Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

5e dimanche carême B -. 18 mars 2018. Grain de blé

L’heure est venue

Au cours de sa vie Jésus avait confié à ses disciples : Je suis venu allumer un grand feu sur la terre, comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. Ce feu qui habitait le cœur du Seigneur, Il l’avait préparé patiemment par toute sa vie et son enseignement : il fallait que les cœurs s’imprègnent petit à petit de la Bonne Nouvelle. A Cana, Jésus avait répondu à Marie : mon heure n’est pas encore venue…, mais aujourd’hui, devant la foule venue à Jérusalem, au milieu des païens sympathisants qui voudraient le « voir »…. le Seigneur peut enfin dire officiellement : maintenant l’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié…, mais comment cela sera-t-il ?

Face à tous ceux qui sont autour de Lui, Jésus fait entrevoir une réalité, un mystère qui ne sera pas facile à comprendre sans l’aide de l’Esprit ; aussi, comme d’habitude, il emploie le langage de la parabole : si le grain de blé ne meurt pas en terre, il reste seul. Tout le monde est déjà capable de comprendre qu’il y a dans le grain de blé un étonnant mystère de mort et de vie ! Avec cette image, Jésus évoque sa mort prochaine et la vie qui va en rejaillir pour tous avec sa résurrection. Je crois que, sur le moment, très peu ont saisi la parabole, mais les apôtres s’en sont souvenus après la Pentecôte, quand ils ont compris le sens de la Croix et de la Résurrection. Les disciples eux-mêmes d’ailleurs accepteront alors de devenir le grain qui meurt pour donner beaucoup de fruit ; et nous savons aussi que toute notre vie de foi consiste à nous laisser guider dans ce mystère du don de notre vie à Dieu et aux autres, mystère qui engendre la vie !

L’heure de la gloire

Jésus laisse entendre alors que cette heure qui va être la sienne, (et celle-ci comprend tout à la fois la Croix, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte…) avec tout ce qu’elle a de déroutant, est aussi celle où il va rendre pleinement gloire à son Père. Cette heure, Jésus l’accepte, il l’a désirée et même choisie : ma vie, dira-t-il, nul ne me la prend, c’est moi qui la donne.

C’est l’heure de notre salut, ce salut pour lequel, d’entente avec son Père, il est venu parmi nous et va donner maintenant sa vie : c’est l’heure de l’amour divin qui se donne pour nous.

Mais que signifie cette expression « rendre gloire » ? Rendre gloire à quelqu’un c’est reconnaître tout ce qu’il est et tout ce qu’il a fait pour nous. Il y a des gloires un peu superficielles et momentanées, orgueilleuses : elles ne sont pas la vraie gloire ! Dieu seul peut être pleinement glorifié, parce qu’Il est la source de tout ce qui est beau, bon et vrai. Nous lui rendons gloire surtout quand nous découvrons son amour pour nous dans la victoire de la Croix.

Appelés à rendre gloire

Nous aussi, avec les apôtres et les saints, nous sommes appelés à être la gloire de Dieu, la manifestation tangible, rayonnante de son amour ; nous le sommes tout particulièrement en devenant les serviteurs de son royaume. Si quelqu’un me sert, mon père l’honorera  a dit Jésus. La gloire de Dieu, c’est la victoire de Dieu qui combat le mal en nous et nous aide à triompher de notre faiblesse. Les apôtres et les saints, sur ce chemin, sont nos modèles : ouvriers passionnés de la gloire de Dieu, ils n’ont vécu et travaillé que pour elle, souvent à travers les pires épreuves. Une immense vision soutient les saints : la victoire du Christ sur le monde en dérive, et l’attirance vers lui de tous les hommes de bonne volonté. Ce n’est pas un hasard si ces paroles de Jésus coïncident avec la présence de quelques Grecs, des païens qui, après son entrée dans Jérusalem, désirent voir Jésus. Comme les mages de Bethleem ces grecs annoncent la venue future vers Jésus de toutes les nations, juifs et païens, réconciliés dans le Christ : j’attirerai à moi tous les hommes a dit Jésus.

Un Autre vit en nous.

Le chrétien, témoin de Jésus, construit activement le monde avec tous ses frères en humanité; mais il ne vit plus à son propre compte : un Autre vit en lui, qui est désormais au cœur de toutes ses joies, de toutes ses forces, et même de tous ses désirs ; et cet Autre est Celui qui est mort en terre le premier, comme le grain de blé, celui qui nous a aimés et s'est livré pour nous. Haïr sa vie, cesser de s'attacher à sa vie, ce n'est pas se détruire, ce n'est pas tuer en soi les richesses de l'intelligence ou du cœur, c'est devenir avec Jésus serviteurs et servants du Père et de tous nos frères humains. C’est une fécondité formidable : levez les yeux et regardez, déjà les champs sont blancs pour la moisson, avait dit Jésus peu après sa rencontre avec la Samaritaine.

Orientations : Nous voulons voir Jésus, comme les Grecs…voir sa gloire aussi sur le visage de tous nos frères, qui reflètent son amour pour eux, tout l’espoir qu’il met en eux, tout ce qu’il veut nous dire par eux. Même si parfois, comme Jésus, nos frères n’ont plus de « figure humaine »  à cause de souffrances qu’ils endurent. Seigneur, aide-nous à discerner sur le visage de tout homme en souffrance, un reflet de ta gloire.



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