Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

2e dimanche de l’Avent A (8 décembre 2019)




Isaïe 11, 1-10 (Le Messie, roi de paix)


Le prophète Isaïe est déçu par les rois de Jérusalem et surtout par Ézékias (716-687). La belle plantation semée par Jessé et son fils le roi David, sa dynastie, se trouve réduite à l’état de souche morte. Mais Dieu promet un rejeton plein de vie : remontant aux racines, il fera surgir un nouveau David. Ce roi idéal recevra tous *les dons de l’Esprit et il gouvernera comme Dieu lui-même, sans juger « d’après les apparences » trompeuses. Vêtu comme un guerrier, il combattra pour la justice, mais une seule arme lui suffira : « sa parole ».

Cette justice favorisera avant tout le pauvre, l’opprimé : « le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage... » ; et tant pis si le lion n’y trouve pas son compte ! Car, symboliquement, les bêtes féroces, les oppresseurs de tout acabit, se calmeront pour que vivent en paix les animaux sans défense. Toute méchanceté aura disparu car, grâce à l’exemple de ce roi, le Messie, tous auront « la connaissance » de ce que le Seigneur propose aux hommes pour qu’ils soient heureux. Ce programme séduira tous les peuples, ajoute un disciple ultérieur d’Isaïe dans le dernier verset de notre lecture, même auteur peut-être que celui de la 1ère lecture de dimanche dernier (Isaïe 2, 1-4).

Tel est « le Royaume des cieux » annoncé par le Baptiste (évangile) et par les Béatitudes (Luc 6, 20-21) ; telle est l’espérance dont témoigne l’Église quand celle-ci combat ses propres divisions (2e lecture).


*Les dons de l’Esprit. Le Messie recevra de Dieu la sagesse, le discernement, le conseil, la force, la science, la crainte de Dieu. À ces six qualités, la traduction grecque de la Bible ajoute la piété. La liste des « sept dons » du Saint-Esprit vient de ce texte. Baptisés et confirmés, nous partageons ainsi l’identité du Christ. Par de tels dons, nous sommes donc d’abord appelés à lutter avec lui pour la justice en faveur des pauvres.




Romains 15, 4-9 (L’espérance offerte par l’Écriture s’étend à toutes les nations)


Les chrétiens de la ville de Rome venaient les uns du judaïsme, les autres du paganisme ; ce qui ne facilitait pas l’unité. Paul leur a rappelé longuement, au long de cette épître qui touche ici à sa fin, qu’il n’y a pas de différence entre eux. Tous, en effet, nous sommes sauvés par l’amour gratuit de Dieu, et non par l’étalage de nos mérites ou de nos origines. L’Apôtre tire maintenant les conséquences pratiques.

Il se réfère aux « livres saints » de l’Ancien Testament. Ceux-ci ont annoncé le Christ qui a cédé à ses persécuteurs en vue de sauver même ses ennemis (lire Romains 15, 1-3). Cela était écrit « pour nous instruire », pour nous inculquer « la persévérance ». Paul parle même, littéralement de « l’encouragement des Écritures ». L’écoute de la Parole nous fait louer le même Dieu, par-delà nos différences.

Bref, Juifs ou païens, « accueillez-vous les uns les autres » dans l’Église. Les païens se rappelleront que le Christ, durant sa vie terrestre, s’est mis au service de ses frères juifs. Les Juifs reconnaîtront que le Christ accueille aussi les païens, pour que Dieu devienne le Dieu de tous les humains comme le prédisait l’Écriture. Au temps de l’Avent, nous chantons les mêmes espérances, malgré nos divisions. C’est l’écoute de la Parole de Dieu, Parole écrite pour nous, qui surmonte nos différences et nous tourne vers l’avenir. Car notre Dieu est *le Dieu de l’espérance.



*Le Dieu de l’espérance. « On supporte difficilement de ne pas posséder Dieu, d’attendre Dieu. Il n’est pas facile de parler de Lui, sans se convaincre soi-même, ainsi que les autres, que nous possédons Dieu et que nous pouvons en disposer. Il n’est pas facile d’annoncer Dieu et de faire comprendre en même temps que nous-mêmes nous ne le possédons pas, que, nous aussi, nous l’attendons. Je suis convaincu que la révolte contre le christianisme est due en grande partie à la prétention, visible ou dissimulée, qu’ont les chrétiens de posséder Dieu, et à la perte de l’élément d’attente, si décisif chez les prophètes et les apôtres. Ils ne possédaient pas Dieu, ils l’attendaient » (Paul Tillich).




Matthieu 3, 1-12 (Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde)


Le Baptiste appelle Jésus « celui qui vient derrière moi », c’est-à-dire un disciple. De fait, Jésus s’engagea d’abord dans le cercle de Jean et comme le disciple de ce dernier. Puis il forma son propre groupe ; d’où les tensions évoquées par Jean 3, 22-24 et 4, 1-3. Après l’Ascension, les relations restèrent tendues entre les communautés baptistes et les Églises chrétiennes. Les sources auxquelles puise Matthieu présentent le Baptiste sous un angle satisfaisant pour les chrétiens : elles considèrent Jean comme le précurseur de la mission de Jésus.


« En ces jours-là paraît Jean le Baptiste »


1) Jean exerce son ministère « dans le désert de Judée » où il proclame ce message : « Préparez le chemin du Seigneur. » Les sauterelles grillées et le miel sauvage assurent la survie dans les lieux arides et signifient un exode volontaire en marge de la société de consommation. Par ces signes, Jean invite Israël à un nouvel Exode, celui d’une conversion signifiée par le baptême dans le Jourdain. Car la traversée du fleuve avait marqué autrefois le passage du désert à la Terre promise (Josué 3).

2) Par son costume, analogue à celui d’Élie (cf. 2 Rois 1, 8 ; Zacharie 13, 4), Jean est l’ultime résurgence des prophètes depuis longtemps disparus. Il motive son appel à la conversion par un événement : « Le Royaume des Cieux est tout proche. » En d'autres termes, Dieu arrive et va exercer sur vous son pouvoir souverain. Jésus proclamera le même message (Matthieu 4, 17), mais il concevra le Royaume des Cieux, un événement heureux, bien autrement que son précurseur qui n’envisage que le terrible jugement de Dieu.

« Alors Jérusalem, toute la Judée... » viennent à Jean. Cette notice montre l’horizon « judéen » (c’est-à-dire « juif ») de la mission du Baptiste. Jésus, lui, paraîtra en Galilée (Matthieu 4, 12-13), une terre où se mêlaient, semble-t-il, Juifs et païens. Matthieu évoque ensuite « les pharisiens et les sadducéens », les courants les plus opposés entre eux et les plus influents du judaïsme d’alors. L’Évangile souligne ainsi l’universalisme du Baptiste : être descendant d’Abraham (ou membre de l’Église ?) ne constitue pas un billet gratuit pour obtenir le salut. Le jugement de Dieu mettra à égalité tous les hommes selon qu’ils auront ou non produit « le fruit » de la conversion.


Jean le Précurseur


À ce message, la tradition évangélique ajoute l’annonce de celui qui opérera le grand nettoyage : c’est le « plus Fort », le Messie. Le baptême qu’il apportera ne sera pas un rite, mais un jugement radical par l’Esprit Saint, souffle puissant de Dieu, et feu purificateur « qui ne s’éteint pas ».


Le message de Jean est correct. Si nous aimons Dieu, nous lui donnons le droit de juger notre comportement. Mais Jésus rompra avec la sévérité du Baptiste : l’accès au Royaume des Cieux n’est rien d’autre que le chemin des Béatitudes. Enfin Matthieu a supprimé ce que disent Marc et Luc, à savoir Jean proclamait « un baptême de repentir pour la rémission des péchés » (Marc 1, 4 ; Luc 3, 3). Pour Matthieu, la rémission des péchés n’est pas le fruit du baptême de Jean, mais du sang du Christ versé par amour pour nous (voir Matthieu 26, 28).


*La voix. Les évangiles définissent le Baptiste comme « la voix » du héraut qui annonce et prépare le cortège royal du Seigneur. Ce texte ouvrait la deuxième partie du livre d’Isaïe (40, 3). Si Israël était né au désert, lors de la sortie d’Égypte (voir Deutéronome 32, 10-12), Isaïe 40 annonçait un nouvel Exode : à travers le désert, Dieu marcherait en tête de son peuple pour le libérer de son exil à Babylone. À présent, à l’écoute de Jean, le dernier prophète, il faut vraiment préparer la venue royale du Seigneur Jésus et notre ultime exode, celui de notre conversion.



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