La lettre
février 2018 - nø 234

LETTRE MENSUELLE

de la Fraternité Spiritaine Esprit et Mission

12, rue du Père-Mazurié 94669 CHEVILLY-LARUE Cedex
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Edito

Éloge de la persévérance ou de la patience, fille de l'espérance
Lorsque nous méditons le cantique de Siméon, nous découvrons un homme juste devant Dieu. Il a su se montrer patient et attendre cette révélation de la lumière des nations qui le remplit de joie intérieure, révélation de Jésus qu’il accueille au temple de Jérusalem. (Lc 2, 32)
Nous pouvons aussi observer la patience de Libermann tout au long de sa vie et particulièrement lorsque la maladie l’empêche d’accéder à l’ordination. Il vit alors dans l’humilité et rend de nombreux services au séminaire d’Issy. Paradoxalement c’est lui qui anime ces « bandes de piété » qui regroupaient les séminaristes de cette époque.
Durant ce temps d’épreuve, il acquiert une manière de vivre dans la paix et la patience, tourné vers Dieu et non pas vers lui-même. Il va vivre le dépouillement de lui-même. « Ce sont les événements qui le provoquent à l’abandon total à la volonté de Dieu. »
S’il vient à conseiller ses correspondants, il les invite à la confiance en Dieu : « Armez-vous d’une confiance sans bornes en sa divine et incomparable bonté et miséricorde… Cette humble confiance est de la plus haute importance. » (LS II, 216)
Aujourd’hui vivre cette spiritualité de Libermann nous invite à relire notre propre vie comme l’a fait Siméon pour y avoir « la main » de Dieu à travers tel ou tel événement qui nous a poussés à progresser, à grandir ou à nous engager auprès de nos frères, Dieu nous attend au croisement… et il est prêt à nous donner sa lumière et son Esprit pour que nous progressions à la fois dans notre vie intérieure et notre apostolat ou notre action avec ceux qui nous entourent.
Saurons-nous saisir cette occasion pour devenir à notre tour lumière des nations ?
Emmanuel Meaudre

Parole de Dieu :

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie.» (Lc 21, 19) « Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole, la retiennent dans un coeur honnête et bon, et portent du fruit avec patience. » (Lc 8, 15)
Nous le savons par expérience, le plus difficile dans la vie est de « durer » et de persévérer. Les réalités de la vie, traversée par des épreuves, des échecs, des déceptions, finissent par diminuer notre espérance. On ne peut manquer de parler d’espérance sans évoquer les épreuves dures qui jalonnent bien des lieux de notre planète : tant de massacres et chaque jour, des images que les médias nous montrent : des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, torturés, mis à mort et plusieurs d’entre eux à cause de leur appartenance à Jésus. Sans doute, il convient de se protéger des menaces qui pèsent, mais nous avons à trouver les chemins de l’Espérance. Saint Paul, sans doute en référence avec son propre combat, associe souvent épreuve, persévérance et espérance : « La détresse produit la persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l'espérance. » (Rm 5, 3-4) L'apôtre partage l'espérance de l'Église, mais la richesse de sa pensée et de sa vie spirituelle apporte des éléments de grande valeur au trésor commun. Chacun a sa façon de marquer sa solidarité avec ses frères et soeurs en souffrance pour les aider à vivre un peu dans l'espérance. On se doit de prier, bien sûr, mais on se doit en même temps de se rappeler ce qu’insuffle l’Esprit-Saint. Notre sollicitude doit s’étendre aux peuples les plus menacés, nous pouvons, par exemple, rendre grâce pour tant de portes ouvertes dans nos villes ou de nos maisons aux frères et soeurs étrangers, aux réfugiés qui tentent de franchir nos frontières.
Que la Parole de Dieu nous aide à acquérir cette attitude d'accueil gratuit. Nous avons à purifier notre coeur lorsque nous sommes portés à condamner, dans notre environnement immédiat, telle ou telle catégorie de personnes. « Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu. » Il nous faut sans cesse choisir de « repartir » et d'activer notre chemin d'espérance. Choisir de rentrer dans l'attitude que nous propose le Nouveau Testament : « C'est par votre persévérance que vous gagnerez la vie. » L'espérance ouvre l'apôtre à ne plus attendre un bonheur personnel, mais à accueillir quelqu'un, « Jésus » qu'il aime, et vivre une ouverture au salut des autres. (2 Tm 2, 7)
En persévérant, nous grandissons dans notre foi. Mais il est difficile de persévérer. Quand nous gardons la foi jusqu’au bout, notre persévérance nous éloigne du désespoir. Elle nous amène à la source intarissable de la grâce pour être sauvé. C’est à ce moment-là que nous comprendrons que nous ne vivons pas uniquement du pain, mais de la Parole d’Évangile et de la grâce du Seigneur. « Forts d'une pareille espérance, nous sommes pleins d'assurance. » (2 Co 3, 12)
Espérons, et que notre confiance en Jésus nous fasse reconnaître les germes de vie dans tous les événements de la vie. Alors nous pourrons avancer dans le soleil comme dans la tempête grâce à l'espérance, la patience et la persévérance. Notre foi est bâtie sur le roc ; restons des hommes, des femmes éveillés.
Soeur Marie Louise Biando

Libermann :

« Disciples de Jésus-Christ, ne cherchez pas à être traités mieux que votre Maître. Ne vous effrayez jamais des difficultés que vous éprouvez. Elles ne doivent jamais vous décourager. Vous ne venez pas en votre nom; ce n’est pas vous qui ferez l’oeuvre, c’est celui qui vous envoie ; vous n’êtes pas seuls, il est toujours avec vous, si vous êtes fidèles. Ne soyez donc pas pusillanimes ni faibles dans la foi. Un apôtre de Jésus-Christ ne peut jamais être abattu par les obstacles. Supportez-les avec paix, patience, mais soyez toujours persévérants dans vos projets solidement utiles à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Cédez pour un temps aux obstacles et difficultés que vous ne pouvez surmonter pour le moment, attendez le moment de Dieu avec confiance, soyez fidèles et ce moment viendra. » (1844 - ND VI p. 2 )

Soeur Eugénie Caps :

Au moment où le Seigneur l'appelle à fonder la Congrégation, elle va avancer avec une confiance la plus totale au Seigneur : « O mon Père, j'ai confiance en Dieu, si même les épreuves sont dures. Oh ! Je veux persévérer jusqu'à la fin. Ma détresse n'est pas plus grande que celui qui m'aide ! Cependant c'est comme si je devais m'étendre sous un écrasant fardeau, qui enlace mon âme ; comme je suis fatiguée parfois dans l'âme ! Mais je veux rester fidèle à Jésus. Rien ne doit m'épouvanter, non ! » (4 mai 1915)
« Confiance ! Cette confiance en Dieu m'anime entièrement. Pour le commencement j'avais un peu peur. Mais non, il faut avoir avant tout une très grande confiance en Dieu, ensuite en avant, car sans confiance ni prière, ni supplications aident en ces moments de difficultés extérieures et intérieures ! » (24 avril 1922)

Aujourd'hui, un petit conte

Espérance, Patience et Persévérance
De rues et de vertus, des mots qui passent et qui racontent. Au début était Espérance, la douce, la céleste, la toute bleue, qui rêve dans le ciel, que les nuages entraînent.
Hélas ! La vie, la dure vie étant ce qu'elle doit bien se résigner à être, Espérance pâlit, Espérance gémit. Il fallut lui adjoindre Patience. Patience la fidèle, Patience la toute bonne, l'ange qui veille et qui console.
Mais la vie, l'âpre vie étant décidément ce qu'elle s'acharne à être, Patience s'usait vite, Patience s'épuisait, et l'on dut embaucher pour l'aider la rude Persévérance. Persévérance, la douloureuse et la crucifiée, Persévérance la rugueuse, la lutteuse, la courageuse qui toujours se redresse et toujours ressuscite.
Alors, s'appuyant sur l'aile blanche de Patience et sur la large épaule de Persévérance, Espérance put vraiment commencer à grandir, à bourgeonner et à feuiller, à surgeonner et à se multiplier.
(Publié le 9 mai 2014 par Carole)