Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Jour de Noël - 25 décembre 2017 - Un hymne joyeux

Prologue musical
L’évangile de ce matin est appelé « le prologue » de Saint Jean. En musique, dans une pièce lyrique, nous aimons entendre ces prologues qui nous donnent l’esprit de l’œuvre, la résument et nous en donnent un avant-goût. Il semble bien que Saint Jean, pour ouvrir son Evangile, a repris une hymne chantée par les premières communautés chrétiennes. Imaginons l’enthousiasme de ces convertis des origines, qui ne cessaient de célébrer l’étonnante surprise de la Bonne Nouvelle. Si ce texte nous apparaît difficile, voire abstrait, c’est que nous en avons peut-être un peu perdu les clefs : essayons de les retrouver.

Un échange éternel
Pour nos ancêtres juifs, leur joie avait été immense de découvrir que notre monde n’était pas issu de quelque rivalité entre les dieux… mais l’œuvre d’amour de l’unique Créateur. Les premiers chrétiens, avec Saint Jean, ont encore eu plus de bonheur en méditant sur des mots étonnants de Jésus tels que ceux-ci : mon Père et moi nous sommes un . C’est avec la Pentecôte, que l’Esprit Saint en effet nous a fait découvrir avec émerveillement que dans la Vie divine il existe de toute éternité un échange d’amour. L’amour qui est en Dieu n’a pas besoin de discours pour se dire ; il lui suffit pour cela d’une seule Parole, infiniment aimante, celle du Fils : avant le « commencement » de toutes choses créées, nous dit saint Jean,   le Verbe (la Parole) était Dieu, Il était tourné vers Dieu. Méditons cela, nous qui savons un peu ce que signifie ce qu’est la fécondité de l’amour de Dieu qui s’est donné en dehors de Lui dans la Création, puis à nous au cœur de celle-ci, et enfin en Lui dans le Christ ! Nous sommes les enfants de l’Amour !
On comprend bien que pour St Jean et ses contemporains, et donc pour nous, la Parole de Dieu n’a rien d’abstrait : c’est une Parole vivante, personnelle, qui n’a pas d’autre raison d’être que « d’être avec », échange, amour. Dieu nous aime déjà, dès l’origine comme « les siens  ».

Le risque de l’amour 
La Parole créatrice a donné son temps au monde pour s’inventer et se chercher : l’homme, avec sa liberté, est arrivé au terme d’un long chemin créateur. Le risque de l’amour et de la confiance, c’est que l’enfant à qui est donnée la liberté, dise un jour « non » à l’amour proposé. Jean constate effectivement que vis-à-vis de Dieu,   les siens ne l’ont pas reçu »: cela a été vrai hier, et l’est encore aujourd’hui : une triste surprise !
Que font des parents quand leur enfant part à sa perte ? Ils font tout pour le sauver, tout en respectant sa liberté, et cela même au péril de leur vie : ce qui changera le cœur de l’enfant, ce qui le « sauvera », c’est quand il découvrira à quel point il est aimé ! La venue du Christ parmi nous ressemble un peu à cela… 

Dieu avec nous
La « Parole » de Dieu, ce Fils unique plein de gloire et de vérité  , que nous célébrons à Noël, s’est faite chair  aux temps tragiques (toujours en vigueur…) des César et des Hérode.  Elle est venue   habiter parmi nous   pour nous sauver : au contact direct de nos violences et de nos folies. Nous serons toujours surpris, émerveillés, de voir que Dieu prenne ainsi le risque de vivre comme   l’un d’entre nous  ,  avec nous, l’Emmanuel !
Ceux que le Fils a rencontrés durant sa vie, à la porte de qui il frappe encore aujourd’hui, deviennent plus que jamais « les siens » : ne sont-ils pas nés de tant de souffrances, de tant de mains tendues ? Or voici que le chant du prologue se fait soudain triste : Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l’ont pas accueilli  ! Pourquoi semblons-nous maintenant lui tourner nous-mêmes le dos ? Aujourd’hui, le Fils pourrait nous dire encore s’en étonnement attristé: qu’as-tu fait de promesses de ton baptême ?  ;  pourquoi mon amour n’est-il pas aimé ?

Un vrai combat !
On a l’impression que face à ce constat inexplicable, l’évangéliste Saint Jean nous excuse presque : ceux qui replongent ainsi dans les ténèbres semblent les victimes d’un mal qui les dépasse, qui est venu leur couper sournoisement la lumière ! Jean semble nous dire : Croyez-vous que l’homme est capable de faire tant d’horreurs tout seul ? La question est posée en tout cas !

Orientations : Rejoignons les premiers chrétiens qui, avec Saint Jean chantaient l’hymne de leur libération : le pouvoir de devenir enfants de Dieu nous a été donné . Faisons notre aussi le cri de confiance de Jean-Paul II : n’ayons pas peur». Peut-être suffit-t-il de nous abandonner à la  lumière qui luit dans les ténèbres, ici, dans la crèche.  


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