Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Dimanche des Rameaux. 25 mars 2018.

Nous sommes toujours étonnés, en ce jour des Rameaux, d’entendre la foule acclamer Jésus et, aussitôt après, pendant sa passion, réclamer sa mort. S’agissait-il des mêmes personnes ? Peut-être… Beaucoup dans la foule s’attendaient à ce que Jésus exploite sa renommée à Jérusalem pour mettre en place un grand changement politique. Peu avaient en réalité su percevoir les changements fondamentaux proclamés par Jésus : une vraie révolution, mais qui serait le fruit d’une authentique conversion des cœurs ; aussi, les responsables ont eu beau jeu d’exploiter des sentiments de déception qu’ils n’ont pas su ni surtout voulu éclairer. Aujourd’hui encore des foules généreuses peuvent défiler dans les rues ; mais bien souvent la violence pourra l’emporter là où la manipulation aura tenu lieu d’éducation.

Où sont les amis ?

On peut comprendre que la foule se soit laissée « désinformer », comme on dit aujourd’hui, mais pourquoi les proches de Jésus, qui le suivaient fidèlement depuis trois ans, et ont été éclairés par ses paroles, se sont bien vite effondrés. Ce n’est pas la haine qui a eu prise sur les disciples, mais le découragement : ils n’avaient jamais vraiment compris les paroles de Jésus leur annonçant sa Passion, et face à la réalité de cet échec apparent, c’était l’effondrement : le désarroi des disciples a été à la mesure de l’immense espoir qu’ils avaient placé en Jésus. Cette expérience rejoint celle de nos contemporains qui, croyant avoir perdu la foi de leur enfance, vivent ce que l’on appelle aujourd’hui la terrible épreuve du « désenchantement ».

Le découragement des proches

Ainsi, au jardin des oliviers, complètement abasourdis par ce qui se préparait, les disciples ne se sentaient même plus la force de prier avec Jésus ; ils se sont laissés terrasser par le sommeil et Jésus s’est retrouvé seul. Je crois que si les disciples avaient eu le courage de prier avec Jésus, de l’accompagner dans sa souffrance, ils auraient vécu sa Passion autrement, dans une grande douleur certes, mais avec plus d’espérance et de fidélité. Quand notre foi traverse des périodes de désarroi, savons-nous les vivre dans la prière dans un véritable cœur à cœur avec le Christ ? Heureusement le Seigneur comprend nos fragilités et, comme pour les disciples, il saura revenir vers nous après l’heure de l’épreuve.

Le découragement est sans doute une tentation, mais il est surtout une épreuve, une épreuve de l’amour le plus souvent. Les disciples avaient à faire le passage vers une autre façon d’aimer Jésus : non pas d’une façon humaine, comme un maître qu’il suffit de suivre, mais dans la foi, en étant renouvelés de l’intérieur. Toute épreuve est un appel à une vie nouvelle.

La grande épreuve de Jésus

Sur la croix, comme déjà au jardin des oliviers, Jésus n’a pas connu la tentation mais il a surtout traversé la terrible épreuve de la solitude. Les disciples, les amis de Jésus, l’ont abandonné, mais l’épreuve la plus grande a été le silence de son Père. Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? a-t-il crié. C’est à cet instant décisif que Jésus, assumant toutes les solitudes et détresses de notre humanité, les a converties dans la confiance de l’amour, qui nous redonne la vie : Seigneur, tu m’as répondu ; tu m’as écouté quand je criais vers toi ; tu vas me donner une descendance qui ne cessera pas de te louer .

 Pourquoi m’as-tu abandonné  ? J’ai entendu une personne me dire avec angoisse, peu avant sa mort : Je n’ai plus la foi ; épreuve ultime ! Mais, presque aussitôt, j’ai vu son visage se transformer : elle a été rejointe alors par une grâce extraordinaire d’abandon et de de paix. Sainte Thérèse-de-l’Enfant-Jésus a vécu une purification semblable avant de mourir. Jésus lui-même a voulu descendre avec nous jusqu’au plus profond de nos désespérances : désormais nous saurons qu’il n’y a pas de détresse humaine qui puisse échapper à sa présence. Dans le même instant où Jésus questionnait son Père, celui-ci lui a montré sa  présence , et dans un cri à la fois d’amour et de souffrance, le Fils lui a remis son dernier souffle ; il nous a donné en même temps le premier souffle de la Vie Nouvelle, cette vie dont il est désormais le secret, le « chemin ». L’amour manifesté jusqu’au bout sur la Croix prend à contre-pied toutes les pratiques habituelles de l’humanité ; toutes les haines et toutes les lâchetés qui sont notre quotidien : c’est l’amour qui donne la vie, c’est l’amour qui ressuscite.

Orientations : Sur la Croix Jésus a fait confiance à l’homme et à son avenir, en nous entraînant dans son propre abandon dans l’amour du Père. Certes les hommes pourront continuer à résister à Dieu, par une sorte de folie inexplicable ; mais la haine et la violence, et surtout le découragement (qui explique tant de violences) capituleront finalement face à l’amour. Jésus nous a donné par avance ce que nous avons voulu lui prendre, ce que nous voulons sans cesse aussi prendre à nos frères, c’est-à-dire la vie : il nous revient seulement de le laisser agir en notre cœur, de « veiller » avec Lui..




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