n'est pas Dieu qui nous punira : Dieu ne punit personne, mais c’est nous qui nous punissons nous-mêmes.

L'enfer, déjà inauguré sur terre, c’est le lieu du non-amour. Jésus nous prévient, miséricordieusement, que c'est terrible de ne pas aimer.




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