Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Vendredi Saint, 30 mars 2018.

Au pied de la Croix

Nous venons d’entendre le récit de la Passion selon St Jean : nous l’avons écouté ensemble, « en Eglise ». Marie et Jean, au pied de la Croix, représentaient déjà l’Eglise, qui bientôt allait naître du côté transpercé du Christ. Nous sommes les héritiers des paroles que le Christ a prononcées juste avant de mourir, les héritiers de la Bonne Nouvelle pour laquelle il a donné sa vie, les héritiers de sa tendresse pour l’humanité, d’un appel d’amour qu’il nous a chargés de transmettre. Au calvaire, Marie - mère de Jésus - est devenue aussi, mère de l’Eglise quand Jésus lui a dit  femme, voici ton fils  et quand il a dit à Jean  voici ta mère ». Marie a parcouru tout au long de sa vie le chemin d’une foi qui s’est approfondie sans cesse, s’émerveillant, dans un Magnificat permanent ; mais elle a traversé aussi, aux côtés de son Fils, les épreuves, les angoisses qui ont culminé sur la Croix. Nous pouvons nous rappeler la réflexion de cette femme qui avait dit, en rencontrant Jésus : heureuses les entrailles qui vous ont porté et la réaction de Jésus: heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent. Jésus avait alors ajouté : ma mère et mes frères, ce sont ceux‑là. Marie a écouté plus que tout autre la volonté de Dieu, dans l’audace de son oui au jour de l’Annonciation, dans le oui de sa foi, au jour de la crucifixion de son enfant ; et elle sera toujours là pour dire oui à sa mission d’enfantement de son Fils dans la vie de l’Eglise, dans notre propre vie, nous qui sommes aussi, dans le Christ, ses enfants. Elle le fera à travers les siècles traversant toujours aussi bien l’aujourd’hui de la Passion de son Fils que celui de sa Résurrection. Nous sommes invités à parcourir le même chemin intérieur que Marie ; laissons-nous atteindre par l’abandon et la confiance qui ont été dans le silence, celui du Cœur de Marie et celui du Cœur de Jésus, nous attachant à Jésus de façon de plus en plus étroite ; vivant dans notre propre vie sa Passion et sa Résurrection.  

Le côté ouvert

Un autre moment du récit de la Passion nous aide à  vivre celle-ci en Eglise : c’est le geste du soldat ouvrant avec sa lance le côté de Jésus qui vient de mourir, blessure dont il sort du sang et de l’eau. Non seulement Jésus est mort après avoir tout donné de lui-même, mais comme si cela ne suffisait pas, il y faut encore ce geste voulu pour achever. Mais Jean en perçoit toute la portée symbolique. Le côté ouvert de Jésus, c’est l’expression ultime de l’amour jusqu’à la fin que Jésus a signifié au moment du lavement des pieds. Il en sortit du sang et de l’eau. La tradition chrétienne y a vu le symbole des sacrements de l’Eglise, l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie. L’eau et le sang, habités par l’Esprit, cet Esprit que Jésus a remis dans son dernier souffle et qu’il va nous transmettre pleinement à la Pentecôte. Peut-être trouvons-nous ces images trop symboliques ; elles n’ont cependant rien d’abstrait.

La Croix glorieuse

Quand les premières communautés chrétiennes ont commencé à célébrer le mystère de la Croix, mystère qu’elles vivaient elles-mêmes dans la persécution, elles aimaient représenter la Croix glorieuse ; elles la voyaient comme une source, devenant un fleuve irrigant la Création toute entière et redonnant vie à notre terre. Aujourd’hui comme hier, lorsque des communautés chrétiennes vivent dans la fidélité l’épreuve de la Croix, malgré la violence et la haine, elles deviennent dans notre monde source d’espérance et de paix : cela n’est pas dit sur les chaines de télévision ! On ne saura jamais sur terre comment des chrétiens, parfois les moins connus d’entre eux, ont sauvé le monde du désastre. Parfois, il est vrai, des chrétiens ont déserté leur mission de paix et tari la source dont le monde avait soif ; nous pouvons être de ceux-là : mais sans cesse l’Esprit Saint revient nous déranger pour nous rappeler que nous devons être humblement levain dans la pâte du monde, et canaux de la vie offerte à tous par le Seigneur mort sur la Croix.

St Jean cite le prophète Zacharie disant au sujet du Messie : ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé. Et Zacharie avait ajouté :  ce jour de deuil sera aussi un jour de joie, car ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte purifiant le peuple, et… des eaux vives, sorties de Jérusalem, se déverseront vers l’Orient et l’Occident, hiver comme été, autrement dit : sur toute la terre pour toujours. Aujourd’hui, où l’Orient et l’Occident se retrouvent à la fois face à face et confrontés ensemble aux mêmes défis pour l’avenir de l’humanité, la mission des chrétiens est plus actuelle que jamais : aider les hommes à lever leur regard au dessus d’une actualité aux horizons brouillés, et leur montrer que le présent et l’avenir sont porteurs d’une Bonne Nouvelle : de « la » Bonne Nouvelle.

Orientations : Avec Jean, Marie et toute l’Eglise nous allons prier cette nuit pour que cette source issue du cœur du Christ crucifié se répande universellement dans le monde ; puis nous allons nous-mêmes contempler ce bois de la Croix qui a porté le salut du monde ; et rendre grâce au Christ pour cet amour qu’il nous a manifesté jusqu’au bout, et dont la contagion nous atteint aujourd’hui.




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