Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Rameaux, 9 avril 2017.

Revirement.
Il y a des moments où la pression du mal, avec toute son horreur, semble l’emporter sur la raison et le cœur de l’homme. Au milieu de la guerre mondiale, les camps de concentration en ont donné l‘exemple ; et ce qui se vit aujourd’hui encore avec la radicalisation de la violence, continue de nous étonner sur ce que peut devenir l’homme lorsqu’il est évolué, esclave de la haine.
Ceux qui ont crié pour demander la mise à mort de Jésus étaient pourtant ceux qui hier l’acclamaient : de même que les bourreaux des camps de la mort pouvaient être en même temps des pères de famille sans histoires… Des foules généreuses pourront toujours perdre la raison là où la manipulation aura tenu lieu d’éducation.

Où sont les amis ?
On peut comprendre que la foule se soit laissée « désinformer », comme on dit aujourd’hui, mais les proches de Jésus, qui le suivaient fidèlement depuis trois ans, et ont été éclairés par ses paroles, se sont bien vite effondrés ! Ce n’est pas la haine qui a eu prise sur les disciples, mais le découragement : ils n’avaient jamais vraiment écouté les paroles de Jésus leur annonçant que son royaume serait différent des nôtres, et face à la réalité de son échec apparent, ils étaient effondrés. Le désarroi des disciples a été à la mesure de l’immense espoir qu’ils avaient placé en Jésus. Cette expérience rejoint celle de nos contemporains qui, croyant avoir perdu la foi de leur enfance, vivent ce que l’on appelle aujourd’hui la terrible épreuve du « désenchantement ».
Ainsi, au jardin des oliviers, complètement abasourdis par ce qui se préparait, les disciples ne se sentaient même plus la force de prier avec Jésus ; ils se sont laissés terrasser par le sommeil et Jésus s’est retrouvé seul. Je crois que si les disciples avaient eu le courage de prier avec Jésus, de l’accompagner dans sa souffrance, ils auraient vécu sa Passion autrement, dans une grande douleur certes, mais en commençant à entrer dans le Mystère de ce qui arrivait. Quand notre foi traverse des périodes de désarroi, savons-nous les vivre dans la prière dans un véritable cœur à cœur avec le Christ ? Heureusement le Seigneur comprend nos fragilités et, comme pour les disciples, il saura revenir vers nous après l’heure de l’épreuve.
Le découragement est sans doute une tentation, mais il est surtout une épreuve, une épreuve qui aide à faire le passage vers une autre façon d’aimer.

La grande épreuve de Jésus.
Sur la Croix, comme déjà au jardin des oliviers, Jésus n’a pas connu la tentation mais il a surtout traversé la terrible expérience de la solitude. Les disciples, les amis de Jésus, l’ont abandonné, mais l’épreuve la plus grande a été le silence de son Père et l’incompréhension des siens. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? a-t-il crié. C’est à cet instant décisif que Jésus, assumant toutes les solitudes et détresses de notre humanité, les a traversées par la force indestructible de la confiance et de l’amour : « Seigneur, tu m’as répondu ; tu m’as écouté quand je criais vers toi ; tu vas me donner une descendance qui ne cessera pas de te louer ».
« Pourquoi m’as-tu abandonné » ? J’ai entendu une personne me dire avec angoisse, peu avant sa mort : « Je n’ai plus la foi » ; épreuve ultime ! Mais, presque aussitôt, j’ai vu son visage se transformer, elle était rejointe par une grâce extraordinaire d’abandon et de de paix. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a vécu une purification semblable avant de mourir.
Jésus ayant voulu descendre avec nous jusqu’au plus profond de nos désespérances nous saurons désormais qu’il n’y a pas de détresse humaine qui puisse échapper à sa présence. Dans le même instant où Jésus questionnait son Père, celui-ci lui a montré sa présence, et dans un cri à la fois d’amour et de souffrance, le Fils lui a remis son dernier souffle ; il nous a donné en même temps le premier souffle de la Vie Nouvelle, cette vie dont il est désormais le secret et le « chemin ». L’amour manifesté jusqu’au bout sur la Croix prend à contre-pied toutes les pratiques habituelles de l’humanité ; toutes les haines et toutes les lâchetés qui sont notre quotidien : c’est l’amour qui donne la vie, c’est l’amour qui ressuscite.
Il est important d’entendre à nouveau ce message aujourd’hui, alors que beaucoup de gens semblent désorientés. Sur la croix Jésus a fait confiance à l’homme et à son avenir, en nous entraînant dans son propre abandon dans l’amour du Père. Certes les hommes pourront continuer à résister à Dieu, par une sorte de folie inexplicable ; mais la haine et la violence, et surtout le découragement (qui explique tant de violences) capituleront finalement face à l’amour. Jésus nous a donné par avance ce que nous avons voulu lui prendre, ce que nous voulons sans cesse aussi prendre à nos frères, c’est-à-dire la Vie : il nous revient seulement de le laisser agir en notre cœur, de « veiller » avec Lui. .


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