Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

32e dimanche ordinaire C (10 novembre 2019)



Second livre des Martyrs d'Israël 7, 1-2.9-14

(Sept frères meurent martyrs dans l’espérance de la résurrection)



Dans le Second livre des * Maccabées (ou « des Martyrs d'Israël »), la mise à mort des sept frères anonymes et de leur mère constitue un sommet dans la persécution. En 167 avant notre ère, le roi Antiochus Épiphane de Syrie, suzerain de la Judée, veut en effet contraindre les Juifs à abandonner leur culture ancestrale et à adopter le culte hellénistique. Et cette opération, semble-t-il, vint d’une certaine bourgeoisie de Jérusalem, désireuse de se « moderniser » dans le monde grec (voir le résumé de 1 Maccabées 1, 10-15) Ici, l’auteur célèbre l’espérance qui pousse les résistants à l’héroïsme : ils préfèrent la mort à l’apostasie, puisque leur fidélité sera récompensée par la résurrection.
Selon les extraits retenus par la liturgie, Le premier des sept frères l’affirme : mieux vaut mourir plutôt que de pécher. Le deuxième précise que le roi terrestre peut leur enlever « la vie présente » ; mais le Roi du monde leur donnera une « vie éternelle ». Selon le troisième, nos membres viennent du Créateur qui saura relever ceux qui meurent pour lui. Le quatrième insiste : la méchanceté humaine ne peut rien contre « la résurrection promise » et dont ne jouiront pas les ennemis de Dieu.
On pouvait être de bons juifs, tels les sadducéens, sans adhérer à l’idée de résurrection. Il suffisait de croire que Dieu est, sous une forme ou sous une autre, seul maître de la vie et de la mort. Mais la foi en la résurrection est née de l’expérience de la persécution, du martyre, et d’une confiance sans faille en la justice de Dieu : si Dieu laisse mourir les siens, c’est que la mort n’est pas le dernier mot. Sur ce point, les scribes pharisiens et Jésus partageront la même foi (cf. évangile).

* Les Maccabées. Quatre livres portent le nom des « Maccabées ». Ce terme signifie ou bien « désigné par Dieu » ou bien « marteau » (pensons à Charles « Martel »). C’était d’abord le surnom de Judas qui, avec ses frères, lutta contre le roi de Syrie qui voulait imposer le culte païen à Jérusalem. Mais ce surnom désigna ensuite toute la famille du héros. Le Second livre des Maccabées se présente comme le résumé d’un gros ouvrage qu’avait composé un certain Jason, Juif de Libye. Cet abrégé, écrit vers 120 avant notre ère, insiste sur l’espérance en la résurrection qui animait les Juifs persécutés pour leur fidélité au vrai Dieu. Avant le Concile, les messes pour les défunts, multipliées par les curés de paroisses, lisaient souvent 2 Maccabées 12, 43-46. C’est probablement à cause de cet emploi liturgique que l’humour populaire des « carabins » inventa le mot « macchabée » ; d’où vint aussi l’adjectif « macabre ». La légende des sept frères martyrs se développa encore et les héros furent appelés eux-mêmes « Maccabées ». Saint Augustin connaît une basilique des « saints Maccabées » à Antioche. Dans le canon de leurs Écritures, les Protestants ne retiennent pas cette littérature ; les catholiques retiennent 1 M et 2 M. Beaucoup d’Églises orientales retiennent 1 M, 2 M, 3 M, 4 M. C’est pourquoi la nouvelle Traduction œcuménique de la Bible (TOB) inclut les 4 livres des Maccabées.



2 Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5
(Exhortation à la persévérance)



Les mots traduits par « réconforter » et « réconfort » ont en grec un sens très riche : consoler, exhorter, encourager, prier quelqu’un de faire quelque chose. (notons que dans le grec moderne, ce verbe parakalô signifie « s’il vous plaît »). Cette richesse de sens donne le ton au passage que nous lisons.
Le mot clé est le verbe « affermir ». L’auteur souhaite aux lecteurs le réconfort fondé sur la certitude que Dieu « nous a aimés » et nous a donné, littéralement, « une bonne espérance ». Dans le paganisme ancien, cette expression évoquait le bonheur attendu dans l’au-delà, après la mort. Ici, la bonne espérance est liée à la venue du Seigneur et doit se traduire par la stabilité en tout ce que l’on peut « dire et faire ».
L’objet de la prière (Priez aussi pour nous), c’est « que la parole du Seigneur poursuive sa course » par l’annonce de l’Évangile et remplisse le monde, pour que vienne enfin le Seigneur. Paul écrivait : « Il est fidèle celui qui vous appelle : tout cela, il le fera » (1 Thessaloniciens 5, 24). Notre auteur déplace l’idée. Le Seigneur est fidèle, reprend-il; il vous protégera ; ainsi « vous faites et vous ferez ce que nous vous ordonnons ». La fidélité aux commandements des apôtres devient essentielle. Elle permet de trouver le droit chemin sur lequel l’amour de Dieu nous guide et où nous testons notre persévérance, vertu clé pour quiconque espère la venue du Christ.


Luc 20, 27-38 (Les morts ressusciteront)



Après le long voyage vers Jérusalem, la caméra de l’évangéliste surprend Jésus exerçant sa mission dans la Ville sainte et s’affrontant aux autorités d'Israël pour qui il doit préciser les éléments fondamentaux de son message et de son autorité. Aujourd’hui, il débat avec les Sadducéens sur la foi en la résurrection.

La casuistique des Sadducéens
fait, *la résurrection n’était pas un dogme inscrit explicitement dans la Loi de Moïse. Elle n’apparaissait que chez certains prophètes ou dans des textes rares comme ceux de 2 Maccabées (1ère lecture), des écrits auxquels les aristocrates sadducéens n’accordaient pas d’autorité décisive. Certes, les Sadducéens croyaient en un Dieu maître de la vie et de la mort. Mais que cette maîtrise doive se concrétiser par une résurrection n’était pas évident.
Avec le cas de la femme aux sept maris successifs, ces Sadducéens tentent même de prouver l’absurdité de l’idée de résurrection. Ils partent en l’occurrence de la loi juive du lévirat (Deutéronome 25, 5-6) demandant au frère d’un défunt d’épouser la veuve de celui-ci « pour donner une descendance à son frère ». Dans le cas d’école posé par les interlocuteurs du Maître et s’appuyant sur la règle du lévirat, duquel des sept maris, tous légitimes, cette femme sera-t-elle l’épouse, lors de la résurrection ?

réponse de Jésus
En réponse, Jésus corrige d’abord une conception de la résurrection qu’il juge erronée. Ayant présenté les vrai statut des ressuscité, il réaffirme ensuite, d’accord avec les pharisiens, la foi en cette résurrection.
1) Le mariage appartient à la condition terrestre et vise la perpétuation de la famille. Mais ce but de la procréation cesse dans le monde de la résurrection, puisque celle-ci signifie une vie éternelle et une transformation radicale des êtres. Selon la pensée sémitique, Luc distingue entre « les fils de ce monde (terrestre) » et « les fils de Dieu » ou « fils de la résurrection ». Dans ces emplois, le mot « fils » définit une nature, l’appartenance à une catégorie, à une nature spécifique : ici s’opposent l’appartenance au monde terrestre et celui du monde à venir, celui des ressuscités. Ajoutons que, dans le judaïsme ancien, l’expression « fils de Dieu » peuvent être une désignation des anges.
Certaines apocalypses juives envisageaient la résurrection comme une vie terrestre illimitée dans un monde renouvelé (ainsi Isaïe 65, 17-25) ; d’autres imaginaient une totale transfiguration des personnes dans le monde céleste (Sagesse 3 1.7-9 ; 5, 4-5). Jésus défend la seconde conception : « ils sont semblables aux anges. » Contre les thèses de la réincarnation, il affirme donc le destin unique de chaque être humain et sa vocation à une libération définive des pesanteurs charnelles et biologiques. Comparer, chez Paul, 1 Corinthiens 15, 35-49.
2) Dans son argumentation,Jésus ne cite pas les prophètes, mais la Loi, seule autorité reconnue par ses interlocuteurs sadducéens. Dans l’épisode du Buisson ardent, le Seigneur se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Si le Maître de la vie et de la mort évoque sa relation avec les patriarches, c’est bien qu'ils sont vivants. « Tous vivent pour lui », ajoute Luc. Il songe peut-être à la foi des martyrs (cf. 1ère lecture), eux qui n’imaginent pas trouver la vie hors de leur fidélité au « Dieu des vivants ».
Des sondages périodiques révèlent que certains chrétiens ne croient pas en la résurrection. Mais peut-être se fait-on de la résurrection, comme les Sadducéens, une idée trop matérialiste. En tout cas, c’est la foi en la résurrection qui a conduit Jésus au don de soi total sur la croix.

* La résurrection. « Remarquons, mes bien-aimés, comment le Maître nous représente continuellement la future résurrection dont il nous a fourni les prémices en ressuscitant d’entre les morts le Seigneur Jésus Christ. Observons, mes bien-aimés, la résurrection qui s’accomplit périodiquement. Le jour et la nuit nous font voir une résurrection. La nuit se couche, le jour se lève ; le jour s’en va, la nuit survient. Prenons les fruits : comment se font les semailles, et de quelle manière ? Le semeur sort, jette dans la terre chacune des semences. Celles-ci, tombant, sèches et nues, sur la terre, se désagrègent. Puis, à partir de cette désagrégation même, la magnifique providence du Maître les fait ressusciter et un seul grain en fait pousser une quantité, qui portent du fruit. Sera-ce donc à nos yeux prodige et merveille, que le Créateur de toutes choses ressuscite ceux qui l’ont servi saintement, avec la confiance de la foi parfaite ? » (Clément de Rome, fin du 1er siècle,
="Times New Roman, serif">Lettre aux Corinthiens

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