Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

7 e dimanche ordinaire C – 24 février 2019 – apprendre à aimer

1 S, 26, 2.7-9. 12-13. 22-23, 1 Cor 15, 45-49 : Luc 6, 27-38

Aimer comme Dieu aime
Dimanche dernier, nous avons entendu l’enseignement de Jésus sur les Béatitudes, et celui-ci va continuer de s’approfondir tout au long de son « discours sur la montagne ». Ce que le Seigneur va nous dire aujourd’hui sur l’amour, devenu en fait la  « charité », est une façon d’aimer à la manière de Dieu, dépassant de loin nos façons habituelles de gérer nos relations : Les consignes que Jésus nous laisse pourraient en effet se résumer en trois orientations fondamentales : faire du bien à ceux qui nous haïssent, souhaiter du bien à ceux qui nous maudissent et prier pour ceux qui nous maltraitent : cela est tout à fait inédit et semble pour beaucoup hors de portée. En réalité, le fondement d’une telle attitude s’inspire de la manière de faire de Dieu lui-même : Il ne cesse de chercher notre bien, quelle que soit notre attitude envers Lui ; et surtout, sa meilleure façon de nous souhaiter du bien a été de nous envoyer son Fils pour nous apporter la Bonne Nouvelle d’un pardon toujours offert, allant jusqu’à mourir sur la Croix en donnant sa vie pour changer le cœur de ceux qui le maltraitaient.
Jésus, pour illustrer ces consignes d’un amour sans limites, prend l’exemple de gestes tels que la joue qu'il faut tendre, le manteau qu'il faut se laisser prendre ou encore les deux mille pas ou le quart d’heure qu’il faut accepter de perdre avec celui qui vient nous importuner.

Faut-il relativiser ces consignes ?
Comme lorsqu’il s’agit aujourd’hui de ce qu’on appelle la « non-violence », nous disons peut-être un peu vite que tout cela est beau mais pas réaliste et comme souvent, face aux paroles de Jésus, nous les relativisons en ajoutant toutes sortes de nuances tirées des lieux et circonstances. Jésus sait que nous aurons à gérer notre vie et nos rapports mutuels en tenant- compte de nombreux impératifs ponctuels ; toutefois, l’Evangile ne se vend pas au détail ou au rabais : le Seigneur veut tout simplement nous voir nous engager dans un nouveau style de vie, même s’il sait que la perfection ne nous arrivera pas d’un coup. Il s'agit donc tout simplement de faire la guerre à toute violence et d’en inventer les moyens !
N’oublions pas que la violence est rarement le fruit d’un acte réellement humain : elle est surtout une réaction instinctive d’autodéfense ou de la volonté de puissance. Ainsi nous voyons la télévision nous parler de meurtres qui ont eu lieu simplement parce qu’une personne a eu l’impression d’être regardée de travers dans la rue. Dans l’Ancien Testament, la loi du talion était venue réguler cette violence en prescrivant de ne pas dépasser dans la riposte les dommages reçus : œil pour œil, dent pour dent, était-il demandé ; c’était cependant encore rendre le mal pour le mal ! Et d’une manière générale chacun se situait dans le contexte égalitariste du « donnant-donnant », où rien finalement n’est gratuit : en tout, il fallait attendre une récompense ou une punition immédiate et mesurable : il faut constater que notre société fonctionne le plus généralement ainsi.
Le précepte que nous a laissé le Seigneur nous fait prendre conscience du peu de place que prend une vraie gratuité dans notre cœur. Cette gratuité il est vrai personne ne la connaît ni ne la mesure : seul Dieu la voit... Nous découvrons alors que l’amour vrai a toujours quelque chose à voir avec l’initiative, et il n’a d’autre but que d’aider l’autre à vivre et à grandir.
Jésus ne cesse de nous montrer que l’amour venant de son Père procède toujours ainsi : Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut,  car il >est bon, lui , pour les ingrats et les méchants".
Et pourtant, Jésus parle aussi de récompense, mais celle-ci est avant tout un « plus d’être » qui s’installe dans notre cœur , et non un « avoir » plus grand, même s’il parle parfois de centuple : il n’y a pas en effet de mesure pour l’amour et la charité. Le centuple consiste alors à ressembler à Dieu, à devenir ses vrais fils : ce n’est pas rien !
La première lecture nous a donné le bel exemple d’un acte de charité purement gratuit : le roi David se trouvant dans la situation de pouvoir ôter la vie du roi Saül a préféré le respecter, donnant ainsi à son ennemi l’occasion de changer son cœur. Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous donne une belle image de l’homme nouveau que nous sommes appelés à devenir : il s’agit de passer de l’homme ancien ou de l’Adam pétri de la terre à l’homme transformé par le nouvel Adam qui est le Christ : le baptême nous fait accéder à cette « re-création ».

Orientation . A c elui qui te frappe à la joue gauche, tends lui la joue droite : mission impossible ? Je regarde dans ma vie toutes les occasions où il m’a été donné de répondre ne serait-ce que par un silence teinté de bienveillance à une personne dont l’agressivité n’était peut-être que l’expression d’une souffrance. Ai-je perdu à me comporter ainsi ?



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