Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

3e dimanche Avent A - 15 décembre 2019 - Ouvrir les yeux

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Ne craignez pas, prenez courage
Nul mieux que Jean-Baptiste, animé par l’Esprit Saint, n'avait senti les aspirations des croyants de son temps : il partageait cet extraordinaire désir de liberté, de propreté, d'authenticité, qui soulevait le peuple juif. Mais les temps étaient durs, à cette époque déjà, pour tous ceux qui se voulaient fidèles. Il y avait les Romains, qui apportaient la paix par la force, donc la paix sur un volcan. Il y avait la propagande officielle imposant des repères qui choquaient les consciences ; il y avait la toute-puissance des circuits commerciaux de l'occupant, et les plaisirs faciles d'une civilisation déjà décadente. Et le peuple de Dieu se laissait aller au découragement et au climat ambiant. Jean-Baptiste, pour réagir à cela, était parti au désert. Et les gens, par centaines, sont venus le trouver ; lui l'ascète, l'homme au cœur taillé à coups de serpe, criait avec force : Repentez-vous, car le règne de Dieu est proche ! 

Jean, face à l’inattendu de Dieu 
Un aspect du visage de Jean-Baptiste se faisait dur, quand il disait que Dieu n’aime pas le péché car c’est par lui que l’homme se détruit. Jean disait cela sur les bords du Jourdain aux gens du peuple, aux soldats, aux fonctionnaires ; il l'a dit courageusement dans le palais d'Hérode : Tu n'as pas le droit d'avoir la femme de ton frère ! et il s'est retrouvé en prison.
L’autre visage de Jean était rayonnant : quand il a reconnu le Messie, celui qu'on attendait, et l'a désigné à ses amis : le voilà, celui qui va enlever le péché du monde. Jean a eu tout de suite la grandeur d'âme de passer le relais à Jésus en disant : il faut qu'Il croisse et que je diminue ! Plus tard, dans sa prison, Jean entendra parler des œuvres de Jésus, de sa prédication, de son style très particulier ; lui qui avait discerné en Jésus le messie attendu s’est trouvé perplexe devant son comportement : Jean jeûnait et Jésus, lui, mange et boit avec tout le monde et même avec les pécheurs. Tout en Jésus était inattendu : Jean avait prédit un grand coup de balai, un grand coup de cognée à la racine de l'arbre . Et voilà que Jésus prêche la tendresse de Dieu ; au lieu de soulever les masses, il prend le temps de rencontrer chacun, semblant ainsi perdre un temps précieux : il semble bien différent du Messie libérateur attendu. Une ombre passe sur le visage de Jean, celle de l’épreuve : dans sa prison où il va être décapité, il se demande s’il ne s’est pas trompé ; il envoie dire à Jésus : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? L’évangile d’aujourd’hui nous montre comment Jésus a réconforté Jean dans l’épreuve de sa foi. Il l’invite à relire dans sa prison les passages où le grand prophète Isaïe annonçait la venue du Messie ; il disait : Alors, les yeux des aveugles s’ouvriront, les sourds entendront ; le boiteux grimpera comme un cerf et la langue du muet poussera des cris de joie . Et Jésus d'ajouter, citant encore Isaïe : La bonne nouvelle est annoncée aux pauvres . N’est-ce pas tout cela que Jésus est en train de faire ? Jean a entendu dans la joie les paroles de Jésus ; elles l’ont aidé à devenir dans la foi le premier martyre pour Jésus.

Les épreuves de notre foi 
L’épreuve de Jean-Baptiste est aussi parfois la nôtre : beaucoup de chrétiens, même très fervents sont parfois déroutés par la façon dont le Christ fait signe dans leur vie, dans celle de l’Eglise et du monde d’aujourd’hui. De même que Jean Baptiste attendait un Messie triomphant, nous pouvons regretter des temps où l’Eglise semblait plus triomphante… mais chacun d’entre nous est tenté de l’attendre à partir de l’expérience ou des idées qui sont les siennes aujourd’hui. Or la façon dont le Seigneur se manifeste est bien souvent inattendue, et elle est en tout cas discrète, respectueuse de nos libertés. Nous voudrions une Église rayonnante : nous la voyons inquiète et minoritaire. Nous l'aimerions sans rides : et elle est prise, elle aussi, dans les remous de l'histoire. Nous la souhaiterions hardie : or elle avance au pas des pécheurs que nous sommes. Est-ce l'Église que tu voulais, Seigneur, ou devons-nous en attendre une autre ?
Aujourd’hui encore le Seigneur nous répond comme à Jean Baptiste (ou plus tard aux disciples d’Emmaüs) : relisez la Parole de Dieu et demandez à l’Esprit Saint de mieux lire encore les signes du Royaume déjà là. Oui, des aveugles voient : le concile nous a permis de mieux comprendre ce qu’est l’Eglise, sa liturgie, et notre relation à Dieu. Oui, des boiteux marchent : dans tel et tel diocèse des communautés chrétiennes poussées par leurs synodes s’ont en train de se prendre par la main et se mettent à marcher de l’avant ; Oui, la Bonne Nouvelle est annoncée : voyez comment le pape François est en train de secouer nos frilosités.

Orientations . Oui, en ces temps tout proches de Noël, soyons convaincus que le Seigneur vient et est déjà là dans notre monde d’aujourd’hui. Nous le voyons quand des chrétiens sont en première ligne, discrètement, pour être solidaires des plus pauvres , ou quand ils se retrouvent en frères autour de l’Eucharistie et en sortent en étant prêts à abaisser les barrières qui séparent les hommes ; ou quand ils apprennent à sortir de chez eux et à proposer fraternellement la lumière à ceux qui tâtonnent. Oui le Seigneur vient ; il compte sur nous comme nous comptons sur Lui : Il est venu, Il est là … Il nous invite comme Jean Baptiste à remettre la force, la joie et l’espérance sur nos visages.



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