Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

Immaculée Conception de la Vierge Marie (8 décembre 2017)




Genèse 3, 9-15.20 (La descendance d’Ève triomphera du mal)


L’humanité n’est pas en harmonie avec Dieu ; l’histoire le prouve de siècle en siècle par sa violence et son injustice. Le récit de « la chute originelle » voit la source de ce drame dans la prétention de décider à la place de Dieu, sans écouter sa parole, ce qui est bon et ce qui est mauvais. Pourtant, du point de vue de Dieu lui-même, il fallait que l’homme fasse cette expérience négative pour apprendre, dans la douleur, à gérer en adulte sa liberté face à Dieu.

« J’ai pris peur parce que je suis *nu », déclare Adam. Ce n’est pas, contre certaines interprétations d’aujourd’hui, la découverte de la pudeur et de l’impudeur, mais la découverte d’un dénuement social et religieux. Dans l’Antiquité, on déshabillait le captif ou l’esclave pour l’humilier. De même, le pécheur se découvre déchu, à nu, devant son Créateur qu’il a trompé. Suivent les faux alibis : l’homme accuse la femme qui accuse le Serpent. Ce dernier symbolisait déjà les forces maléfiques chez les Mésopotamiens, et la tradition chrétienne (Apocalypse 12, 9) l’identifiera à Satan. Bref, c’est le Mal, aussi mystérieux que réel, qui blesse notre liberté de choisir.

Or notre texte est un message d’espérance. Le Seigneur maudit le serpent, symbole des forces mauvaises, et promet sa défaite. La femme, qui fut séduite, et sa descendance vaincront le Mal qui ne pourra les atteindre qu’au talon. « Il guettera ta tête », traduit la Bible grecque ; et ce « il », au masculin, annonce le Messie. « Elle te broiera la tête », traduit saint Jérôme ; il pense soit à la nouvelle Ève, la Mère des Vivants, soit à l’Église. Pour préparer la venue de son Fils, vainqueur de Satan, Dieu a préservé Marie des séquelles de l’histoire immémoriale d’une humanité cédant aux appels du Mal. C’est pourquoi notre statuaire présente l’Immaculée foulant le serpent.


*Nudité et vêtement. Comparer Genèse 3, 21 : Dieu « fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit. ». C’est en manière de symbole le premier acte rédempteur de Dieu qui redonne à l’humanité une dignité. C’est ce qu’a bien compris la Synagogue antique, qui traduisait : « Dieu fit pour Adam et sa femme des vêtements de gloire pour la peau de leurs corps. » Une autre tradition juive légendaire ajoutait que c’est avec la peau du Serpent que le Seigneur tissa ces vêtements de gloire.




Éphésiens 1, 3-6.11-12 (Le choix éternel de Dieu)


Une solennelle bénédiction ouvre la « circulaire » apostolique qu’est la Lettre aux Éphésiens. La liturgie de ce jour applique des extraits de cette ouverture épistolaire à la figure de la Vierge Marie.

La première phrase annonce le thème : le Dieu que nous bénissons est le Père de Jésus, Messie et Seigneur. Ce Père est « dans les cieux » dans cette zone symbolique qui échappe aux fluctuations de l’histoire. De là-haut, il a planifié son projet : faire pleuvoir sur nous « sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ ».

Avant de créer le monde, il nous a pensés, conçus, comme des êtres saints, malgré le péché (1ère lecture). Pour cela, il nous a « prédestinés », c’est-à-dire destinés par avance à être ses fils, unis à son Fils bien-aimé. Ainsi, nous serions son peuple, sur les rails de « ceux qui avaient espéré dans le Messie », c’est-à-dire le Peuple d’Israël. Cette symphonie spirituelle se ponctue de joyeux coups de trompette soulignant le bonheur de notre vocation : « dans l’amour », « à la louange de sa gloire ».

La sainteté de Marie, mère des fils de Dieu, elle-même fille d’Israël, voilà ce qu’incluait le plan divin grandiose que nous célébrons en la fête de « l’immaculée conception de la Vierge Marie » et, avec elle, le moment décisif du mystère de *l’Incarnation.


*L’Incarnation. « Dieu a donné son Fils, fruit unique de son cœur, qui était son égal et qu’il aimait comme lui-même ; il l’a donné à Marie, et, du sein de Marie, il en fait son Fils, non pas quelqu’un d’autre, mais le même en personne, de sorte qu’il est par sa nature le même Fils unique de Dieu et de Marie. Toute la création est l’œuvre de Dieu, et Dieu est né de Marie. Dieu a tout créé, et Marie a enfanté Dieu. Dieu qui a tout formé, s’est formé lui-même du sein de Marie, et ainsi il a refait tout ce qu’il avait fait. Lui qui a pu tout faire de rien, n’a pas voulu refaire sans Marie sa création détruite. Dieu est donc le Père de toutes les choses créées, et Marie la mère de toutes les choses recréées » (saint Anselme, Prière à Marie).



Luc 1, 26-38 (Marie comblée par Dieu)


Pour présenter le Messie et la mission de sa Mère, Luc utilise le schéma biblique des récits d’Annonciation que l’on trouve çà et là dans l’Ancien Testament, par exemple dans la vocation de Gédéon (Juges 6, 11-24). On en repère ici aisément les éléments principaux.


Manifestation du messager de Dieu


L’ange Gabriel s’était présenté à Zacharie (Luc 1, 19). Sa seconde Annonciation ne se situe plus dans le Temple illustre, mais dans un coin retiré de Galilée, à Nazareth. Jésus sera le Messie des humbles. Luc présente Marie comme une vierge et comme mariée à « un homme de la maison de David », famille dont doit naître le Messie. Selon la coutume, un temps notable s’écoulait entre la conclusion du mariage et l’installation de l’épouse chez son époux. L’ange salue Marie en lui donnant pour nom « Comblée de grâce », un titre dans lequel la Tradition voit le signe de sa conception immaculée. « Le Seigneur est avec toi ». Cette formule, dans maints récits de vocation (Moïse : Exode 3, 12 ; Gédéon : Juges 6, 12), signifie que Dieu confie une mission à quelqu’un et lui apporte son soutien.


Réaction de Marie


Zacharie était saisi de crainte (Luc 1, 12) et incrédule (Luc 1, 20). Le bouleversement de Marie tient simplement à une interrogation sur ce que Dieu attend d’elle.


Le message de l’ange


Voici en quoi Marie est « comblée de grâce » : Dieu la charge d’enfanter le Messie. Car l’ange, dans son message, assemble une mosaïque d’expressions qui renvoient à la promesse de Natan (2 Samuel 7, 12-16) et à la prophétie de l’Emmanuel : « Voici que la vierge enfantera et concevra un fils » (Isaïe 7, 14, selon la Bible grecque ; voir aussi Isaïe 9, 6). Le messager s’exprime selon les clichés de l’Ancien Testament, même si, en profondeur, « le règne qui n’aura pas de fin » évoque déjà le règne du Christ ressuscité (Actes 2, 29-36).


Objection, réponse et don d’un signe.


Si Marie connaît les merveilleuses naissances de la Bible, celle d’Isaac par exemple, si elle sait que sa mission s’impose comme venant de Dieu, son actuelle virginité n’est-elle pas cependant un obstacle insurmontable à cet enfantement ? L’objection permet à l’ange d’approfondir –pour nous les lecteurs – le mystère du Messie : nouvelle Ève (1ère lecture), Marie enfantera le Vivant (Luc 24, 5) par un acte de l’Esprit qui présidait à la première création (cf. Genèse 1, 2). La puissance de Dieu investira Marie, telle la nuée du désert « prenant sous son ombre » la Demeure de Dieu (cf. Exode 40, 35). Et puisque l’Esprit créateur est « saint », l’enfant sera « Saint », consacré. Cet adjectif, chez les chrétiens, est un des titres les plus anciens du Messie (cf. Luc 4, 34 ; Actes 3, 14).

Déjà – tel est le signe –, Dieu a réalisé pour Élisabeth, stérile et âgée, ce qu’il avait accompli pour Sara (cf. Genèse 18, 14). Marie croit-elle que Dieu peut faire plus encore, et introduire son Fils, grâce à elle, par une création qui enracine Jésus en « Adam, fils de Dieu » (Luc 3, 38) ?

Oui, elle le croit ! Elle est la* figure de l’Église chargée d’enfanter son Sauveur au monde d’aujourd’hui. Elle est le modèle de tout croyant qui se fait serviteur de la parole du Seigneur, qui sait que « rien n’est impossible à Dieu ».


*Marie, figure de l’Église. Trop de chrétiens confondent l’immaculée conception de Marie (et donc sa naissance) avec la conception virginale de Jésus par elle. La préface de cette fête exprime au mieux le sens de ce dogme catholique : « Tu as préservé la Vierge Marie de toutes les séquelles du premier péché, et tu l’as comblée de grâce pour préparer à ton Fils une mère vraiment digne de lui ; en elle, tu préfigurais l’Église, la fiancée sans ride, sans tache, resplendissante de beauté. »



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