Parole de Vie..   
Les homélies du Père François Nicolas

Homélie 29e< dimanche A - 22 octobre 2017: Rendez à César.

Le piège

Nous en faisons tous l'expérience : dans nos relations quotidiennes, au travail ou en famille, il n'est pas toujours facile de faire les bons choix. De plus, nos contemporains comme ceux de Jésus, sont bien souvent prêts à contester les choix des chrétiens ou ceux de l’Eglise : ils ont raison en quelque sorte d’être exigeants et de nous pousser à nous expliquer. Parfois il est vrai ce n’est pas sans certains a priori négatifs ou le désir de tester les « cathos ». Ainsi, Jésus s’est vu demander s’il fallait payer des impôts à l’occupant romain. Répondre oui, c’était passer pour un collaborateur, et dire non, c’était passer pour un prêcheur de rébellion.

En réalité la sagesse de l'évangile, celle de Jésus, celle de l'Eglise aussi, n'est pas nécessairement la même que celle des hommes : elle ne consiste pas d’abord à apporter des réponses mais le plus souvent à poser les questions autrement, avec un « discernement » puisé dans la foi. C'est ainsi que Jésus, face à ses interlocuteurs, a prononcé la petite phrase si souvent évoquée: "rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu".


Ce qui revient à César

Pour Jésus, dire qu'il faut rendre à César ce qui revient à César, c'est reconnaître l'autorité du pouvoir établi, parce que toute autorité vient de Dieu, pour autant qu'elle n'aille pas à l'encontre de la conscience. Les ancêtres des juifs avaient déjà découvert en exil que le roi païen Cyrus, en se montrant tout simplement juste et humain et en les faisant libérer, pouvait être considéré comme un véritable envoyé de Dieu. La Bible montre aussi comment Dieu a respecté le désir contestable de son peuple de se donner un roi : le Seigneur a confié aux hommes la conduite de la Création, et même s’ils n’ont pas toujours bien usé de cette autonomie, son désir est que nous prenions nos responsabilités.

Dans le cas précis, le droit de César, entre autres, c’est de lever des impôts : leur but en principe est le bien de tous. Refuser de payer sa part, c’est faire retomber sur les autres la part qui nous incombe dans la gestion du bien commun ; c’est donc commettre une injustice. Une publicité nous rappelle à juste titre: "Vous n'avez pas le droit de salir le train parce que c'est votre train : nous sommes tous dans le même train".

Rendre à César ce qui est à César, pour un chrétien, c'est donc accepter de s'engager dans la vie de la cité ou de la nation. C'est de cette façon que notre parole, éclairée par l’Evangile, pourra réellement influer sur la vie quotidienne, l’économie, la famille et les lois.

Lorsque certaines lois s'écartent des principes de l'évangile, et si la façon de distribuer les impôts paraît injuste, le chrétien n'a pas à démissionner ou à se mettre hors la loi ; il doit sans cesse, comme dit St Paul rappeler à temps et à contretemps , le message qu'il a reçu de Dieu, tout en évitant de juger trop vite.

Dire rendez à César ce qui est à César, c'est donc aussi marquer les limites du pouvoir temporel. César est César, mais il n'est pas Dieu, contrairement à ce qu'il prétendait au temps de Jésus. L'image de César, frappée sur la monnaie, est une image humaine, rien de plus. Tout n'est pas dit de l'homme sur un billet de banque.

Ce qui revient à Dieu

Tout n'est donc pas fait pour l'homme à partir du pouvoir civil. C’est ici que prend tout son sens la deuxième partie de la phrase de Jésus : Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. Si l'autorité civile se met à la place de Dieu, si elle entend tout dire de l'homme, elle jouera un rôle qui n'est pas le sien. Même si l’autorité ne connaît pas Dieu, elle a la voix de sa conscience et celle-ci, si elle est droite, est déjà en chacun parole de Dieu. Ainsi toute autorité civile ou politique peut reconnaître que l'homme ne vit pas seulement de pain, de logement, de marchés, de production, même si tout cela est important et nécessaire ; l'oublier est laisser l'homme sur sa faim, ce qui explique bien des déceptions et des révoltes.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est finalement entrer avec Lui dans une relation d’écoute et de discernement, dans une attitude de confiance et d’amour. S’il y a dans la société le partage de l’impôt, il y a avec Dieu le libre partage d’un amour donné et rendu. Sur la Croix, en disant à son Père « je te rends mon esprit », Jésus nous a ainsi ouvert le chemin en lui « remettant » cet amour de miséricorde qu'Il lui avait confié pour nous sauver.

Tout ce qui nous vient de Dieu notre Père, revient à Lui - avec nous - dans le Christ : l’humanité, en Lui, retrouve le geste de l'enfant qui rend naturellement l'amour reçu de ses parents: il n'y a pas de plus grand bonheur pour l'être humain, que de rendre ainsi l'amour qu'on lui porte, à commencer par l'amour qui lui vient de Dieu.




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