Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

4e dimanche de carême 11 mars 2018. Regarder la Croix

Guérison

Dans l’évangile, Jésus évoque devant Nicodème un rite accompli par Moïse pour sauver les hébreux lorsqu’ils étaient atteints par la morsure de serpents mortels. Dresser un poteau sur lequel était cloué un serpent était sans doute un rite magique païen employé à l’époque. Moïse, qui éduque progressivement son peuple, a tenu compte de ces coutumes, mais au-delà il a voulu faire comprendre autre chose au peuple de l’Alliance : l’important est que chacun apprenne à élever son regard vers Dieu et à ne plus rester hypnotisé par le mal. Les sculpteurs des cathédrales faisaient la même démarche éducative quand ils sculptaient sur leurs portails les figures grimaçantes de démons ou d’êtres humains dégradés par les vices. Les fidèles étaient alors invités à regarder plus haut : vers le Christ triomphant, entouré des saints qui avec lui avaient vaincu les morsures du mal.

Dans l’évangile, on voit Jésus préparer ses disciples à lever leur regard non plus vers un symbole, mais vers lui-même, car en étant élevé sur la Croix, il nous a définitivement délivrés de la fatalité de la mort et du péché. Cela donne tout son sens à la belle confidence que Jésus fait à Nicodème en lui disant que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils : et c’est en levant leur regard vers la Croix, signe de l’ amour de Dieu, que les hommes seront sauvés. En ce dimanche de carême, les futurs baptisés sont invités à se mettre à genoux et à regarder la croix : ils demandent alors à notre Sauveur la force de lutter contre le mal ; en s’identifiant à Lui, ils entreront déjà dans le chemin du salut car tout homme qui croit a la vie éternelle, avait encore dit Jésus à Nicodème.

Le sens de la Croix

Jésus nous a invités à le suivre en disant : celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix. Prendre sa croix ne veut pas dire qu’il faille supporter sans réagir tout le mal qui pourrait nous arriver, ou dont nous pourrions être témoins : porter notre croix consiste déjà à lutter courageusement contre des situations scandaleuses et contre des injustices ; St Paul nous disait que nous avons des  armes de lumière pour les affronter. Mais quand les armes de lumière nous laissent impuissants, Jésus nous demande de ne pas désespérer. Il nous invite en cela à le rejoindre plus encore sur sa propre Croix. La mise en croix de Jésus a été une injustice révoltante, mais c’est en portant cette croix qu'il nous a sauvés. En complicité avec son Père il a voulu montrer aux hommes que Dieu les aimait et leur pardonnait jusqu’au bout. En cela Jésus nous a ouvert un chemin et offert un remède : le remède aux refus d’aimer qui menacent notre vie, c'est d'aimer davantage. Le remède aussi à toutes nos croix, et même nos révoltes, c'est le oui qui nous relie au Père avec Jésus en croix.

Le oui de la confiance

Les saints ont passé toute leur vie à lutter contre le mal, la souffrance et les injustices ; en même temps, ils ont été des hommes et des femmes qui, quoi qu’il en soit, ont dit oui jusqu’au bout à la confiance, même à partir de leurs propres faiblesses. Par exemple Ste Thérèse de l’Enfant Jésus a mis d’autant plus de confiance en Dieu qu’elle se sentait toute petite devant Lui. Elle a ainsi redonné confiance à tous les pauvres et les petits des temps modernes qui se croyaient loin de Dieu et rejetés de tous. En ce jour où des catéchumènes font un pas de plus vers le baptême, cette confiance en Dieu peut être pour eux un moment décisif de leur vie.

Discerner

Si Jésus, dans l’Evangile, évoque le jugement à la fin des temps, c’est d’abord pour nous apprendre à bien juger nous- mêmes, ou bien discerner ce qu’il faut faire, avec la lumière de l’Esprit Saint. Si quelqu’un est en plein jour, il n’a plus besoin de s’efforcer à distinguer péniblement les obstacles, comme cela se fait la nuit. Nous pouvons aussi préférer nous complaire dans l’obscurité, et en cela nous prenons des risques. Au fond, la lumière, à la fois, nous attire et nous fait peur. Par le meilleur de nous-mêmes, nous venons d'instinct à la lumière de Jésus : nous la demandons dans notre prière personnelle, et c'est vers elle que nous approchons, lorsque ensemble nous participons à l' Eucharistie , en réchauffant notre foi à celle de notre communauté. Mais aussi nous fuyons cette lumière, lorsque nous refusons que soient éclairée les zones d'ombre sont en nous ; toutes ces habitudes ou inerties auxquelles nous ne voulons pas renoncer, tous nos "à peu près" dans notre vie de prière ou de charité.


Orientations : N’ayons pas peur d’aller au-devant de la lumière du Christ, et donc aussi d’accepter les clarifications et remises en cause qu’elle nous suggère. Avec cette lumière nous n’avons plus peur ni du jugement de Dieu, ni de celui de nos frères car nous n'aurons plus rien à perdre ou à craindre, et tout à gagner. Avec sa lumière, le Seigneur accueille et guérit toutes nos pauvretés, en accomplissant des merveilles et en préparant notre propre résurrection.




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