Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Annonciation- 25 mars 2017

En ce jour où nous célébrons l’Annonciation de Marie, essayons de voir dans quel contexte est survenu cet événement décisif de notre histoire. Au cœur d’un monde déchiré par les ambitions de ceux qui s’arrachaient le pouvoir, des hommes de plus en plus nombreux ne voyaient aucune espérance à l’horizon, ni sur terre ni dans l’au-delà : ils étaient en quelque sorte « assis à l’ombre de la mort »… Certes, au cœur de ce monde, le Peuple de Dieu vivait de l’espérance de la venue du Messie, mais rien ne semblait annoncer les signes de la libération attendue. Isaïe avait rappelé qu’il ne fallait pas forcer Dieu en lui demandant des signes que beaucoup n’étaient pas prêts à comprendre ; et ce n’étaient pas « les holocaustes ni les sacrifices pour le péché » qui étaient le meilleur moyen de toucher le cœur de Dieu : Il était Lui-même, gratuitement et dans son amour, le maître du moment décisif.
C’est alors, pour reprendre les phrases de la lettre aux Hébreux, que le Fils a dit au Père, au cœur du dialogue trinitaire : « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit dans le Livre ».

A Nazareth, petit village de frontière se côtoient beaucoup de pauvres d’origines diverses, juifs et païens : c’est toute l’humanité qui est en attente ! Dieu ne va pas venir parmi nous dans le bruit habituel des guerres et de leurs triomphes ambigus, mais comme le prophète Elie l’avait entrevu : dans une brise légère.
C’est dans cette brise, à la manière de Dieu, que l’ange a visité Marie dans sa maison de Nazareth. Tout aussi surprenant que soit le moment, pour Marie comme pour nous, c’était un « projet » que Dieu avait longuement et mystérieusement préparé avec les prophètes. Le « réjouis-toi » de l’ange à Marie s’annonçait déjà dans la parole d’Isaïe à son peuple sortant de l’épreuve : « réjouis-toi fille de Sion, car le Seigneur est en toi »  »…Marie elle-même avait lu et médité ces paroles et l’espérance d’Israël brûlait son cœur, sans soupçonner que serait son rôle.

Nous pouvons décrire la visite de l’ange un peu comme celle des hôtes d’Abraham : déjà, il s’était agi d’une rencontre toute simple, ou pourtant s’était jouée toute l’histoire et la descendance d’un peuple.
En ce jour, Marie va recevoir un nouveau nom : « pleine de grâces ». Notons que l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste s’était faite dans le temple : ici le Seigneur vient au cœur de notre vie quotidienne : c’est vraiment un monde nouveau qui commence ! Marie semble s’effrayer : c’est le bouleversement normal des humbles, quand le Dieu-Amour se trouve soudain en leur présence : ils découvrent à la fois celui qui est le « Tout-Autre » et cependant se fait le tout-proche. Les grands prophètes, et plus tard les grands saints, ont tous connu ces moments où ils expérimentent pleinement ce don de l’Esprit qui s’appelle la « crainte de Dieu » et en deviennent soudain saisis par Celui qui dispense librement son amour.
Marie demande : « Comment cela se fera-t-il ? ». Cette question n’est pas un doute, elle montre bien que tous les « oui » attendus de nous par le Seigneur sont le fruit à la fois d’une écoute, d’un dialogue et d’une disponibilité. Tout au long de sa vie et jusqu’à la veille de la passion de son fils, Marie aura sans cesse à se poser encore « comment cela se fera-t-il » ? C’est dans ce dialogue que sa foi grandira sans cesse. .
La réponse « le Seigneur est avec toi » annoncera aussi bien le mystère de la conception de l’Enfant que le soutien indéfectible de Dieu à celle qui va dire son oui. Nous entendons souvent ces quelques mots « Le Seigneur soit avec vous » au cours de nos eucharisties : ils nous rappellent que depuis le oui de Marie le Seigneur est tout près de ceux qui l’accueillent : il est l’Emmanuel, « Dieu avec nous »

Désormais la proximité de Dieu avec notre humanité ne va cesser de grandir. Le Christ Jésus va grandir en silence dans notre cœur et tout notre être, dans notre monde : l’Incarnation est toujours en chemin…Le Christ va grandir, souffrir, mourir en nous, pour ressusciter ensuite avec nous.
Réjouis-toi Marie, toi qui as été choisie pour être « la première en chemin » vers ce royaume que ton Fils est venu inaugurer sur terre : guide nous, aide-nous à l’explorer !
Avec Marie en ce jour chantons le Magnificat, méditant dans notre cœur ce mystère d’un Dieu d’amour qui est venu habiter au cœur de notre peuple de pauvres.


Page précédente           Accueil site           Sommaire Paroles pour prier