Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

6e dimanche de Pâques – 06 mai 2018 – Aimez-vous les uns les autres

Vous êtes mes amis

A la Cène, le Seigneur a appelé les disciples ses « amis » et, à travers eux, il a pensé à nous et à l’humanité entière.  « Dieu nous appelle  ses amis » : avons-nous conscience de ce que cela peut représenter ? Saint Jean Paul II avait dit :il est urgent que le monde perçoive à nouveau le christianisme comme la religion de l’amour. Le problème est que nous relayons mal cette révélation de l’amour de Dieu et bien souvent nous lui faisons même écran. Nous sommes attendus sur le témoignage de cet amour si lié au mot chrétien : beaucoup aimeraient y croire ; mais n’en trouvent dans leurs vies qu’un reflet un peu artificiel. Nous nous rappelons l’échange entre Jésus et un jeune : quel est le premier des commandements ? La réponse a été : tu aimeras. Ce premier et unique commandement ne s’adresse pas à des « serviteurs » vivant sous la contrainte mais qui sont appelés à devenir amis de  Dieu , et même à partager son intimité. Malheureusement, nous dérivons plus volontiers vers le repli sur soi et la violence que vers l’amour.
Le commandement de l’amour avait déjà été révélé progressivement dans la première alliance : la loi, le décalogue, avait pour but de contenir notre violence : tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ; c’était déjà un grand progrès, une sorte de service minimum de la charité. Mais faute de être attentif à l’autre, il nous faut bien souvent en rester au « garde-fou » des lois.

Aimer « comme » Dieu aime

Jésus va opérer une vraie « mutation » de nos comportements humains, en nous conduisant à aimer « comme » comme Dieu aime, le Christ étant en cela notre modèle. Il ne s’agit pas d’ailleurs en cela d’une simple imitation : c’est l’Esprit Saint qui devient en nous la source de l’amour, de l’identification à l’amour du Christ pour que nous sachions aimer par lui, avec lui et en lui. Sans ce lien, cette source intérieure qui nous est donnée, nos façons d’aimer sont toujours entachées de  retours sur nous-mêmes, jamais vraiment libres et désintéressées.
Ceci est difficile à comprendre aujourd’hui où la notion d’amour gratuit, de bénévolat, de don de soi est parfois mise en cause. Pour nos relations, nous employons souvent des contrats. Les contrats sont nécessaires car ils permettent de respecter la « justice ». Mais en nous mettant « en face » de quelqu’un, comme un adversaire potentiel, les contrats ont du mal à intégrer la notion évangélique d’amour, avec ce qu’elle comporte à la fois d’inattendu et de définitif, d’oubli de soi et de gratuité. La suite de Jésus nous met dans un contexte où la relation de confiance, voire l’amitié, est première.

Amour ou sentiment ?

Nous pourrions objecter : cet amour évangélique, n’est-ce pas du sentiment ? L’Evangile d’aujourd’hui nous dit que vivre l’amour évangélique nous donne  la joie et la paix, ce qui est beaucoup plus qu’un sentiment passager. C’est une réalité intérieure qui dépasse nos émotions superficielles. Un couple, une communauté, peuvent s’aimer profondément et de façon évangélique, même s’il y a des périodes à traverser où la sensibilité n’y est plus trop. Dans la prière aussi, bien sûr, je peux continuer à aimer Dieu même si je n’ai plus envie de prier. L’amour que Dieu nous donne ressemble parfois au fond de la mer qui reste calme même lorsque la tempête est en surface.
Disons aussi que le Seigneur nous dérange sans cesse dans notre façon d’aimer, qui est souvent marquée par des impressions ou des préjugés. Dans la première lecture nous avons vu comment Pierre a été conduit à élargir sa façon de voir les païens et les étrangers. Il a accepté de baptiser Corneille le centurion romain, comprenant que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes, quelle que soit leur race. Ce qui nous empêche d’aimer souvent, c’est le fait que des personnes soient différentes de nous, car cela semble nous remettre en cause.

Orientations. Aimer « comme » Dieu aime,  c’est se mettre à la place de l’autre. Dieu s’est mis à notre place quand il a dit  « j’ai vu la misère de mon peuple »  et a commencé avec nous la grande aventure de l’Alliance. Jésus, c’est Dieu qui se met à notre place, jusqu’à la Croix, Il épouse tout le malheur qui nous vient de notre péché mais pour nous en sortir par sa Résurrection. Il est l’ami qui reste avec nous jusqu’au bout et en cela Il nous invite à vivre du même bonheur d’aimer que lui.


Page précédente           Accueil site           Sommaire Paroles pour prier