Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

27e dimanche ordinaire, 8 octobre 2017 : les vignerons défaillants

Le symbole de la vigne

Cette parabole est parlante pour nous : nous sommes à l’époque des vendanges : celles -ci sont un moment heureux qui permet de récolter le « fruit de la vigne », puis de préparer le vin, « qui réjouit le cœur de l’homme » et sera la récompense du travail des vignerons. Il ne faut pas s’étonner de voir que l’Ecriture, en plusieurs endroits, compare le Royaume de Dieu à une vigne dont le Seigneur prend soin, dans l’attente des noces qui rassembleront tous ses enfants. Jésus, s’inspirant du prophète Isaïe, nous décrit un propriétaire plein de sollicitude pour sa vigne : il y met un pressoir, de même qu’une tour et une clôture pour la défendre. Or voici que le danger ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur, c’est-à-dire des vignerons eux-mêmes ; et nous le savons, les vignerons, c’est nous ! Jésus dira dans une autre parabole que ce qui fait du mal à l’homme, ce n’est pas ce qui lui vient de l’extérieur, mais ce qui monte de son propre cœur. Ce qui monte ainsi du cœur des mauvais vignerons, suscite leur refus de collaborer avec leur maître, est difficile à définir ; l’ingratitude, l’égoïsme et la cupidité n’ont pas d’explication : c’est comme si l’homme, parfois et même bien souvent, se plaisait à s’autodétruire et à répondre par la haine à qui lui veut du bien.

Un refus qui date

Jésus résume ainsi par quelques images une triste réalité constatée par les prophètes depuis les origines : la lettre aux Hébreux rappellera que « après avoir à maintes reprises et de bien des manières parlé jadis aux pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils ». Or nous savons comment les prophètes ont été éliminés et comment le Fils de Dieu a été mis à mort sur la Croix. Depuis les premiers moments de la Genèse, on voit ce refus de la part de l’homme d’accueillir en Dieu la source de sa vie, et sa volonté dérisoire de s’emparer de cette source, qui alors ne pourr a que se tarir. La vie c’est Dieu lui-même ; et qui refuse la vie donne la mort et y va lui-même, avec pour aboutissement une vigne ne portant pas de fruit.

Des messagers

Un fait radicalement nouveau s’est produit depuis le jour où le Fils mis à mort par les vignerons est ressuscité : Il est désormais la « pierre d’angle » , le terrain et la sève de sa vigne qui est l’Eglise. Le Seigneur nous envoie aussi des saints et des guides qui par leur exemple nous apprennent à devenir de meilleurs vignerons ; et ils nous invitent à nous convertir si nous sommes en passe de devenir de mauvais vignerons. Je pense à St François d’Assise : il a redonné vie à l’Eglise de son temps que le Seigneur lui a demandé de rebâtir. Et en suscitant un immense mouvement de conversion il a rendu à son époque la joie de l’Evangile ; par son idéal de pauvreté, il a redonné le goût du partage aux hommes de son temps et les a réconciliés aussi avec la nature.

Saint Paul nous disait après Jésus : « ne  soyez inquiets de rien » ; 2000 ans après le pape Jean Paul II relaiera ses paroles en nous disant : « n’ayez pas peur ». Certes, le monde et donc aussi l’Eglise, nous sont apparus dans les temps récents comme une vigne assez bouleversée, en recherche de repères et de vrais vignerons. Je suis réconforté dans ma foi en voyant les messagers que le Seigneur nous envoie encore aujourd’hui, en particulier les tout derniers papes, et combien de saints, de martyrs contemporains aussi. Ils nous ont montré, chacun à sa façon, comment émonder la vigne et la faire fructifier davantage ; ils sont le signe de ce que le Seigneur est plus que jamais au milieu de nous. Comme le dit encore St Paul : «  le Dieu de la paix nous prépare des réalités qui dépassent tout ce que le monde peut imaginer ». Alors, n’hésitons pas à nous engager parmi les bons vignerons qui préparent la venue du maître avec toute la « joie de l’Evangile ». Nous pourrions dire aussi que la vigne choyée par le Seigneur est l’Eglise elle-même. Le Seigneur y tient parce qu’il veut en faire le signe du royaume qu’Il veut instaurer dans le monde. Le concile Vatican II nous rappelait que l’Eglise « peut beaucoup contribuer à humaniser davantage la famille des hommes et son histoire » ; elle est le « Sacrement universel du salut… elle qui manifeste et réalise en même temps le mystère de l’amour de Dieu envers l’homme » . Voilà donc une belle mission qui est confiée à ces vignerons que nous sommes tous ensemble au cœur du monde.

Le champ de la Création

Comme de mauvais vignerons nous sommes tentés de nous comporter en propriétaires de la planète et en cela nous devenons de plus en plus violents envers elle. Des messagers nous rappellent régulièrement que la terre est à tous et qu’il faut préserver cette vigne pour les générations à venir. En réponse à ces messages il semble que notre comportement non seulement vis-à-vis de notre terre elle-même mais vis à vis des hommes qui l’habitent : arriverons nous, avec notre « économie sans visage » jusqu’à tuer ce fils de Dieu qu’est l’homme ?



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