Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Assomption de la Vierge Marie – veille (14 août 2018 au soir)




1 Chroniques 15, 3-4.15-16 ; 16, 1-2 (L’arche qui porte la parole de Dieu est l’image de Marie)


L’arche du Seigneur, ou « arche de l’alliance », était un coffre contenant les tables des Dix Paroles (commandements). Son couvercle d’or, le « propitiatoire », recevait des onctions de sang pour signifier la vie rendue aux pécheurs par le pardon de Dieu. Le tout était surmonté de deux chérubins, à la manière d’un trône (Exode 25, 16-18 ; 40, 20). Bref, l’arche symbolisait Dieu présent en sa Parole, son pardon et sa majesté royale.

L’auteur des Chroniques relit l’histoire de David racontée dans les Livres de Samuel. David a vaincu ses ennemis. Il estime le moment venu de transférer à Jérusalem l’arche qui avait accompagné les Hébreux au désert. Ainsi, le Peuple comprendra que le véritable roi d’Israël est le Seigneur en personne. Mais le Chroniste, auteur de notre lecture (4e siècle avant notre ère), est aussi un lévite, membre des classes sacerdotales inférieures et chargées de porter l’arche dans les processions et de diriger le chant liturgique. Il veut montrer que c’est David lui-même qui leur a accordé ces honneurs.

Dans les litanies de la Vierge, la piété chrétienne salue en Marie « l’Arche de l’Alliance ». C’est en elle que le Christ, Parole de Dieu, s’est fait présent au monde. C’est elle qui, en son Assomption, est tranférée dans la Jérusalem du ciel.




1 Corinthiens 15, 54-57 (La victoire sur la mort)


Au long de ce chapitre 15 de l’épître, Paul expliquait que la résurrection n’est pas un simple retour à la vie, mais une transformation radicale de notre être. Il conclut par une sorte de chant de louange. C’est à ce texte que recourt la *Constitution apostolique instituant la solennité de l’Assomption.

C’est d’abord, un résumé : nous deviendrons impérissables, immortels. Puis jaillit le cri de joie : Victoire sur la mort engloutie, comme l’annonçaient les prophètes (Osée 13, 14 ; Isaïe 25, 8). Le dard (de l’insecte ou l’aiguillon excitant les bœufs) par lequel la mort agit, c’est le péché, c’est-à-dire l’histoire d’un monde qui s’est détourné de Dieu. Et, littéralement traduit, en cette tournure elliptique : « La force du péché ? La Loi ! » Paul développera plus tard cette idée : la Loi de Moïse nous a révélé que nous ne faisions pas ce qu’il fallait pour avoir la vie de Dieu. Mais elle nous a enfermé dans cette évidence sans nous donner la possibilité d’en sortir (Galates 3, 19-22).

« Rendons grâce » : c’est en nous attachant au Christ que nous vaincrons la mort, à la suite de Notre Dame qui nous devance, en son Assomption, dans la transfiguration des ressuscités. C’est ce que dira la dernière orainson liturgique du 15 août : Seigneur, « accorde-nous, par l’intercession de Marie, la Vierge bienheureuse élevée au ciel, de parvenir à la gloire de la résurrection. »



* Constitution Apostolique de Pie XII sur l’Assomption (1950). « Puisque la résurrection glorieuse du Christ fut l’acte essentiel et le trophée ultime de cette victoire [sur le péché et sur la mort], le combat livré par la Vierge Marie et son Fils devait trouver sa conclusion dans la glorification de son corps virginal. Comme dit encore l’Apôtre : Lorsque ce qui est mortel en nous revêtira l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. »





Luc 11, 27-28 (Heureuse la mère de Jésus)


Ces deux brefs versets constituent une béatitude adressée à Jésus par une simple femme et la réponse de celui-ci, considérée par la tradition comme une louange de la Vierge Marie.


Un cri du cœur…


Jésus vient de mettre ses auditeurs en garde contre les assauts du démon (Luc 11, 24-26). L’exclamation qui jaillit maintenant de la foule n’a guère de rapport avec cet avertissement. Elle n’en a pas davantage avec le discours suivant. Selon la mise en scène de Luc, c’est le cri du cœur d’une femme félicitant la maman qui a pour fils un prédicateur si doué. Littéralement traduite, sa tendresse admirative et réaliste s’exprime ainsi : « Heureux le ventre qui t’a porté et les mamelles que tu as sucées. »


issu de la Bible


Cependant, voulant corriger l’hostilité de Jésus à l’égard de sa famille (Marc 3, 31-35), l’évangéliste Luc ne présente pas là une simple réaction spontanée. D’abord, la phrase a la forme religieuse d’une béatitude (« Heureux… »). Le message de cette forme littéraire signifie ceci : ce bonheur reconnu chez quelqu’un est le fruit d’une bénédiction spéciale de Dieu, et un tel privilège vaudra à son bénéficaire bien d’au­tres bénédictions.

D’autre part, l’admiration de la femme anonyme s’inspire d’une sentence du Livre des Proverbes (23, 24-25) : « Le père d’un juste sera dans l’allégresse, et celui qui engendre un sage aura par lui de la joie. Ton père et ta mère auront de la joie, et celle qui t’a enfanté sera dans l’allégresse. » Jésus est ainsi implicitement reconnu pour un juste et un sage. Il y a plus encore. Dans les commentaires des synagogues sur Genèse 49, 25, la femme qui élève ici la voix entendait cette béatitude visant Rachel, la mère du patriarche Joseph : « Bénies soient les mamelles que tu as sucées et les entrailles où tu as reposé. »

Bref, Marie se voit bénie par Dieu en tant que l’égale des mères des patriarches, en tant que mère du Juste et du Sage par excellence.


« Heureux plutôt »


L’adverbe « plutôt » peut revêtir deux nuances possibles : « Non, contre ce que vous dites… » Ou bien : « Oui, mais plus encore… » La grammaire grecque de Luc invite à préférer la seconde interprétation. La Mère de Jésus mérite pleinement les louanges de l’admiratrice de Jésus. Mais Marie a un titre de gloire bien supérieur. Elle s’est mise à l’écoute de la parole de Dieu, et elle l’a gardée ; elle lui a été fidèle. Elle avait dit à Gabriel, l’envoyé de Dieu : « Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1, 38). Élisabeth avait énoncé la première béatitude à l’égard de sa cousine : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (1, 45).

Mais, dans notre texte, Jésus s’exprime au pluriel : « Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » Marie est la mère des croyants, de celles et ceux qui essaient de répondre à l’appel de Dieu, qui doivent donner au monde le Sauveur qu’ils portent en eux. C’est ce triomphe de la foi agissante que nous célébrons en la fête de l’Assomption de la Vierge Marie.

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