Parole de Vie..   
Commentaires du Père Claude Tassin

La sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph B (31 décembre 2017)




Genèse 15, 1-6 ; 21, 1-3 (Dieu promet à Abraham une descendance)


La liturgie réunit deux passages séparés par plusieurs chapitres. Ce raccourci permet d’unir la promesse de Dieu, faite à Abraham, et sa réalisation.


La promesse


La première phrase du Seigneur relève du vocabulaire militaire : Abraham est le vassal de Dieu qui, en suzerain, le protège comme un bouclier. Les boucliers se plaçaient en haut des remparts pour empêcher les flèches enflammées d’atteindre les combattants. L’auteur d’éphésiens 6, 16 dira que ce bouclier est notre foi.

Dieu promet une solde généreuse à son vassal. Mais rien ne peut compenser le fait qu’Abraham va disparaître sans enfant ; son nom s’éteindra et son héritage sortira de sa lignée. Or le Seigneur se révèle comme celui qui rejoint l’homme au cœur de ses aspirations les plus profondes, dont celle de fonder une famille, de faire perdurer un nom à travers elle. La promesse divine se double d’un signe : le nombre incalculable des étoiles.

« Abraham eut foi dans le Seigneur ». Paul commentera cette affirmation en Romains 4, 9-25. Le patriarche compte sur la parole de Dieu, sans demander d’explication. « Le Seigneur estima qu’il était juste. » La seule attitude juste devant Dieu, c’est de le reconnaître pour ce qu’il est, c’est-à-dire celui qui fait ce qu’il dit.



L’accomplissement



Le récit de la naissance d’Isaac est sobre. Il souligne simplement l’efficacité de la parole du Seigneur qui donne la vie dans la vieillesse stérile. L’événement se produit « comme il l’avait annoncé », « à la date qu’il avait fixée » (cf. Genèse 18, 10-14). Le nom hébreu « Isaac » signfie « a ri ». Qui a ri ? S’agit-il du *rire d’Abraham (Genèse 17, 17) ? ou de Sara (Genèse 18, 12-15) ?

Abraham, dans les péripéties étranges de son existence, est-il vraiment le modèle d’une « sainte famille » ? Oui, peut-être, en notre temps où les familles, même croyantes, se composent, se recomposent, cherchant un modèle : « Abraham eu foi dans le Seigneur… ».


* Le rire d’Abraham. Face à la promesse invraisemblable du Seigneur, le patriarche « se mit à rire » (Genèse 17, 17). Au temps de Jésus, on ne pouvait admettre qu’Abraham se soit moqué d’une parole divine. Les synagogues tradusaient : Abraham « s’est réjoui » et, selon une légende juive, sa joie tenait à ce qu’il avait vu d’avance que le Messie naîtrait de sa descendance. Comparer Jean 8, 56.




Hébreux 11, 8.11-12.17-19 (la foi des ancêtres du Messie)


« La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » Ainsi commence l’homélie de Hébreux 11, qui cite en exemple les personnages de l’Ancien Testament, dont Abraham. Notre extrait est ponctué deux fois par l’expression « grâce à la foi ».

1) Le premier exemple est l’obéissance d’Abraham. S’il ne savait pas où il allait, il connaissait pourtant le but, que Dieu lui avait promis. De même, la foi de Sara lui fit surmonter le handicap de son âge. Déjà se dessine la foi en un Dieu qui tire la vie de la mort, puisque Abraham est « déjà marqué par la mort » (comparer Romains 4, 18-22) ; et de ce seul homme, Dieu tire une multitude d’hommes (cf. Genèse 22, 17).

2) Le second exemple est le sacrifice d’Isaac (Genèse 22). S’appuyant sur les traditions juives, l’auteur attribue à Abraham la foi en la résurrection. Cette foi seule explique la soumission du croyant. Dans le fait qu’Isaac « fut rendu » à son père, l’auteur voit un trait « prophétique », c’est-à-dire l’annonce de la résurrection du Christ.

Juifs, musulmans et chrétiens se réclament d’Abraham. Mais quel Abraham ? Paul et la lettre aux Hébreux font de lui le modèle de la foi en un Dieu qui conduit les humains vers la vie, qui tire la vie de la mort. Ces trois familles religieuses formeront-elles un jour une seule famille ?


Luc 2, 22-40 (la Sainte Famille)


Après la scène intime de la nativité, voici la première manifestation de Jésus à son peuple, au Temple de Jérusalem, centre de la vie religieuse juive. L’épisode est soigneusement encadré par la mention de l’obéissance à « la loi de Moïse », à « ce que prescrivait la loi du Seigneur ». Mais cette solidarité du Messie, porté par ses parents, avec les usages de son peuple se double d’une révélation de sa mission.


Les rites


Après l’accouchement, la mère devait accomplir le rite de purification (cf. Lévitique 12, 8) et le premier-né de la famille faisait l’objet d’une offrande au Seigneur (cf. Exode 13, 12). Mais derrière la scène se profile l’épisode de 1 Samuel 1, 24-28 où Anne vient au sanctuaire pour consacrer au service du Seigneur le petit Samuel. Déjà le Cantique de Marie (Luc 1, 46-55) s’inspirait du cantique d’Anne (1 Samuel 2).


La rencontre de Syméon


Syméon est présenté comme l’idéal de l’Ancien Testament : homme juste, pieux, doté de l’Esprit de prophétie, porteur de l’espérance de « la Consolation d’Israël ». Cette expression désigne le Messie et ses dons de réconfort. Les Actes des Apôtres (9, 31) parleront de « la consolation du Saint Esprit » qui emplit la vie des Églises. Elle est aussi le titre des chap. 40 à 55 du livre d’Isaïe. C’est dans ce livre que le vieillard va puiser son cantique. Car il exerce la double fonction du prophète : chanter les louanges de Dieu et prononcer un oracle.

Le Cantique commence par une sorte d’épitaphe : « s’en aller », c’est mourir. Mais cette mort est une paix, puisque Dieu a tenu sa promesse. Syméon a vu le salut, selon la prophétie, « toute chair verra le salut de Dieu » (Isaïe 40, 5). Il révèle surtout, aux parents étonnés, la portée universelle de la mission de Jésus. En lui s’accomplit le destin du Serviteur de Dieu « lumière des nations » (Isaïe 49, 6) et gloire d’Israël (cf. Isaïe 49, 3). Plus tard, en se tournant vers les païens, Paul sera le continuateur de cette mission (cf. Actes 13, 46-47).

Mais l’accès des peuples à la lumière se fera dans le drame. Le Christ « sera un signe de division » (comparer Luc 12, 51). Car, devant l’évangile, il faut prendre position et révéler ainsi de bonnes ou de mauvaises dispositions. Désormais, Israël, symbolisé par Marie, « sera transpercé » par cette crise de la foi.


La rencontre d’Anne


Anne est le double féminin de Syméon. Il attendait « la consolation d’Israël » ; elle fait partie, en parallèle, de « ceux qui attendaient le rachat de Jérusalem » (cf. Isaïe 52, 9). Comme les vitraux des cathédrales n’hésitent pas à revêtir les personnages bibliques de costumes du XVe siècle, de même Luc fait de Syméon et d’Anne le portrait anticipé des Juifs de Jérusalem qui deviendront chrétiens (cf. Actes 2, 46-47). Sans nul doute, le nom d’Anne est choisi par Luc en fonction du nom de la mère de Samuel, ce prophète dont l’évangéliste s’inspire dans son récit sur l’enfance de Jésus.


Épilogue


À la différence de Jean Baptiste qui grandit « dans les déserts » (Luc 1, 80), Jésus s’épanouit à *Nazareth, au milieu des hommes, soumis à ses parents humains. Plus grand que le Baptiste, il est « rempli de sagesse » et de « la grâce de Dieu ». Déjà se profile l’inauguration de la mission du Messie dans la synagogue de Nazareth (cf. Luc 4, 20-22). Mais là encore se profile le parallèle entre Jésus, futur prophète, et Samuel : « Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui et il ne laissa tomber à terre aucune de ses paroles » (1 Samuel 3, 19).


* Nazareth. « Ô silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret. Une leçon de vie familiale : que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable ; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable ; apprenons quel est son rôles primordial sur le plan social » (Paul VI, à Nazareth, 5 janvier 1964).



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