Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Vendredi saint 14 avril 2017.

Au pied de la Croix. Nous devons nous nous tenir ce soir au pied de la Croix avec Marie et Jean, communiant avec toute l’Eglise à la souffrance du Christ et au don de son amour pour nous sauver : laissons toutes nos préoccupations et si nous sentons peser sur nous la souffrance de nos limites ou de grandes douleurs, remettons-les entre les mains de celui qui nous libère aujourd’hui par la toute-puissance de son amour. Marie et Jean, au pied de la Croix, nous représentaient déjà ainsi que toute l’Eglise qui bientôt allait naître du côté transpercé du Christ. Nous-mêmes, sachant de quoi nous avons été libérés, nous serons chargés de transmettre avec joie autour de nous ce que signifie la tendresse de Dieu pour l’humanité.

Voici ton Fils, voici ta mère. Du haut de la croix Jésus dit à Marie en regardant Jean : « femme voici ton fils », et il dit à Jean en regardant sa mère : « fils, voici ta mère » . Jean nous représente tous. Marie à ce moment-là, par son « obéissance dans la foi » est devenue mère de toute l’Eglise ; elle représentait alors toute l’Eglise. Ayons pour l’Eglise, comme nous l’avons pour Marie, un amour d’enfant, un amour confiant.

Une mère aime bien que ses enfants lui posent beaucoup de questions ; Marie comme l’Eglise nous aide à trouver le chemin de la Vie, à nous corriger aussi parfois, avec un regard plein de miséricorde. Demandons à Marie de nous introduire dans le mystère de son fils et celui de l’Eglise. Lorsque Jean a pris Marie chez lui, elle a dû lui raconter beaucoup de choses qu’elle avait connues de son Fils, et les ayant méditées dans son cœur elle a aidé l’évangéliste à avoir la profondeur de regard que nous lui connaissons. Sachons, nous aussi, en disant le chapelet par exemple, prendre du temps pour nous laisser enseigner par Marie. Sachons aussi prendre soin de l’Eglise notre Mère : elle a beaucoup de choses à nous dire si nous sommes attentifs à elle, sans oublier ou critiquer trop vite ce qu’elle a à nous dire.

Le côté ouvert. Un autre moment du récit de la Passion nous aide à  vivre celle-ci en Eglise : c’est le geste du soldat ouvrant avec sa lance le côté de Jésus qui vient de mourir, blessure dont il sort du sang et de l’eau. Non seulement Jésus est mort après avoir tout donné de lui-même, mais comme si cela ne suffisait pas, il y faut encore ce geste voulu pour achever. Mais Jean en perçoit toute la portée symbolique. Le côté ouvert de Jésus, c’est l’expression ultime de l’amour "jusqu’à la fin" que Jésus a signifié au moment du lavement des pieds. « Il en sortit du sang et de l’eau » : la tradition chrétienne y a vu le symbole des sacrements de l’Eglise, l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie ; l’eau et le sang habités par l’Esprit. Peut-être trouvons-nous ces images trop symboliques ; elles n’ont cependant rien d’abstrait. Quand les premières communautés chrétiennes ont commencé à célébrer le mystère de la Croix, mystère qu’elles vivaient elles-mêmes dans la persécution, elles aimaient représenter la Croix glorieuse ; elles la voyaient comme une source, devenant un fleuve irriguant la Création tout entière et redonnant vie à notre terre. Aujourd’hui comme hier, lorsque des communautés chrétiennes vivent dans la fidélité l’épreuve de la Croix, malgré la violence et la haine, elles deviennent dans notre monde source d’espérance et de paix. On ne saura jamais sur terre comment des chrétiens, parfois les moins connus d’entre eux, ont sauvé le monde du désastre : ce qui jaillit du côté du Christ est bien plus qu’un symbole !

Saint Jean cite le prophète Zacharie disant au sujet du Messie : "ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé ». Et Zacharie avait ajouté : « ce jour de deuil sera aussi un jour de joie », car "ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte purifiant le peuple" (Za 13,1) ; "des eaux vives, sorties de Jérusalem, se déverseront vers l’Orient et l’Occident, hiver comme été, autrement dit sur toute la terre pour toujours" (Za 14,8). Aujourd’hui, où l’Orient et l’Occident se retrouvent à la fois face-à-face et confrontés ensemble aux mêmes défis pour l’avenir de l’humanité, la mission des chrétiens est plus actuelle que jamais : aider les hommes à lever leur regard au-dessus d’une actualité aux horizons brouillés, et leur montrer que le présent et l’avenir sont porteurs d’une bonne nouvelle, de « la Bonne Nouvelle ». La nouvelle évangélisation pour notre temps c’est déjà de montrer que nous vivons dans la paix et restons capables d’ouvrir les bras comme Jésus sur la Croix, au lieu de les baisser.

Avec Jean, Marie et toute l’Eglise prions pour que cette source issue du cœur du Christ crucifié se répande universellement dans le monde ; puis nous allons nous-mêmes contempler ce bois de la Croix qui a porté le salut du monde et rendre grâce au Christ pour cet amour qu’il nous a manifesté jusqu’au bout, et dont la contagion nous atteint aujourd’hui.



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