Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

20 Mars 2017 Saint Joseph : Une vie d’homme pleinement «  accomplie »

Etre époux et père.

L’Evangile ne nous a transmis aucune parole de Saint Joseph, mais le père adoptif de Jésus nous parle par tout ce qu’il a fait et vécu, par sa façon d’accueillir le projet de Dieu sur lui. Vu de l’extérieur, le fiancé de Marie semble avoir été privé de son avenir d’homme : être époux et père comme il s’y attendait et le désirait de tout son être. Et pourtant, quel merveilleux accomplissement humain a été la parcours de sa vie, essayons de le découvrir:

Pour des époux, leur amour « s’accomplit » en accueillant la vie qui va naître ; ils donneront un nom à l’enfant et l’aideront à trouver son chemin, sa mission dans l’existence. Tout père se découvre de plus en plus père dans son service d’éducateur ; la mère également devient mère en vivant son rôle maternel. Les époux, ensemble, deviendront ainsi parents et leur mission les rapprochera toujours plus l’un de l’autre. Si telle est la vocation passionnante du couple : on peut dire que Joseph et Marie l’on vécue pleinement dans tous les aspects les plus profonds de ce chemin d’amour.

Faire découvrir le Père.

Au cœur de la mission parentale, il y a aussi et surtout, celle de faire découvrir à l’enfant que Dieu lui-même est Père, il est « le » Père. L’enfant entre dans ce mystère aidé par l’image de la paternité que lui-donne son propre père, sachant qu’il est facile de brouiller cette image par nos propres imperfections. Jésus, tout au long de sa vie, a entretenu avec Dieu son Père une relation filiale d’intimité qui nous étonne : il l’appelait « Abba », comme il le faisait pour Joseph. Bien des paroles dites par Jésus au cours de sa vie publique sont révélatrices de ce qu’il a vécu et intériorisé auprès de son père durant son enfance. Ainsi, à la veille de sa passion, les disciples avaient demandé à Jésus : « montre-nous le Père ». Jésus avait alors répondu «  qui me voit, voit le Père »… ; Il a transposé alors vers sa nature divine une réalité qu’il avait vécu dans son être d’homme. Une autre fois, à propos d’une controverse sur le sabbat Jésus avait comparé son action à celle de son Père qui « travaille toujours ». Ainsi Joseph at-il su permettre à Jésus de découvrir l’intimité de sa propre relation de Fils chéri du Père.

Jésus en regardant joseph travailler, découvrait aussi que le travail de l’homme a du sens et devient naturellement prière. A Nazareth, la Sainte Famille pratiquait certainement le repos du sabbat, mais celui-ci prolongeait simplement cette « œuvre » permanente qui consiste pour l’homme à trouver sa joie en rendant gloire Dieu, au Père.

Fils du charpentier.

Que dire de ce qui est passé à Nazareth ? Evitons de penser que Jésus n’était pas un enfant comme les autres, étonnant ses camarades par les miracles que certains évangiles apocryphes lui ont prêté. Jésus était connu avant tout dans son village comme « le fils du charpentier » : c’était un titre de reconnaissance sociale aussi honorable pour le père que pour le fils. Joseph a aidé son fils à devenir pleinement un homme, tout simplement : il l’a fait d’abord en veillant sur sa vie et sa croissance ; il l’a fait plus encore en lui permettant, par sa présence à ses côtés, par les gestes appris, à trouver lui-même sa vocation. Parfois les enfants reprennent le métier du père, mais s’il n’en est pas ainsi, ils gardent souvent de lui le témoignage d’une vie ou l’homme trouve sa joie en participant à la Création par l’œuvre de ses mains. Il est possible d’imaginer tous les conseils donnés par Joseph à son fils, autant pour apprendre petit à petit le maniement des outils, que peut-être le bon déroulement des chantiers à l’extérieur. Jésus a dû faire des erreurs, comme tout apprenti : se tromper n’est pas un péché ! C’est en regardant son père travailler, en observant avec lui le monde du village et des alentours, que Jésus a progressé dans la conscience de sa propre mission. Il est certain que Jésus a voulu passer une partie de son existence en artisan, vivant et appréciant « le travail de l’homme », tel que nous le vivons d’habitude ; il annonçait déjà ainsi cet « évangile du travail » dont il saura bientôt trouver les plus belles images de son évangile : le vigneron, le berger, le médecin, l’intendant, le moissonneur…

Partir.

Lors du pèlerinage de Jérusalem les parents de Jésus avaient été déroutés par l’inattendu du comportement de leur fils, comme il arrive à tous les parents au moment de l’adolescence. A la suite de cet événement, Joseph a dû regarder Jésus en s’interrogeant de plus en plus sur ce qui pourrait se passer une fois que Jésus aurait quitté la maison. Peut-être Joseph aurait-il laissé à Jésus quelques jours de congé pour aller rejoindre Jean-Baptiste sur le Jourdain ? Jésus semble avoir continué à travailler à l’atelier après le décès de son père : les habitants de Nazareth diront en effet de lui « n’est-il pas le charpentier » ? Un jour, Jésus a vu qu’il était prêt à exercer sa mission : il est parti de l’atelier pour se faire « l’ouvrier » de notre Salut… Joseph, en tout cas, ne semble pas avoir été le témoin de la « vie publique » de Jésus : en-effet, il disparait alors des récits évangéliques. L’effacement de Joseph reste bien dans la ligne de ce que nous connaissons de lui, en nous rappelons d’ailleurs que tout vrai père apprend à s’effacer quand l’enfant prend son envol ; effacement ne signifie pas rupture : c’est la logique de la confiance faite en la vie. Aujourd’hui Joseph est toujours là, auprès de son fils et cette proximité discrète le rend bien précieux pour nous !

Aujourd’hui.

Grâce à Joseph et à Marie, Dieu, en s’incarnant a pu devenir pleinement humain. Aujourd’hui l’un et l’autre conservent pleinement leur rôle. Désormais, nous sommes devenus les membres du Corps du Christ. Joseph reste le gardien de se Corps, de l’Eglise. Il veille sur nous comme il le faisait pour Jésus ; confions-lui notre foi, notre désir de grandir et de nous préparer à notre mission. Joseph nous aidera à traverser les moments difficiles, comme il l’a toujours fait ; il restera toujours aussi discret qu’efficace. Joseph nous apprend aussi, avec Marie, que nous pouvons faire de grandes choses à travers les actions les plus humbles de notre vie quotidienne.

Dans l’Evangile, Jésus nous dit que Dieu redonne au centuple ce qu’Il nous demande de quitter pour Lui…: Le mot « centuple » est une image évoquant une réalité plus grande: celle de la grâce de Dieu offerte à l’homme. La grâce ne vient jamais à l’encontre de ce que nous sommes ; elle transfigure au contraire nos désirs les plus profonds en les purifiant et en les élevant sans cesse de l’intérieur. L’Esprit Saint, qui transforme ainsi notre vie agit comme la lumière révélant la splendeur d’un vitrail. C’est ainsi que st Joseph a découvert de quelle manière il pouvait vivre son humanité au-delà de toute attente ».



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