Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

33e dimanche ordinaire C (17 novembre 2019)


Malachie 3, 19-20a
(Le jour du Seigneur)


Le nom hébreu de Malachie signifie « mon messager ». De ce prophète, nous ne connaissons rien d’autre que six oracles écrits aux alentours de l’an 400, avant notre ère. Il exige une réforme du Peuple élu qui pratique un culte sans âme et pervertit l’institution du mariage. Ses auditeurs suivent son appel, mais ils ont l’impression que Dieu est injuste, puisqu’il laisse prospérer les pécheurs et semble ne pas faire de « différence entre le juste et le méchant ». À cette plainte, Malachie répond par la prophétie traditionnelle du *Jour du Seigneur. Ce jour de jugement sera une « fournaise » qui consumera « les arrogants » et il fera des pécheurs comme la paille qui servait de combustible pour les fours antiques. Au contraire de ce feu destructeur, pour ceux « qui craignent son Nom », qui le respectent et ont peur de lui déplaire, Dieu se révélera comme un doux « Soleil de justice ». Cette justice est la loyauté de Dieu dans son projet de sauver ses fidèles qui lui font confiance – car « le Nom » est une désignation de Dieu. « La guérison » promise est, après les épreuves envoyées par le Seigneur, la restauration du bonheur attendu par les justes. Cette guérison, le Soleil la porte « dans ses ailes ». L’image évoque les statues païennes du dieu solaire dont les rayons venaient toucher le protégé de la divinité. Les justes ont donc raison de persévérer. Annonçant discrètement son propre Jour, Jésus dira dans l’évangile d’aujourd’hui : « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »


* Le Jour du Seigneur. Pour l’ancien Israël, le Jour du Seigneur était le jour final où Dieu anéantirait les oppresseurs de son peuple et donnerait la victoire militaire à celui-ci. Mais déjà Amos (5, 18-20) avertissait Israël : ce Jour jugerait aussi, au sein du Peuple élu, ceux qui se conduisent avec arrogance en ennemis de Dieu. Malachie déplace à nouveau les perspectives : sûrs de ce jugement, les fidèles de Dieu doivent persévérer dans leur chemin de conversion. Joël, grapillant dans les prophètes qui l’ont précédé, fait de ce jour une description plus terrible encore. Pour le chrétien, ce Jour sera celui du Seigneur Jésus qui prononcera un juste jugement sur notre histoire et sur nos personnes.


2 Thessaloniciens 3, 7-12 (Travailler en attendant le jour du Seigneur)

L’auteur reprend et unifie ici deux thèmes que Paul présentait séparément en 1 Thessaloniciens : 1) L’Apôtre rappelait ceci : « C’est en travaillant nuit et jour, pour n’être à la charge d’aucun d'entre vous, que nous vous avons annoncé l’Évangile » (1 Thessaloniciens 2, 9). Il ne se citait pas en exemple ; il précisait simplement que son travail prouvait la gratuité d’un Évangile offert à tous, sans contrepartie financière. 2) En 1 Thessaloniciens 4, 11-12, il demandait à ses lecteurs de travailler. Ainsi la communauté, composée surtout de prolétaires, s’insérerait pleinement dans la société. Car l’Évangile suscite des personnes responsables et non des asociaux. Les villes grecques d’alors regorgeaient de gens oisifs se nourrissant parfois des déchets du marché. L’auteur de 2 Thessaloniciens joint ces deux motifs. Il oublie que *le travail de Paul témoignait de l’Évangile de la gratuité de Dieu. Il montre, en revanche, « un modèle à imiter » pour des gens qui se marginalisaient dans l’attente d’un miracle : la venue finale du Seigneur. Au temps de cette épître, la sécurité de l’emploi était encore moindre que celle d’aujourd’hui. Il n’y a pas de miracle à attendre, mais un équilibre à trouver, dans la solidarité, la recherche de l’autonomie et selon l’exemple nécessaire des ministres de l’Église, pour prouver que l’espérance n'est pas morte.

Paul et le travail. Jésus demandait aux Douze de dépendre des gens qui voudraient bien les loger et les nourrir. « Qui vous accueille, m’accueille », disait-il. Et Paul le sait : « Le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre [matériellement de l’annonce de] de l’Évangile » (1 Corinthiens 9,14). Mais il désobéit. Car ce qui était possible dans la Galilée rurale (où l’on trouve toujours un melon !), devient un scandale dans les villes grecques en proie au parasitisme de gens oisifs et où les communautés chrétiennes sont pauvres. Pour être fidèle au Christ, il faut parfois aller contre la lettre de ses ordres.




Luc 21, 5-19 (Bouleversements et persécutions annonçant le jour du Seigneur)


Marc, Matthieu et Luc transmettent un discours de Jésus sur la fin des temps et sur la venue glorieuse du Fils de l’homme. Ils ouvrent le débat par l’annonce par Jésus de la ruine du Temple. De fait, l’incendie du Sanctuaire de Jérusalem en 70 signifiait la fin d’un monde. Les lecteurs des années 80 pouvaient voir dans cette destruction le jugement de Dieu contre le peuple qui avait repoussé son Envoyé, et certains pensaient sans doute que l’événement préludait à la venue imminente du Christ.
Quand ? Quels signes ?
Les disciples posent donc la question de la date de ce jugement et des signes qui en indiqueront l’approche. La réponse de Jésus se coule dans le style apocalyptique juif. Ce genre d’écrits vise à encourager les auditeurs, à les garder sur le qui-vive, en leur montrant que Dieu, lui, sait où va le monde, et en leur révélant par avance les situations qui pourraient les affoler. En sa première partie, lue aujourd'hui, le discours laisse entendre que l’histoire connaîtra bien des perturbations, « mais ce n’est pas tout de suite la fin ». « Prenez garde... » Jésus dénonce d’abord les prophètes et autres messies qui se signaleront en Israël dans la deuxième moitié du 1er siècle et tous ceux qui, par la suite et jusqu’en notre temps exploiteront la peur des gens face aux « guerres et soulèvements ». « Il faut que cela arrive » : c’est prévu par Dieu, selon le sens du verbe « il faut » sous la plume des évangélistes, et il n'y a pas à s’effrayer. Le monde, poursuit Jésus, verra d’autres ébranlements : affrontements entre les peuples, séismes et épidémies chroniques, sans oublier, dans le ciel, les comètes ou les éclipses.
Une persécution sous deux formes
« Mais avant tout cela », continue le Maître, les disciples subiront l’épreuve plus personnelle des persécutions, qui se maifesteront sous deux formes. 1) On les traduira devant les autorités religieuses et politiques. Ils connaîtront la prison, à cause du « Nom », du Christ qu’ils proclament. Cette notices préparent ce qui arrivera aux apôtres, à Paul et autres témoins dans les Actes des Apôtres. Ils aborderont ces confrontations « comme une occasion de rendre témoignage », car le Seigneur les assistera. Luc 12, 12 leur annonçait l’appui du Saint Esprit. Nous apprenons à présent que l’Esprit ne se substitue pas aux témoins. Il les aide à surpasser leurs propres qualités, le Seigneur leur donnant « une bouche et une sagesse » imparables, comme Étienne en sera l’exemple (cf. Actes 6, 8-10). 2) La persécution viendra même de la famille et des proches des croyants. Car la parole de Jésus et son « Nom » dont on se réclame sèment la division, en obligeant chacun à prendre position (comparer Luc 2, 34-35). C’est en ce sens, dans ce contexte précis, que Jésus avait déclaré être venu apporter non la paix, mais la division (Luc 12, 51-53). Et si la persécution conduit à la mort, que les disciples se confient à la sollicitude de Dieu, par-delà la mort : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. »
La persévérance
Jésus n’a encore rien dit des signes décisifs annonçant la fin. Il a plutôt insisté sur l’éventail des épreuves qui jalonnent l’histoire des croyants et qu’annonce la ruine du Temple de Jérusalem. Là se trouve l’essentiel : attendre le Seigneur, c’est se forger une armure, s’affermir sous les coups et l’usure du quotidien. La vie est une école de *persévérance ou d’endurance ou de patience, selon la richesse du mot grec ici employé

* Luc et la persévérance. « Par votre endurance, vous obtiendrez vos vies », écrit Luc littéralement Cultiver l’endurance, c’est se forger une solidité personnelle dans les épreuves quotidiennes. Certes, Luc dramatise la situation par ses allusions aux tribunaux, aux prisons et aux exécutions capitales qui jalonnent les Actes des Apôtres. Et, de fait, à chaque époque, la persécution reste une éventualité que le croyant ne saurait oublier.


Mais, à l’évidence, l’évangéliste s’adresse à des lecteurs qui ne connaissent plus ce genre d’épreuves, comme le montre sa façon de traiter la parabole du Semeur. À propos du grain tombé sur la pierre, Marc évoquait ceux qui succombent devant la persécution. Luc 8, 14-15 parle seulement de ceux qui « apostasient » quand vient « la tentation », telle celle « des plaisirs de la vie ». Pour lui, la bonne terre est le chrétien qui « porte du fruit par sa persévérance ». Luc apparaît comme l’évangéliste le plus proche de ceux qui attendent le Seigneur en luttant contre la routine et la tiédeur du quotidien.



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