La lettre
novembre 2018 - nø 241

LETTRE MENSUELLE

de la Fraternité Spiritaine Esprit et Mission

12, rue du Père-Mazurié 94669 CHEVILLY-LARUE Cedex
fraternites.spiritaines@wanadoo.fr

 

Edito

Une fidélité inventive .

Le prophète Osée met au coeur de son livre le thème de l'amour inconditionnel de Dieu pour son peuple. L'originalité du livre d'Osée, c'est qu'il mélange et associe dans son livre la situation conjugale et la situation du peuple d'Israël dans son alliance avec le Seigneur. De même que l'épouse d'Osée a été infidèle à son mari, de même le peuple d'Israël s'est tourné vers les faux dieux, notamment Baal, le dieu des Cananéens. Osée établit ainsi un lien entre sa vie privée et la relation de Dieu avec la nation d'Israël. Mais Dieu n'abandonne pas son peuple pour la même raison qu'Osée n'abandonne pas sa femme infidèle. La notion d'alliance est ainsi au Centre de la réflexion de ce livre. La fidélité de Dieu face à l'infidélité de son Peuple : c'est toute l'histoire de l'Ancien Testament. Dieu s'est engagé une fois pour toutes mais le Peuple louche sans cesse vers ces faux dieux. La fidélité de Dieu n'est pas une simple obstination mais une invention perpétuelle. Comme la fidélité de la source, identique à ellemême et toujours renouvelée dans son flux. Dieu ne se contente pas de s'obstiner dans son engagement, mais, Il invente de nouveaux chemins pour reconquérir l'amour de son peuple. C'est le rôle des prophètes et, en particulier, du prophète Osée, le mari trahi qui renoue l'alliance avec son épouse infidèle. Ici, le prophète s'exprime, non en paroles, mais en actes. Il ne dit pas seulement ce que Dieu souhaite mais, il montre ce que Dieu fait. Oui, l'amour peut ressusciter.
Soeur Marie Louise Biando

PAROLE DE DIEU : (Osée 2, 4 - 25)

Accusez votre mère, accusez-la, car elle n'est plus ma femme, et moi, je ne suis plus son mari ! Qu'elle écarte de son visage ses prostitutions, et d'entre ses seins, ses adultères ; 05 sinon, je la déshabille toute nue, je l'expose comme au jour de sa naissance, je la rends pareille au désert, je la réduis en terre aride et je la fais mourir de soif. (…) 16 C'est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l'entraîner jusqu'au désert, et je lui parlerai coeur à coeur. 17 Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d'Akor (c'est-à-dire " de la Déroute ") la porte de l'Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d'Égypte. (continuer jusqu'au verset 25) Le prophète veut aider le peuple à retrouver courage dans une épreuve. Il raconte l'histoire de l'infidélité d'Israël à l'Alliance avec Yahvé en prenant l'image d'une femme qui aurait été infidèle à son époux généreux. Alors qu'ils étaient dans la terre promise, les chefs du peuple avaient pratiqué l'injustice à l'égard des pauvres, ils avaient adoré des divinités étrangères et passé des alliances avec des peuples environnants. Mais tout cela n'avait pas apporté la paix, au contraire ils avaient été vaincus et déportés à Babylone. Mais Dieu ne renonce jamais à sa promesse d'amour. Dans l'épreuve de l'exil, de l'échec, Israël découvre tout ce que Dieu lui avait donné comme bénédictions : la paix, les récoltes, les troupeaux et la proximité du Temple de Jérusalem. Dans l'épreuve, on se trouve dépouillé de bonnes choses pour lesquelles on avait oublié de remercier le Seigneur : la santé, l'autonomie, la confiance en soi et aux autres, la possibilité de faire des projets. On est comme un nourrisson complètement dépendant des autres. C'est justement ce dépouillement qui nous fait revenir à la confiance toute simple au Seigneur.
Cependant, le Seigneur ne veut pas nous abaisser : il veut nous épouser ! Il veut faire alliance avec nous, dans une relation intime de confiance et d'abandon. Et pour cela, il se fait lui-même petit enfant, nu et sans défense, complètement dépendant du oui de Marie et de l'obéissance de Joseph. Il s'en remet à eux, à nous, pour que nous n'ayons plus peur de lui, mais au contraire, pour que nous lui donnions le meilleur de nous-mêmes : l'attention à celui qui est fragile, sans défense, pour prendre soin de lui et le faire grandir. Il se fait l'un de nous pour que nous entrions en alliance avec lui. 'Comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.'
Dans le texte d'Osée, Dieu ne renonce pas à son épouse, il se remet à la sé-duire, à la conduire à soi. Une vie nouvelle commence pour l'épouse : dans un monde renouvelé et béni, elle entre dans une vie de justice, de tendresse, de fidélité, et de communion à son époux. Dans l'épreuve de l'épilepsie, François Libermann perd la maitrise de ses projets, de sa sécurité, de sa dignité devant les autres, et jusqu'à son corps secoué de convulsions. C'est précisément là qu'il découvre la force de l'abandon à l'Esprit Saint. Il cesse de se préoccuper de ce qui ne dépend plus de lui, pour être attentif à garder le coeur en paix, totalement remis entre les mains de Jésus. L'Esprit Saint le fait entrer dans une grande obéissance et communion à l'appel de Dieu, discerné dans l'écoute, et encore dans les épreuves. Jésus prend son temps pour former ses apôtres et son Église.
Jean-Pascal Lombart

Questions pour un partage

Est-ce que nous avons traversé des épreuves qui nous ont rapprochés du Seigneur ?
Est-ce que cela a changé notre image de Dieu ?
Que pouvons-nous faire pour notre prochain dans l'épreuve ?

Avec François Libermann

Moins d'un an avant sa propre mort, lui-même malade, Libermann encourage un séminariste frappé par une maladie grave.
" Mais, mon cher frère, il y a deux manières de travailler au salut des âmes, une active et une autre passive. La manière active consiste à travailler à leur instruction, et à faire activement les autres fonctions du saint ministère; et la manière passive est de souffrir par l'ordre de la volonté de Dieu pour elles. Eh bien! je vous dis en vérité que la seconde manière de travailler est infiniment plus utile que la première. Voyez donc le Coeur immaculé de Marie! (…) Marie n'est pas allée prêcher l'Evangile de son Fils, mais elle a souffert dans son coeur, voilà l'unique apostolat de Marie; eh bien! n'était-elle pas plus grande que tous les Apôtres? "
A Pierre Logier, 6 mai 1851, N.D. XIII, p.138-139; Anthologie p.448

Avec Eugénie Caps

Prière à l'Esprit-Saint de Soeur Eugénie Caps
Soeur Eugénie Caps, fondatrice des Soeurs Missionnaires du Saint-Esprit, s'est beaucoup confiée à l'Esprit-Saint. Elle le priait de la guider, pour découvrir la volonté de Dieu, autrement dit le chemin de bonheur que Dieu voulait pour elle, pour la Congrégation et pour toute personne de bonne volonté
Esprit-Saint,
Esprit du Dieu vivant et éternel éclairez-nous.
Venez avec vos saintes lumières dans nos âmes.
Nous vous prions du fond de notre coeur,
Donnez-nous les lumières
Pour faire la très sainte volonté du bon Dieu.
Esprit-Saint, remplissez-nous de votre esprit d'amour,
De charité, d'humilité, d'abandon et de patience.
Donnez-nous force, lumière, sagesse et crainte de Dieu.
Je mets en vous, Esprit-Saint, toute ma confiance.
Esprit-Saint, qui règlez tous les mouvements de ma vie,
Faites que je ne mette aucune résistance
À vos saintes inspirations.
Faites que nous suivions vos inspirations toujours !
Amen !

Prophète d'aujourd'hui: Jean Vanier

La découverte dans la foi que Jésus aime tous les hommes et spécialement les plus rejetés aide la personne à découvrir sa propre dignité d'enfant de Dieu. La façon dont une communauté accueille la mort d'un frère aide certains à dépasser leur peur de la mort. De même l'Eucharistie et la prière en commun aident à découvrir que nous sommes tous frères et soeurs en Jésus; qu'en fin de compte il n'y a pas de séparation entre bien portants et malades. Devant Dieu, nous sommes tous handicaps de coeur, prisonniers de nos égoïsmes. Mais Jésus est venu nous guérir intérieurement, nous sauver, et nous libérer par le don de son Esprit. C'est la bonne nouvelle qu'il apporte aux pauvres: nous ne sommes pas seuls dans notre tristesse, dans les ténèbres de notre solitude, dans nos peurs, dans notre affectivité et notre sexualité troublées. Il nous aime et il est avec nous. "Ne crains pas, je suis avec toi."'

Dans: 'La communauté, lieu du pardon et de la fête'. Fleurus/Bellarmin 1979, p. 227