Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

32e dimanche B - 11 novembre 2018 - Aimer, c’est tout donner

Deux veuves
Nous avons écouté aujourd’hui deux récits concernant des veuves en situation de grande précarité, mais amenées à témoigner d’une grande générosité. Dans la société de jadis la veuve et l’orphelin étaient le symbole de l’être humain sans défense, à la merci de tous ; ils étaient sans droit et dépendaient de la bonne volonté de leurs voisins, et pourtant ce sont les plus démunis qui ont le plus souvent dans leur cœur les vraies richesses.
Tout d’abord, dans la première lecture, nous avons vu le prophète Elie sauver à Sarepta une pauvre veuve, vivant avec un enfant à charge dans un pays d’extrême famine. Chose étonnante, le prophète vient trouver cette femme, pour lui demander de lui offrir son dernier repas ! En lui disant   n’aie pas peur , le prophète Elie invite en fait la pauvre veuve à ne pas s’enfoncer dans la fatalité de son destin ; il veut la sauver en ouvrant son cœur à une attitude d’espérance et de foi. Il l’invite à faire un chemin de foi à la manière d’Abraham qui avait quitté toutes ses peurs pour aller vers un pays qu’il n’aurait pas osé espérer de lui-même. Elie aide cette femme à s’ouvrir sur la vie, une vie qui la rejoint au plus profond d’elle-même. Nous trouvons la même indication dans l’Evangile : Jésus souligne la générosité de la veuve qui, dans le temple, donne quelques sous pris également sur son nécessaire ; en commentant son geste, et en le comparant à d’autres moins habités par la gratuité de la foi, Jésus nous montre qu’Il lit ce qui se passe dans les cœurs  et il nous ouvre un chemin.

Sauver notre humanité
Aujourd’hui encore, nous savons que l’existence ou la survie de notre humanité (et même de notre planète !) dépend de la confiance que nous pouvons nous faire les uns aux autres tout autant qu’à Dieu. Un monde qui serait juxtaposition d’individus repliés sur eux et sur leurs peurs se détruirait. En cela les pauvres sont bien souvent nos meilleurs exemples, car c’est un fait que les pauvres donnent plus facilement que les riches. Saint Vincent de Paul disait : Heureusement que pour les pauvres il y a les pauvres, eux seuls savent donner. Dans les camps de la mort des hommes et des femmes ont trouvé leur survie dans le don d’une bouchée de pain dont un autre se privait.
D’où vient cette peur qui nous retient de partager ? La richesse rend inquiet et resserré. On dira par exemple : J’ai un salaire très confortable mais puis-je vraiment donner car je ne sais pas ce qui pourrait arriver demain. Nous avons beaucoup de mal, quand il s’agit de partager, à distinguer entre le nécessaire et le superflu, entre une prudence normale et l’obsession du lendemain. Finalement, comme pour la veuve de Sarepta ou celle du Temple, une foi réelle est le secret pour exorciser en nous la peur de manquer et réveiller en nous la gratuité de la charité.
Un responsable du Secours Catholique disait : pour que l’exclusion cesse, il faut que le partage véritable remplace l’aumône . Le partage n’est pas prévision d’un retour sur investissement : il est un acte d’amour purement gratuit, mais où trouver la source de cette attitude ?

Le modèle de Dieu
Notre générosité est souvent plus ou moins intéressée à la différence de celle du Christ qui a donné sens, dans l’offrande de sa vie, à tous les actes d’amour désintéressés du monde. En effet derrière la réflexion sur la vraie générosité, il y a aussi et surtout une invitation à réfléchir sur la façon dont Dieu s’est fait don pour nous. Dans sa passion, le Christ nous a tout donné, une fois pour toutes : Lui qui était « riche » de par sa dignité de fils de Dieu, est devenu pauvre, pour que nous devenions riches par sa pauvreté. Le Christ, en cela, nous a révélé le cœur même de la vie de Dieu : dans la vie trinitaire, entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, chaque personne divine se donne totalement à l’autre et se reçoit totalement de l’autre. Dieu manifeste son existence dans le don de lui-même, le partage de sa propre vie ; et il fait exister notre humanité à son image, nous invitant à être comme Lui.

Tout « donner » un jour
Dans ce mois où nous prions pour nos défunts, rappelons-nous qu’au jour de leur mort ils ont dû aussi tout donner, tout quitter de ce qui paraissait l’essentiel de leur vie. Nous aussi, un jour, nous aurons à les suivre en devenant totalement pauvres, mais des pauvres enfin pleinement ouverts à la vraie Vie : dans cet instant de total abandon de nous-mêmes, il y aura la joie de tout trouver en partageant notre existence définitive avec Dieu. A ce moment, puisse le Seigneur nous libérer de tous les désirs, toutes les fausses richesses qui sont en nous, et nous ont empêchés de vivre.

Orientations : Essayons, nous aussi, d’entendre le « n’aie pas peur » qu’Elie adressait à la veuve de Sarepta. Essayons de comprendre que le Christ est à l’œuvre secrètement, depuis le commencement du monde, dans le don de soi effectué par une multitude d’hommes et de femmes. Laissons le Christ nous apprendre à nous donner, jour après jour, afin de découvrir pour toujours la joie d’aimer, et donc aussi d’exister.



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