Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

4e dimanche de l’Avent A (22 décembre 2019)




Isaïe 7, 10-16 (Dieu promet un sauveur)


« Les deux rois », celui de Damas et celui de Samarie, vont assiéger Jérusalem pour forcer Acaz à se coaliser avec eux contre l’Assyrie. S’il refuse, ils le déposeront, voire pire, et ce sera la fin de l’alliance de Dieu avec la « maison de David ». Acaz a choisi de se soumettre à l’Assyrie. Dans la culture de l’époque, cela signifie que ce traité de vassalité à cette super-puissance soumet le Dieu d’Israël aux dieux assyriens.

En l’affaire, la position d’Isaïe est claire : Pas d’alliance avec l’Assyrie ! Il faut tenir bon dans la seule confiance envers le Dieu qui a juré fidélité à David. Et si Acaz doute, qu’il demande à Dieu un signe extraordinaire, propose le prophète. Mais le roi ne veut pas faire marche arrière ; il se dérobe par un argument pieux : il ne faut pas tenter le Seigneur, dit-il. Ce qui une fausse raison, puisque c’est Dieu lui-même qui prose de donner un signe. Face à cette dérobade, Dieu fournira son propre signe d’espérance aux incrédules : « la jeune femme », la reine, est enceinte. Le fils qui naîtra s’appellera *Emmanuel, car on verra que « Dieu est avec nous », selon le sens du mot hébreu Emmanuel. Sa nourriture sera le lait et le miel, signe d’abondance et de paix pastorale. Il aura le discernement politique et religieux qui manque à Acaz, son père. Et avant même qu’il ait atteint l’âge de raison, l’Assyrie aura châtié Damas et Samarie.

En cela, Isaïe aura vu juste. En revanche, Ézékias, le fils promis à Acaz, décevra le prophète qui ne pourrra pas voir en lui l’Emmanuel espéré. Pour les chrétiens, la promesse de l’Emmanuel trouvera tout son sens dans la venue de Jésus., « né de la race de David » (2e lecture).


*L’Emmanuel. La Bible conserva l’oracle de l’Emmanuel. Si aucun roi, à commencer par Ézékias, ne réalisait l’idéal annoncé, on devait encore attendre avec confiance celui qui serait le vrai Messie. Puis les Juifs d’Alexandrie traduisirent Isaïe en grec. « Voici que la jeune femme conçoit », lisait-on en hébreu. Ce qui devient, en grec : « Voici que la vierge concevra. » Cette vierge est l’Israël idéal qui donnera le Messie au monde. La Bible grecque offrait aux évangélistes un dernier chaînon pour rendre compte de la conception virginale de Jésus (cf. Matthieu 1, 22-23 ; Luc 1, 31).




Romains 1, 1-7 (L’Apôtre annonce le salut en Jésus Christ)
Sept versets ouvrent la Lettre aux Romains et forment une seule phrase dans l’original grec. Paul montre aux chrétiens de Rome, qu’il n’a encore jamais visité, qu’il partage avec eux la même foi. Il explore ici et déploie en quatre phases les richesses du mot *« évangile », ou Bonne Nouvelle :

1) L’Évangile a pour racines premières les prophètes de la Bible qui ont annoncé le Messie.

2) L’Évangile proclame que Jésus est « Fils de Dieu ». Il l’est, parce que cette expression est, dans le judaïsme, un titre royal ; or Jésus est de la race du roi David. Mais il est Fils de Dieu surtout par sa résurrection qui lui donne de partager la puissance royale de Dieu.

3) L’Évangile prend son ampleur et se concrétise dans les apôtres (dont Paul !) qui, appelés par Dieu, conduisent les peuples vers la foi. Cette foi est une « obéissance » : le croyant se soumet à Jésus comme au Seigneur universel, et la vie s’en trouve changée.

4) Enfin, l’Évangile, c’est vous, chrétiens de Rome, dit Paul. Obéissant à votre foi, vous êtes une page vivante de l’Évangile. Comparer ce que Paul écrit au sujet des chrétiens de Corinthe : 2 Corinthiens 3, 2-3.

Les chrétiens de Rome, très liés au judaïsme, ont entendu dire que Paul reniait les racines juives de l’Évangile. L’Apôtre rétablit ici la vérité et, seul exemple sous sa plume, il situe le Christ dans la lignée de David, comme les autres lectures de ce dimanche.


*Évangile ou Bonne Nouvelle ? Les traductions modernes tendent à rendre le mot grec euaggélion par « Bonne Nouvelle ». Certes, c’est le sens fondamental du mot « Évangile ». Mais, on risque d’oublier que cette bonne nouvelle venue de Dieu est… l’Évangile. Il faut aussi distinguer entre Évangile et évangile. L’Évangile, avec la majuscule, est l’annonce du salut de Dieu qui nous sauve et dont, en cette 1ère lecture, Paul déploie l’ampleur à travers l’histoire. Les évangiles, lus chaque dimanche, sont le dépôt écrit de cette Bonne Nouvelle divine. Lorsque Paul s’adresse aux Romains, il n’existe encore aucun évangile écrit.



Matthieu 1, 18-24 (La venue de l’Emmanuel annoncée à Joseph)


Cette page de Matthieu veut montrer comment Jésus peut être le Messie, fils de David, alors que Marie, semble-t-il, n’appartient pas à la famille davidique. Le récit emploie les ingrédients et les règles de composition des écrits de l’Ancien Testament appelés Annonciations.


Une situation


Une Annonciation expose d’abord au lecteur une situation. Ainsi apprenons-nous, avant le Joseph de ce récit, que la grossesse irrégulière de Marie vient de l’Esprit Saint. Celui-ci ne remplace pas l’élément masculin de la génération. Mais Dieu intervient directement et substitue un acte de création au processus biologique habituel. Or, quand Dieu crée, c’est par son Esprit (cf. Psaume 33[32], 6b). Joseph n’est pas « un homme juste » du point de vue légal, puisque la répudiation constituait un acte officiel devant se passer devant témoins. De ce point de vue, une répudiation « en secret » va contre la Loi mosaïque. C’est aux yeux de l’évangéliste que Joseph est juste, parce qu’il refuse, d’une part, d’endosser une paternité qui n’est point la sienne, mais que, d’autre part, il va obéir à Dieu lui demandant d’assumer cette paternité.



L’intervention du messager de Dieu



Un récit d’Annonciation doit ensuite présenter cette intervention angélique. Ici, les choses se passent en songe. Le patriarche Joseph était « l’homme aux songes » (Genèse 37, 19) : la transposition s’impose à l’évangéliste pour l’homonyme du patriarche. En outre, d’après une légende juive, c’est durant son sommeil que Dieu avait annoncé à Amram la naissance d’un fils, Moïse, qui sauverait son peuple de l’esclavage en Égypte. Il serait puéril de vouloir faire concorder l’Annonciation à Marie en Luc 1, 26-38 et celle accordée à Joseph selon Matthieu, sauf à faire du roman. Les récits d’Annonciation sont des interprétations du mystère de Dieu par des auteurs sacrés qui ont chacun leur point de vue du mystère et mettent au défi les outils des historiens.


Le message


Puis, comme en tout récit d’Annonciation, vient le message. C’est une révélation pour le lecteur et une mission pour Joseph qui se voit sollicité en tant que « fils de David ». En donnant à l’enfant son nom, rôle réservé au père (comparer Luc 1, 59-63), Joseph l’adoptera. Notons que, dans la société patriarcale antique, toute filiation légale est un acte d’adoption. C’est le père qui décide de reconnaître si le bébé est réellement son héritier ou si ce dernier n’est qu’un enfant « de la maison », né de domestiques. Ainsi, l’authentique filiation davidique de Jésus dépend de l’obéissance de Joseph aux projets de Dieu. Mais le nom « Jésus » dit plus que cette filiation, puisqu’il signifie « le Seigneur sauve ». D’autres l’ont porté avant lui, tel « Josué » (c’est le même nom), le successeur de Moïse. Mais, en Jésus, le nom devient réalité, « car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».


Un signe probant : l’Écriture. Vers la fin de l’évangile


D’ordinaire, un récit d’Annonciation fournit un signe authentifiant le message (comparer Luc 1, 36, ou Exode 4, 1-5). Ici, l’évangéliste substitue à ce signe la citation de l’oracle de l’Emmanuel (cf. 1ère lecture). Prenons la mesure de la manière dont s’expriment les écrivains sacrés : qu’il s’agisse d’un ange, d’un songe, ou d’une citation de l’Écriture (l’Ancien Testament), ces procédés convergent dans cet acte de foi qui nous est demandé : Dieu parle réellement dans l’histoire des humains par divers moyens et requiert notre collaboration à ses projets. L’évangéliste Matthieu tient son rôle dans la transmission de *la nomination de l’Emmanuel, une transmission qui annonce l’ampleur de la mission chrétienne. Car, dans ses récits de l’enfance de Jésus, Matthieu ne fait rien d’autre que de préparer la dimension universelle de la mission chrétienne.


* La nomination de l’Emmanuel. Matthieu cite l’oracle d’Isaïe 7, 14 (cf. 1ère lecture) sur la naissance de l’Emmanuel. Le texte hébreu de la prophétie dit, littéralement : « Et elle [= la jeune femme] appellera son nom Emmanuel. » La Bible grecque traduit : « Et tu [= le roi Acaz] appellera son nom Emmanuel. » Matthieu présente un autre choix. Notre lectionnaire traduit : « auquel on donnera le nom d’Emmanuel. » Mais la traduction littérale de l’évangéliste est celle-ci : « et ils appelleront son nom Emmanuel. » Ce que, par un jeu de mots possible en en grec, on peut comprendre ainsi : « Ils invoqueront son nom comme Emmanuel. » Ce « ils », représente les païens qui croiront au Christ. Car, à la fin de l’Évangile, le Ressuscité tournera ses disciples vers toutes les nations. Dans leur mission universelle, ils découvriront que, dit Jésus, « Avec vous Je Suis » (Matthieu 28, 20), ultime portée de la prophétie de l’Emmanuel. L’annonce à Joseph dessine par avance toute la mission universelle du Christ.



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