Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

3 e dimanche de Carême A – La Samaritaine – 19 mars 2017.


Un grand itinéraire .
La marche du carême semble longue de même que, pour les futurs baptisés, les étapes qui les préparent au baptême : mais les pèlerinages ou les itinéraires que l’on a su faire dans la persévérance sont ceux qui conduisent aux vraies joies. Le peuple de Dieu avait marché pendant quarante ans dans le désert pour atteindre la Terre promise ; et plus il avançait dans le désert et plus il était tenté de se décourager, semblant être abandonné et manquer de tout. Un jour les représentants du peuple sont allés voir Moïse et lui ont posé la question : pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte  où, malgré notre esclavage, nous avions de quoi manger ? Cette libération promise, était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos enfants et nos troupeaux ? La revendication était grave, car elle se présentait comme un reproche fait à Dieu… En fait, à travers l’épreuve du désert, Dieu voulait aider son peuple à découvrir la vraie liberté et les vraies soifs qui font grandir.
Cette pédagogie de Dieu, nous la découvrons bien dans la rencontre de Jésus avec la Samaritaine auprès du puits, dans le désert. A cet endroit, deux soifs se sont rencontrées : celle de Jésus épuisé par la route qu’il vient de parcourir et demandant à boire à la Samaritaine venue puiser de l’eau ; celle spirituelle angoissée de la Samaritaine que Jésus va désaltérer au-delà de tous les désirs qui l’avaient déçue.

La soif de Jésus.
Jésus était réellement fatigué par la route qu’il venait de faire. Mais peut-être que l’évangéliste veut nous suggérer que Jésus était aussi fatigué parce que le peuple et même ses disciples avaient du mal à le comprendre. Aujourd’hui encore nos propres inconsciences et celles de notre époque ont de quoi lasser la miséricorde du Seigneur qui cependant fait tout pour nous sauver ; il voudrait nous sauver du désert qui est en nous : la sécheresse de notre cœur. Ce n’est pas pour rien qu’il demande à boire à la Samaritaine de même que sur la Croix il dira « j’ai soif » : il a soif de notre confiance, de notre amour... Jésus est fatigué de se trouver dans un désert spirituel, dans un monde stérile où la vraie vie ne peut pas germer dans les cœurs : et en ce sens notre époque doit être une épreuve pour le Seigneur !

La soif de la Samaritaine  :
La Samaritaine est venue au puits pour y prendre de l’eau, mais Jésus va la conduire à découvrir en elle une autre soif plus profonde, et il va lui faire découvrir la source de l’eau vive. Le fait que la Samaritaine ait eu 5 compagnons successifs montre que sa vie était comme une fuite en avant dans l’expérience d’un amour vrai jusque-là impossible à trouver. Chacun de nous a des parties de notre vie qu’il ne veut pas trop regarder en face et sur lesquelles, avec l’aide de Jésus, nous pouvons essayer de faire la vérité. Jésus nous révèle alors la vraie soif d’une source qui est au fond de nous-mêmes et qui peut jaillir en vie éternelle. L’Esprit Saint est cette source.
Jésus apprend aussi à la Samaritaine à vivre sa démarche religieuse «  en esprit et vérité ». Bien souvent dans le passé les sacrements ont été vécus comme une démarche sociale, parce que « c’est la coutume de le faire » et l’on a souvent oublié qu’ils étaient avant tout le lieu d’une vraie rencontre avec le Christ, s’engageant avec nous dans les grandes étapes de notre existence.
Faute d’avoir vraiment découvert le sens de la « pratique » religieuse, beaucoup de gens se sont installés dans une sorte d’indifférence ; tournés vers les loisirs ou même des pratiques ésotériques ou superstitieuses. Le Christ nous invite, comme il l’a fait pour la Samaritaine, à nous abreuver à la vraie source de vie qui ne demande qu’à jaillir du plus profond de nous-mêmes : cette source est l’amour du Seigneur toujours à notre disposition.
Pendant ce temps de carême nous pouvons nous demander si nous prenons vraiment le temps de réels moments de prière, de lecture de la Parole de Dieu, et quelle place tient l’Eucharistie au cœur de notre vie : c’est là que le Seigneur nous attend, comme il l’a fait avec la Samaritaine. En tout état de cause, le Seigneur est bien conscient des soifs qui peuvent nous habiter et des souffrances qui peuvent en résulter ; ainsi, dans le récit du désert que nous avons évoqué tout à l’heure, Il a su désaltérer son peuple. St Paul verra plus tard en cela que le rocher d’où est sorti de l’eau est une figure du Christ lui-même : «  son amour a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». Lui seul répond à notre soif d’aimer et d’être aimés.
Le don que Dieu nous fait de sa vie et de son Esprit, n’est pas une réponse à tel ou tel mérite de notre part,. Il est offert gratuitement à nous tous qui sommes pécheurs, et se répand abondamment en nous dès lors que nous l’accueillons avec foi.


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