Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Jeudi saint 13 avril 2017.


Il a tout partagé jusqu’au bout.

Tout au long de sa vie, Jésus voulut être au plus près de notre vie quotidienne, avec ses joies et ses souffrances ; il a partagé notre condition humaine de la naissance jusqu’à la mort, et cette dernière dans les pires conditions. Avant de nous quitter Jésus a voulu nous assurer qu’Il ne nous laisserait jamais seuls, quoi qu’il en soit.

Nous redécouvrons toujours avec étonnement les deux façons dont Jésus, au soir du Jeudi Saint, nous a donné les signes d’une présence qui ne cesserait jamais : par le lavement des pieds, en nous entraînant pour toujours avec lui dans sa vocation de Serviteur, et ensuite en instituant l’Eucharistie, ce geste rendant présent aujourd’hui le geste d’amour sauveur de la Croix.

Etre présent à chacun.

Dès le début de la Cène, au cours du lavement des pieds, Jésus s’est incliné, mis à genoux, dans une attitude de présence extraordinaire à ses disciples, qu’il n’appelle plus ses serviteurs mais ses amis. Jésus est alors comme un hôte accueillant le voyageur fatigué et lui disant : maintenant repose-toi de la marche et préparons-nous à échanger de bonnes nouvelles. Jésus a voulu nous montrer qu’en lui c’était Dieu lui-même qui habitait notre maison et nous y accueillait.

Le Maître sert chacun de ses disciples en les invitant à la réciprocité, à une réelle présence les uns aux autres ; et il est totalement présent à chacun dans tous les signes qu’il pose. Par le geste symbolique du lavement des pieds, Jésus nous invite à avoir nous aussi une vraie « présence », regard bienveillant, respectueux pour tous ceux qui font étape dans notre vie, amis ou étrangers, avec ou sans papiers. Ils sont tous en quelque sorte des messagers de Dieu, comme les hôtes devant qui Abraham aussi s’est incliné.

Il est vrai qu’il y a parfois des personnes auprès desquelles nous avons du mal à nous rendre présents, comme si nous ne les attendions pas : elles n’ont pas les mêmes idées que nous, elles ne croient pas comme nous… ou bien, à cause de tel ou tel fait du passé, nous ne savons plus comment les rencontrer ; alors, quand nous les voyons de loin, nous changeons de trottoir. Et tous ceux dont ainsi je me détourne peuvent effectivement en conclure qu’ils ne comptent pas vraiment pour moi. Les disciples de Jésus, au moment du lavement des pieds ont découvert, eux, combien ils comptaient pour Jésus quoi qu’il en soit.  

En lavant les pieds de ses disciples Jésus leur a dit : « c’est un exemple que je vous ai donné, afin que le vous fassiez vous aussi ». Nous pensons inévitablement en voyant les gestes de Jésus, à cette belle phrase de l’Ecriture où Dieu nous dit : « Tu as du prix à mes yeux ». Nous avons tellement de prix pour Lui qu’Il est prêt non seulement à s’incliner devant nous pour nous laver les pieds, mais qu’il se prépare à mourir sur la croix pour nous remettre en marche vers la vie. Puissent aussi tous nos frères avoir du prix à nos yeux.

Une présence réelle et non virtuelle.

C’est par l’Eucharistie que le Seigneur se rend particulièrement présent à nous. Il se rend réellement présent avec tout son corps de ressuscité, ce corps toujours marqué par les souffrances qu’il a endurées de notre part. Aujourd’hui, la publicité et internet nous habituent à des corps idéalisés, « virtuels » ; nous risquons ainsi d’oublier que nous avons de vrais corps qui un jour pourront être trahis par la souffrance, l’âge et même la mort. Par l’eucharistie, le Christ vient nous redire que nos corps sont appelés à être toujours habités par sa présence réelle, sa vie, sa beauté éternelle. Et cela, quel que soit notre âge, notre santé, nos origines : c’est notre corps, toute notre personne, que Dieu lui-même est venu habiter et sauver ; et nous le sommes dans le Christ, par Lui, avec Lui et en Lui. Jésus a dit plusieurs fois à ses disciples, témoins de ses miracles : « vous verrez des choses plus merveilleuses encore ». Les yeux de notre corps transformés par la résurrection, illuminés de l’intérieur, n’en finiront pas de « voir » celui qui, avec son corps, s’est incliné vers nous et nous a fait découvrir ce que signifie aimer.

Après avoir partagé avec eux le pain et le vin, Jésus a dit à ses disciples : « faites ceci en mémoire de moi ». C’est ainsi qu’à travers les siècles, Jésus se rend présent à nous, et nous demande de le rendre présent au monde ; dans le don permanent de son amour. Nous le ferons « jusqu’à ce qu’il vienne » nous dit Saint Paul. Et c’est notre grande joie à nous prêtres, en cette fête du sacerdoce de pouvoir répondre « présents », avec vous, à cet appel :

Ce soir et durant cette semaine sainte, nous sommes invités à répondre à la présence du Christ par notre propre présence auprès de lui ; même si, comme les disciples, nous avons souvent du mal à tenir longuement dans la prière. De même, dans notre fragilité, nous pouvons avoir du mal à suivre Jésus sur son chemin : « l’Esprit est prompt mais la chair est faible » nous dit Jésus ; alors, n’oublions pas que c’est justement dans l’Eucharistie que le Christ nous entraîne à sa suite ; dans ces jours qui viennent le Christ va jusqu’à l’extrême pour se donner à nous ; Il nous invite en partageant le pain, en aimant les plus pauvres, en découvrant la joie du service mutuel, à l’amour qui se reçoit et se donne jusqu’au bout : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».



Page précédente           Accueil site           Sommaire Paroles pour prier