Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph A (29 décembre 2019)




Ben Sirac 3, 2-6.12-14 (Les vertus familiales)


Ben Sirac donnait des cours de sagesse à Jérusalem au début du 2e siècle avant notre ère. Son livre réunit des maximes traitant de divers sujets concrets. Il développe ici ce commandement : « Glorifie ton père et ta mère. » Dans la Bible, glorifier quelqu’un, c’est lui donner toute l’importance qui lui est due. Mais le Sage renverse d’abord le précepte en un principe : c’est Dieu qui veut que les parents aient gloire et autorité. Le respect exprimé par les fils est donc un acte de justice à l’égard de Dieu lui-même. Puis le sage insiste sur trois aspects :

1) Tel tu auras été pour tes parents, tels seront tes enfants pour toi.

2) Le respect dû aux parents consistant en un respect envers Dieu, celui-ci écoutera volontiers celui qui observe ce commandement et il lui pardonnera bien des péchés.

3) Trait peu fréquent dans la Bible, Ben Sirac relève le devoir d'assistance envers les parents vieillis voire séniles. Il écrit à une époque où la jeune bourgeoisie juive est séduite par la culture grecque et le monde nouveau des affaires commerciales. Cette jeunesse risque de trouver les parents « vieux jeu ». Voilà pourquoi le Sage rappelle les valeurs traditionnelles inscrites dans les commandements. Les Apôtres (2e lecture), eux, souligneront la réciprocité des devoirs dans toute famille se réclamant du Christ.



Colossiens 3, 12-21 (Vivre ensemble dans le Christ)


La fin de la Lettre aux Colosssiens aligne des conseils propres à surmonter les désunions. On cultivera donc « la tendresse, la bonté » et – parce que les conflits abondent au quotidien, « la patience » qui permet de pardonner. Bref, « qu’il y ait l’amour », ce « lien de la perfection ». Le but n'est pas d’acquérir une morale exceptionnelle, mais de « former un seul corps » dans le Christ.

Voilà pourquoi, dit l’auteur de la lettre, « vivez dans l'action de grâce ». Par des conseils mutuels et une intense vie de prière, agissez selon le Christ, conformez-vous à ce que Dieu fait en vous et à ce qu'il attend de vous.

Tout cela s’applique à la vie familiale, selon les codes domestiques des sages grecs. Que l’épouse soit donc soumise à son époux, puisque la société d’alors l’entendait ainsi et que, « dans le Seigneur », du point de vue chrétien, le croyant appartient à la société telle qu’elle est et non telle qu’il la rêve. Mais, en revanche, que le mari montre à sa femme une affection pleine de délicatesse, un conseil fort rare dans la société méditerranéenne d’alors. La même réciprocité vaut pour la relation parents/enfants – et pour la relation maîtres/esclaves domestiques (en Colossiens 3, 22 – 4, 1). L’Apôtre injecte dans ces « codes » socioculturels la valeur évangélique de l’amour réciproque.



*Les codes domestiques. Ces codes de l’Antiquité, fréquents sous la plume des philosophes d’alors, rappellent la hiérarchie familiale qui règle la bonne marche de la maison. Ils entrent dans les écrits apostoliques de la fin du 1er siècle (Colossiens 3, 18 – 4, 1 ; Éphésiens 5, 21 – 6, 9 ; 1 Pierre 2, 13 – 3, 7). Cette nouveauté signifie que les Églises ne sont plus de petites cellules discrètes. Elles doivent témoigner désormais des valeurs morales prônées par la société, mais en y ajoutant les valeurs d’un amour réciproque qui l’emporte sur les structures d’autorité.




Matthieu 2, 13-15.19-23 (La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth)


« Après le départ des mages », l’Ange du Seigneur intervient. Et, par l’obéissance de Joseph à son ordre, l’enfant Jésus devient l’Exilé. Un nouvel ordre de l’Ange, et Jésus devient le Nazaréen. Entre les deux épisodes, la liturgie omet le récit du massacre des Innocents (Matthieu 2, 16-18) rappelant le meurtre des bébés hébreux lors de la naissance de Moïse (Exode 1 – 2).


Jésus l’Exilé


Pharaon « cherchait à faire périr Moïse » (Exode 2, 15). Hérode, lui, « recherche l’enfant pour le faire périr ». Nouveau Moïse, selopn la symbolique de Matthieu, Jésus connaît déjà la persécution annonçant sa passion. Mais si Moïse fuyait l’Égypte hostile, c’est le pays d'Israël qui menace ici l’enfant. Car, au temps où Matthieu rédige son évangile, l’hostilité contre son Église vient davantage de la Judée que des régions païennes. Il reste que, dans la Bible, l’Égypte symbolise l'oppression. Elle est le point de départ du chemin de liberté vers la Terre promise. Jésus devient solidaire de son peuple, assumant l’histoire de ses épreuves, comme le souligne *la citation d’Osée : « D’Égypte, j'ai appelé mon fils. »


Jésus le Nazaréen


L’épisode du retour vers Nazareth s’organise comme le premier. C’est d'abord l’ordre de l’Ange, un parallèle limpide avec l’histoire de Moïse en Exode 4, 19-20 : « Va, retourne en Égypte, car ils sont morts, tous ceux qui cherchaient à te faire périr... Moïse prit sa femme et son fils, les fit monter sur un âne et s’en retourna au pays d’Égypte. » Ainsi, l’âne des tableaux de la fuite en Égypte vient de l’histoire de Moïse, et non de l’évangile qui ne parle nullement de cette monture.

Puis c’est l’exécution de l’ordre de l’Ange. De fait, Arkélaüs fut aussi cruel que son père Hérode le grand. L’évangéliste joue sur ce trait de l’histoire juive. Ainsi, selon Matthieu, la Judée, terre de David, rejette son Messie. Celui-ci se retire dans la Galilée que Matthieu 4, 15 définira comme le « carrefour des païens ». Par là, voici Jésus à pied d’œuvre pour sa mission universelle.

C’est enfin une nouvelle citation biblique : « Il sera appelé nazôréen », comme on devrait traduire. L’adjectif, jeu de mots avec « nazaréen », ne se trouve nulle part dans l’Ancien Testament. Matthieu, qui aime les énigmes, l’attribue aux prophètes en général, à aucun en particulier. On songe alors au mot « naziréen », c’est-à-dire consacré, voué à Dieu, comme le furent Samson (Juges 13, 5-7) et d’autres, persécutés pour leur fidélité (cf. Amos 2, 11-12). Mais, à l’époque de l’évangéliste, les « nazôréens » ou « observants » semblent aussi un surnom des Baptistes. Et Jésus, dans le chapitre suivant, se fera solidaire de Jean le Baptiste.

Ces scènes, surchargées de symboles bibliques, disent peu de chose sur ce qui s’est passé. Elles présentent surtout un Messie qui se fait solidaire de la vocation et des épreuves du Peuple de Dieu et, par là, solidaire de toutes les familles humaines qui vivent dans l’épreuve leur vocation chrétienne.


*La citation d’Osée. Si quelqu’un dit : « Les souris dansent », on restitue spontanément le début du proverbe : « Le chat parti ». De même, les lecteurs juifs de Matthieu complétaient de mémoire le verset d’Osée 11, 1 : « Quand Israël était enfant, je l’aimai, et d’Égypte, j’ai appelé mon fils. » Matthieu suggère ceci : l’enfant Jésus est l’enfant Israël et résume en sa personne la vocation et le destin du Peuple élu, ce peuple dont Dieu disait à Pharaon : « Mon fils premier-né, c’est Israël » (Exode 4, 22).



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