Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

1er dimanche de l’Avent A (1er décembre 2019)



Isaïe 2, 1-5 (rassemblement des peuples et paix pour toujours)


Lisons cette prophétie pour ce qu’elle est : un poème. Le pèlerin s'approche de Jérusalem. Devant ses yeux, la colline du Temple grossit de plus en plus sur l’horizon. Son imagination s’enflamme : Et si, à la fin des temps, le Seigneur élevait vraiment sa montagne sainte à la taille d'un Himalaya ? Alors, fascinés, tous les peuples, si l’on traduit littéralement, « couleraient » vers elle, comme un fleuve remontant à sa source. Ils voudraient se soumettre au seul Dieu de Jacob, suivre ses « chemins », n’avoir plus pour régime de gouvernement que sa Loi et sa parole. Alors Dieu deviendrait l’unique arbitre des nations enfin unies. Ce serait un monde à l’envers du présent, celui de la paix : épées et lances, dressées de manière hostile, se courberaient vers le sol, transformées en socs et faucilles pour travailler à une prospérité terrienne universelle, et on oublierait à jamais le métier de la guerre.

Il est regrettable que la traduction liturgique trahisse la beauté stylistique du verset central. En effet, le poème est construit sur des parallélismes réguliers. Par exemple : Toutes les nations afflueront vers elle (A), des peuples nombreux se mettront en marche (B). Au contraire, le verset central présente un parallélisme « croisé » : Car de Sion (A) sortira la Loi (B) et la parole du Seigneur (B’), de Jérusalem (A’).

D’autres prophètes ont écrit ce genre de poème appelé « chant du pèlerinage final des peuples » (cf. Zacharie 8, 20-23 ; Tobie 13). Leur rêve éclaire notre entrée en Avent, rêve d’une paix que le Christ est venu rendre possible par son Évangile, un rêve qu'il accomplira pour tous ceux qui souffrent de la violence. Tel est aussi le rêve du Psaume 121 qui suit cette lecture.

Mais l’ouverture universelle du Peuple de Dieu n’est pas chose facile, aujourd’hui encore. Un disciple du prophète a ajouté un verset : Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur. Par là, l’ouverture généreuse du poème à toutes les nations se réduit à l’espérance du rassemblement des Juifs (la famille de Jacob) dispersés par le monde.




Romains 13, 11-14a (« Le jour est tout proche »)


Paul évoque, vulgairement parlant, comme une « panne d'oreiller ». L’homme a bien réglé son réveille-matin pour une entrevue décisive, au point du jour. Car il y va de son avenir, de « son salut ». Hélas, il a passé sa nuit en « ripailles et beuveries » ! Jamais il ne sera prêt, dûment vêtu, pour son rendez-vous. Mais Paul va plus profond :

1) Baptisés, nous voulons sortir d'activités ténébreuses inavouables, pour accéder au salut. Il y a urgence : quel que soit notre âge, jamais nous n’avons été aussi proches de l’échéance de notre salut qu’aujourd’hui, qu’il s’agisse de notre décès ou des échéances sociales et politiques.

2) La nuit du péché et le jour du salut s’affrontent en nous. Nous devons nous équiper de l’armure appropriée. En un mot, « *revêtez le Seigneur Jésus Christ », équipez-vous de sa puissance, à savoir, selon 1 Thessaloniciens 5, 8, la foi, l’amour et l’espérance.

3) Pour Paul, le pire des vices n’est pas l’orgie, mais la « dispute » et la « jalousie ». Avant notre texte, l’Apôtre rappelait que l’amour mutuel accomplissait toute la Loi divine (Romains 13, 9). Ensuite, il invitera ceux qui se croient forts à soutenir les faibles (Romains 14), à l’exemple de Jésus.

Telles sont les grandes manœuvres qu’en ce temps d’Avent, l’Apôtre nous propose pour passer de la nuit au jour nouveau.


* « revêtez le Seigneur Jésus Christ ». L’habit ne fait pas le moine, disons-nous. Pour l'Antiquité méditerranéenne, au contraire, porter tel costume, c’était révéler son identité profonde, car la liberté vestimentaire était fort limitée. L’expression « revêtir le Christ » (Galates 3, 27) signifiait que tout baptisé, quel que soit son statut social, acquérait une dignité incomparable. Ici, Paul fait un pas de plus : revêtir le Seigneur, par une conduite honnête et fraternelle, c’est participer à sa victoire sur les forces ténébreuses du mal (comparer Éphésiens 6,11-17).



Matthieu 24, 37-44 (« Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra »)


Quand Matthieu rédige son évangile, les Romains ont détruit le Temple de Jérusalem depuis quelque quinze ans. Et les chrétiens d’alors s’interrogent : cette catastrophe signifiait-elle le jugement définitif de Dieu ? Dans ce cas, nous pouvons maintenant vivre en toute tranquillité. Ou bien le Seigneur, Fils de l'homme, viendra-t-il vraiment juger aussi les chrétiens, tout l’univers, et quand ? D’où, à partir de ces questions, le long discours sur la Fin arrangé par Matthieu (chap. 24 – 25). Jésus y répond par avance à ces questions. Il s’appuie ici sur deux paraboles, celle du déluge et celle du voleur.


La parabole du déluge



La parabole du déluge (cf. Genèse 6 – 8) ne dénonce pas particulièrement l’inconduite de ceux qui périrent ; elle souligne plutôt leur imprévoyance : la vie allait son train, on mangeait, on se mariait ; bref, on vivait. Mais on ne s’est pas converti, on a voulu ignorer que Dieu pouvait intervenir en juge, d’une manière ou d’une autre, dans la routine du quotidien.

*La venue du Fils de l’homme, du Christ glorieux, aura la même brutalité. Elle tranchera dans les relations quotidiennes, parmi les hommes partis travailler aux champs et les femmes vaquant de concert aux tâches ménagères quotidiennes. Alors, l’un sera « pris », sauvé, comme dans l’arche de Noé ; l’autre sera « laissé » aux affres du déluge. Comment se fera ce tri ? D'autres paraboles le diront (en Matthieu 24, 45 à 25, 30). Pour l’instant, une première conclusion s’impose : il faut veiller en raison du caractère surprenant de l'événement.


La parabole du voleur nocturne


La parabole répète la même leçon. Dans les masures de l'antique Palestine, « percer » silencieusement la paroi fragile des murs allait plus vite que de s’attaquer à la porte ou à la serrure. Un cambriolage est par nature imprévisible. Pour y parer, il faudrait ne jamais dormir. Les premiers chrétiens comparèrent d’abord au voleur « le jour du Seigneur » qui vient… de nuit (1 Thessaloniciens 5, 2). Puis ils virent dans ce Voleur le Fils de l’homme lui-même, le Christ (Apocalypse 3, 3). Il faut donc se trouver prêt en tout temps pour l’accueillir en serviteurs fidèles (cf. Matthieu 24, 45-51).


Veiller


Les épidémies et les cataclysmes apparaissent comme des « signes » de notre fragilité et nous interpellent comme tels. À la disparition de chaque génération humaine, c’est un monde qui finit, avec ses réussites et ses échecs que le Fils de l’homme jugera. Car, baptisé, je me prépare à la rencontre avec le Seigneur. Parce que je l’aime, je me suis engagé à faire sa volonté, à la lumière de son Évangile. Je lui donne le droit de juger ma vie. J’aurais grande honte à oublier que mon ami le plus proche peut venir quand il veut et qu’il doit trouver ma maison toujours prête à l’accueillir. De même, je mets ma fierté de croyant à recevoir à tout moment le Fils de l’homme. Telle est la leçon qui éclaire la mise en route de notre Avent. Cette période liturgique vaut comme une période d’entraînement intensif à la vigilance quotidienne.


* La venue du Fils de l’homme. « L’Église dans les premiers temps, avant l’enfantement de la Vierge, a compté des saints qui désiraient la venue du Christ dans la chair. Dans les temps où nous sommes depuis l’Ascension, la même Église compte d’autres saints, qui désirent la manifestation du Christ pour juger les vivants et les morts. Jamais, depuis le début jusqu’à la fin des temps, cette attente de l’Église n’a connu le moindre arrêt, si ce n’est durant la période où le Seigneur a vécu en compagnie de ses disciples. Et ainsi, c’est le Corps du Christ tout entier, gémissant en cette vie, qu’il convient d’entendre chanter dans le psaume : Mon âme languit après ton salut, j’espère en ta parole. Sa parole, c’est la promesse, et l’espérance permet d’attendre dans la patience ce que les croyants ne voient pas » (Saint Augustin, Commentaire du Psaume 118).



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