Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

3e Dimanche de Pâques 30 avril 2017. Les disciples d’Emmaüs

Remise en route
Nous ressemblons tous aux disciples d’Emmaüs : tant que Jésus semble tout proche de notre sensibilité humaine, notre foi semble aller de soi. Ayant vécu auprès du maître pendant trois ans, ses disciples avaient découvert jour après jour la joie et la sécurité que leurs donnaient ses enseignements et tous les miracles qu’Il faisait. Jusqu’au dernier moment ils n’avaient pas cru dans l’issue fatale que laissait prévoir l’opposition croissante des autorités, et que Jésus lui-même leur avait annoncée. Quand les événements sont favorables, nous adhérons avec enthousiasme et sans difficulté au message de l’Evangile. Mais si l’épreuve et la nuit surviennent nous sommes soudain désemparés, allant même jusqu’à nous demander s’il nous est encore possible de croire : la tentation est grande alors de prendre une autre route, nous éloignant de l’Eglise comme les disciples s’éloignaient de Jérusalem. Il nous est bon alors de prendre le temps de la prière et de l’écoute pour que le Christ ressuscité nous fasse entendre sa parole et pour que notre cœur devienne tout brûlant en l’écoutant.
Parfois, nous échangeons entre nous, comme les disciples d’Emmaüs, les épreuves de notre foi : nous pouvons nous dire combien nous souffrons de l’absence du visage sensible du Christ, et combien il nous arrive d’avoir du mal à le reconnaître sur le visage de l’Eglise. C‘est déjà un grand pas de faire ainsi, car tout partage est déjà un signe d’espérance : « quand deux ou trous sont réunis en mon nom je suis au milieu d’eux  » avait annoncé Jésus. Partager, certes, ne consiste pas uniquement à évoquer les épreuves traversées, c’est garder notre cœur dans une attitude d’écoute confiante : ainsi les disciples, ayant vécu avec Jésus une expérience spirituelle très , celle-ci restait en quelque sorte intacte au fond d’eux-mêmes malgré leur déception. Nous-mêmes, s’il nous arrive de marcher dans la nuit de la foi, nous gardons au fond de nous une lumière qui ne s’éteint pas. Vient alors le moment où le Seigneur nous rejoint nous rappelant sa présence dans l’Ecriture et notre propre histoire : Qui d’entre nous, en méditant ou partageant la Parole de Dieu, en l’écoutant au cours de l’eucharistie, n’a pas éprouvé que son cœur devenait tout brûlant et qu’en elle tout reprenait sens. Il faut cependant faire le geste, comme les disciples d’Emmaüs, d’inviter Jésus à notre table.

La mission :
Après avoir accueilli Jésus dans sa parole, les disciples sont entrés avec lui dans l’auberge et ils l’ont pleinement reconnu dans la fraction du pain. Pour nous également, chaque eucharistie nous permet de reconnaître le Seigneur alors même que souvent nous sommes encore dans la nuit. Soyons alors heureux de pouvoir nous rassembler autour de l’autel, sachant en même temps que le Seigneur nous y a rassemblés autour de la table. La surprise alors est toujours grande de découvrir et bientôt d’annoncer par la grâce et la force de l’Esprit que le Christ ressuscité ne nous sauve pas par «  des biens corruptibles, de l’argent et de l’or, mais par son sang »  ; notre désir alors devient grand de porter à d’autres cette bonne nouvelle. C’est ainsi que les deux disciples sont repartis vers Jérusalem pour annoncer sa résurrection aux autres disciples, en attendant de la répandre au monde entier depuis la Galilée.

Comment témoigner ?
Le simple récit des événements qui ont fondé notre foi peut susciter chez nos contemporains l’étonnement, la curiosité, et même l’intérêt. Toutefois, pour annoncer la Résurrection du Christ, il faut le faire avec un cœur encore tout brûlant de la rencontre du Christ, comme les disciples d’Emmaüs. C’est alors que certains «  ayant le cœur transpercé » pourront être soudain habités par la question que beaucoup poseront à l’heure de la Pentecôte ! : «  que nous faut-il donc faire ? »
Les disciples, de retour d’Emmaüs et plus encore après la Pentecôte, ont transmis une expérience de foi vécue dans leur propre vie ; ils ont pu ainsi trouver les mots dans un langage qui puisse rejoindre le cœur de ceux qui les écoutaient. Annoncer le Christ Ressuscité à nos frères, cela suppose que nous soyons d’abord à l’écoute des attentes de leur propre cœur, comme Jésus a su le faire sur la route d’Emmaüs. Autour de nous, des hommes et des femmes attendent, cherchent, espèrent, et doutent : comment peuvent-ils imaginer que la foi qui nous anime peut répondre à leurs questions si nous n’allons pas les rejoindre sur leur propre chemin ? Il ne suffit pas pour cela que nous habitions les mêmes immeubles, que nous fréquentions les mêmes commerces, que nous participions aux mêmes loisirs ou que nous partagions le même travail. C’est à nous de faire discrètement ce premier pas, comme Jésus savait le faire… Que l’Esprit Saint nous y aide !



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