Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

26e dimanche A - 1er octobre 2017 - Oui et Non

Chacun répond de ses actes

Les jeunes générations craignent parfois de payer pour les erreurs de leurs aînés, d’où le dicton évoqué par le prophète Ezéchiel : « les pères ont mangé des raisins verts, et les dents de leurs fils en ont été agacées ». Il ne faut pas pour autant mettre tous nos malheurs sur le dos de l’hérédité ou de fautes cachées comme on le pensait jadis. Encore moins voir des punitions d’un Dieu qui serait alors taxé injustement de dureté et d’injustice. « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour que ceci m’arrive », dit-on parfois. Les juifs déportés à Babylone avaient tendance aussi à dire après avoir tout perdu : « la conduite du Seigneur est étrange » car ils ne se sentaient ni meilleurs ni pires que d’autres. C’est pourquoi le prophète Ezéchiel a voulu faire réfléchir ses contemporains sur ce qu’était en réalité la justice de Dieu : le prophète enseigne que, devant Dieu en tout cas, personne ne paye pour la faute d’un autre ; en ce sens le dicton des raisins verts est faux ! Et Dieu lui-même fait dire au prophète : « vous ne répéterez plus ce dicton ». C’est à chacun par contre de répondre de ses actes et de sauver sa vie : vivre ou mourir ! Plus tard d’ailleurs on découvrira que Dieu ne nous punit pas non plus pour nos propres fautes : c’est nous qui alors nous écartons de lui. En tout cas, la bonne nouvelle annoncée par Ezéchiel, c’est que rien n’est jamais définitivement joué : il est toujours possible de faire demi-tour sur les mauvais chemins que nous avons pris, c’est-à-dire de nous convertir : alors nous ne mourrons pas nous vivrons, c’est-à-dire nous connaîtrons l’intimité avec Dieu. Ezéchiel en profite donc pour faire un vibrant appel à la conversion. .

Tous frères dans le Christ

Connaître l’intimité de Dieu, c’est ce qu’attend avec impatience Saint Paul dans la deuxième lecture. Comme lui, nous savons que nous appartenons au Christ depuis notre baptême, nous faisons partie de lui ; c’est cela être « chrétiens » et avec tous les chrétiens nous avons le sentiment d’une commune appartenance, qui surpasse toutes les autres : elle est à vivre au quotidien, sans jamais nous croire meilleurs pour autant : « estimez les autres supérieurs à vous-mêmes » nous dit Saint Paul ; cela ne renvoie pas à une fausse humilité mais à cette attitude qui consiste à jeter toujours un regard admiratif sur les autres : ils sont membres comme nous du corps du Christ ; ils ont « revêtu » ce corps, et chacun y a son rôle, sa mission. Alors, il devient facile de faire nôtres, « dans le Christ » tous les attributs de Dieu dans l’Ancien Testament : réconfort, amour, communion, tendresse, pitié ! Faisons en cela honneur à notre famille.

Oui à l’amour

L’Evangile nous dit qu’il y a différentes façons de se situer vis-à-vis de la volonté de Dieu. La volonté du Père était un projet d’amour : accueillir son Fils, afin que nous puissions être sauvés et élevés avec Lui dans sa propre vie divine. Ceux qui auraient dû dire oui en premier à ce projet d’amour du Père, c’étaient les responsables du peuple. En principe ils avaient dit oui à l’attente du Messie, mais faute de s’y engager ils ont fini par lui dire non quand Jean-Baptiste est venu annoncer sa venue. Ce sont les publicains et les prostituées qui, après avoir d’abord refusé de « travailler à la vigne », sont finalement venus vers Jésus : ce sont eux qui l’ont acclamé au jour des Rameaux. Jésus n’avait pas de préférence pour les uns ou pour les autres, mais par des paraboles comme celle-ci et par les questions qu’il soulevait il voulait amener chacun à réfléchir sur les oui et les non dans lesquels il engageait sa vie. Si les gens sages ont dit non, c’est qu’ils étaient habités par une trop grande suffisance : ils avaient perdu le goût d’aimer !

Essayons, en ce qui nous concerne, d’apprendre à dire un oui humble, stable et fidèle. Dieu « ne veut pas la mort du méchant » ; Il nous propose seulement de rentrer dans la dynamique de son propre oui, un oui d’amour qui ne se démentira jamais. L’important est de nous laisser séduire par son choix et le rayonnement de sa miséricorde. Même s’il nous est arrivé d’être « l’homme qui a dit non »  il est toujours possible de nous laisser prendre par la main par Celui qui a dit oui (et par Marie aussi : « celle qui a dit oui »). Jésus en tout cas n’enferme jamais personne dans son passé. Se culpabiliser serait se replier sur soi et dire non à la confiance qui nous est proposée. Sachant que nous pouvons avancer et reculer et dire non après avoir dit oui, acceptons que nous sommes des pauvres qui ont besoin de l’amour du Seigneur pour lui dire oui, non par contrainte mais dans un élan de soif de la Vie. En même temps évitons de nous comparer et de coller des étiquettes sur les autres. En imitant Jésus qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu », rappelons-nous que c’est par l’humilité que l’homme s’élève.




Page précédente           Accueil site           Sommaire Paroles pour prier