Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

23 juin 2017)



Deutéronome 7, 6-11 (Le peuple que Dieu aime)


En vénérant le Cœur de Jésus, nous disons les merveilles de l’amour de Dieu pour nous. L’histoire de ces merveilles commence avec l’ancienne Alliance. Très tôt, Israël a eu conscience d’être élu, choisi par Dieu « parmi tous les peuples de la terre ». Le Deutéronome, même si discours est mis dans la bouche de Moïse au désert, vise l’époque ultérieure où Israël a acquis, par sa sédentarisation et son urbanisation, une réelle prospérité qui risque de lui faire oublier le Dieu de l’Exode.

Une telle conscience de l’élection pouvait engendrer un orgueil démesuré. Mais l’histoire politique parlait d’elle-même : Israël ne faisait pas partie des grandes puissances. Dès lors, pourquoi le Créateur s’attachait-il à ce peuple ? Selon un des auteurs du Deutéronome, une seule raison s’impose : « C’est par amour pour vous », par une gratuité que l’amour seul explique.

Ce peuple, « le plus petit de tous », selon le Deutéronome, aurait dû sombrer dans les tempêtes de l’histoire. Or, depuis la sortie d’Égypte, il a survécu. C’est dans ces libérations que se découvre un amour fidèle, « le Dieu fidèle ». Mais, dès que l’on ose découvrir un tel amour, on devient responsable, on s’engage. Le Seigneur est fidèle à jamais, « pour mille générations ». Pourtant, il peut sévir contre ses « adversaires », non seulement ceux qui persécutent son peuple, mais ceux qui, au sein de ce peuple, ne répondent pas à l’initiative amoureuse de Dieu. L’engagement d’Israël doit se traduire par une fidélité reconnaissante aux « ordres, commandements et décrets » du Seigneur.

Dans l’amour vrai, je reconnais que l’amour de l’autre envers moi me précède toujours. L’amour vrai envers Dieu dit toujours : Il nous a aimés le premier (2e lecture).




Première Lettre de Jean 4, 7-16 (Dieu nous a aimés le premier)


Cette lettre est rédigée par un collège qui se rattache aux origines du christianisme (« nous qui avons vu »). Elle s’adresse à des communautés en proie aux dissensions, et les points de friction concernent la doctrine déviante de certains meneurs qui interprètent mal le quatrième évangile dit « de Jean ».

« *Dieu est amour ». Ceux qui prétendent parler de Dieu sans vivre dans l’amour fraternel, ceux qui sèment la division, ne sont pas ses enfants – car tel Père, tels fils – et ne le connaissent pas. C’est un autre Dieu qu’ils prêchent.

Son amour est authentique parce que, pour nous aimer, Dieu n’a pas attendu que nous l’aimions. En outre, cet amour prend la forme du sacrifice de soi, comme le prouve l’envoi du « Fils unique » dont la mission trouve au Calvaire son sommet. Le mot « Fils unique » rappelle la scène du sacrifice d’Isaac (Genèse 22, 15).

« Puisque Dieu nous a tant aimés », l’amour fraternel est un devoir. C’est par cet amour mutuel que Dieu se rend présent en nous et que nous lui sommes présents. Voilà ce que reconnaissent ceux qui ont reçu l’Esprit. Mais le collège qui rédige la lettre pense en même temps ceci : N’ont l’Esprit de Dieu que les artisans de l’unité de la foi, et non ceux qui divisent la communauté (comparer 1 Jean 4, 1-6).

La vraie foi doit sans cesse proclamer Jésus comme « Sauveur du monde » et « Fils de Dieu ». Mais seul l’amour rend présent le Cœur de Jésus. Rappelons alors que, dans l’univers biblique sémitique, « le cœur » n’est pas d’abord le lieu des émotions – dans cette culture, les émotions viennent des reins, du ventre, du foie ! « Le cœur » est d’abord le site de l’intelligence, des projets. Le « Sacré-Cœur » est le projet, dans la destinée du Christ, indéfectible de l’amour de l’amour de Dieu pour les siens, ceux de la première et de la nouvelle Alliance. Rappelons, à propos de Dieu et selon un parallèle éclairant, les expressions du Psaume 32 [33] : « Le plan du Seigneur du Seigneur demeure pour toujours // les pensées de son cœur subsistent d’âge en âge. »


* Dieu est amour. « Si quelqu’un possède de grandes richesses et qu’il n’ait pas l’amour, c’est comme s’il avait beaucoup de flambeaux et de lampes et qu’il manque d’huile. Les lampes allumées sans huile fument et sentent mauvais, et elles ne peuvent donner de lumière. Ainsi celui qui a des richesses sans l’amour peut brûler de colère, fumer d’orgueil, puer d’avarice, il ne peut donner de lumière sans l’amour » (saint Césaire d’Arles [ 470-545])


Matthieu 11, 25-30 (« Venez à moi, vous tous qui peinez »)


Jésus vient d’instruire ses futurs prédicateurs (Matthieu 10), puis de préciser, à l’adresse des adeptes du Baptiste, sa propre mission de bonté (Matthieu 11, 4-6), enfin de déplorer le sort des villes galiléennes qui ne l’accueillent pas (Matthieu 11, 20-24). À présent et en contraste, il offre son exemple aux futures ministres de l’Église, en montrant comment son message s’adresse en priorité aux tout-petits et à ceux qui peinent. Ses paroles comportent trois séquences : une prière de louange, une révélation et un appel à venir se confier à son autorité.


Père, je proclame ta louange.


Le motif de la louange de Jésus est celui-ci : des choses fondamentales échappent « aux sages et aux savants » qui, tels les scribes du temps de Jésus, enseignent au nom de Dieu, alors que les « tout-petits » accèdent spontanément à ces choses. Dans ce paradoxe, Jésus constate la bonté et la liberté du Père qui se révèle à qui il veut. Quelles sont ces choses cachées aux sages du temps de Jésus ? Selon le contexte immédiat, il s’agit de ceci : seuls les gens simples ont reconnu en Jésus le révélateur de Dieu. À plus long terme, il s’agit du Royaume « caché », des valeurs du Royaume annoncé en paraboles par Jésus (voir Matthieu 13, 11.35). Bilan de la mission terrestre de Jésus, cette prière, présente aussi sous une forme un peu différente en Luc 10, 21-22, est le modèle de toute prière apostolique qui, relisant les échecs et les succès de la mission chrétienne, découvre avec bonheur les intentions de Dieu.


Tout m’a été confié par mon Père.


Cette phrase très dense est une révélation précisant ce que les « tout-petits » ont saisi. Seul le Christ ressuscité peut dire : « Tout m’a été confié par mon Père » (comparer Matthieu 28, 18). C’est sa résurrection qui lui confère cette autorité décisive. Mais les gens simples, selon ces deux évangélistes (car ce sont eux qui « reconstruisent les paroles du Christ) ont pressenti ce pouvoir universel dès la mission terrestre de Jésus.

La suite approfondit le sens de l’expression « mon Père ». « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père » : Le père, dans la condition humaine, a l’initiative ; il lui revient de reconnaître un enfant pour son fils. De même, Dieu voit en l’homme Jésus son Fils et se fait connaître de lui comme père. « Personne ne connaît le Père, sinon le Fils » : Quiconque entend un homme lui déclarer : Sais-tu que tu es mon fils ? celui-là voit sa vie totalement bouleversée. Ainsi, Jésus se sait lié à Dieu par une relation unique. « ...et celui à qui le Fils veut le révéler » : Dans les paroles et les gestes de Jésus, les tout-petits ont découvert qu’entre Dieu et cet homme-là, il y a une complète réciprocité, qu’en cet homme-là, Dieu se révèle comme un Père pour eux aussi. Dans l’Ancien Testament, seule la figure mystérieuse de la Sagesse revendique une telle intimité avec Dieu (voir Proverbes 8, 22-31).


Venez à moi, vous tous qui peinez.


« Venez à moi », dit la Sagesse divine, identifiée à la Loi de Moïse chez Ben Sirac (24, 19.23). C’est du même Ben Sirac, un professeur de sagesse à Jérusalem au 2e siècle avant notre ère, que s’inspire l’évangéliste pour recomposer ici les paroles de Jésus : « Approchez-vous de moi, ignorants, mettez-vous à l’école (…). Mettez votre cou sous le joug, que vos âmes reçoivent l’instruction, elle est tout près, à votre portée. Voyez de vos yeux : comme j’ai eu peu de mal pour me procurer beaucoup de repos » (Ben Sirac 51, 23.26-27). Les pharisiens voyaient avec fierté dans « le joug » de la Loi à observer, ou dans le « joug du Règne de Dieu », un noble fardeau, mais Jésus estime que leur enseignement, à travers leurs scribes, pèse lourd sur les petites gens (voir l’attaque de Matthieu 23, 4). Prendre le joug du Christ, c’est se confier à celui qui refuse de faire peser son pouvoir, qui se montre doux et humble, selon les deux premières béatitudes (voir Matthieu 5, 3-4). Tout devient possible quand le guide s’implique lui-même, avec un Cœur compatissant, dans la voie qu’il a tracée.



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