Éditorial

Editorial


Un Dieu recherché et pourtant révélé

La professionnalisation de la recherche dans la plupart des domaines scientifiques tend à faire circuler l’idée d’une restriction de l’activité en question à une catégorie d’individus. Par ailleurs, la tendance à confier particulièrement la réflexion sur le divin à certaines personnes, du fait de leur consécration religieuse ou de leurs spécialisations académiques, peut produire le même effet à propos de la religion. La combinaison de ces deux tendances reviendrait à limiter la quête spirituelle à un objet de laboratoire ou de luxe, voire à une lubie de l’esprit. Mais, en réalité, en matière de religion, l’être humain se comporte un peu comme le philosophe pour qui les questions paraissent plus importantes que les réponses, ces dernières se transformant continuellement en de nouvelles interrogations 1.


Cette attitude, qui consiste à ne pas se satisfaire des idées et des pratiques religieuses ambiantes, loin d’être une invention de l’homme moderne, semble remonter aux origines de l’humanité : depuis que l’esprit humain est capable de s’interroger, il cherche indéfiniment à mieux comprendre l’Être suprême. Concernant l’Antiquité, l’article de Nathalie Siffer apporte un éclairage intéressant. En analysant un verset du célèbre discours de Paul à l’Aréopage, elle permet au lecteur de comprendre les motivations et les enjeux de la quête du divin telle qu’elle se présente au miroir des écrits vétérotestamentaires, dans la philosophie grecque et dans le Nouveau Testament. À la manière de Diogène le Cynique, qui cherchait l’homme, à la suite de Zachée (Lc 19, 3) et des grecs qui désiraient voir Jésus (Jn 12, 21) ou de Marie Madeleine restée inconsolable aussi longtemps qu’elle n’avait pas trouvé le corps de son Seigneur (Jn 20, 11-18), les cœurs de nos contemporains demeurent, selon la formule célèbre de saint Augustin, littéralement inquiets tant qu’ils ne reposent en Dieu.

Les illustrations actuelles de cette assertion augustinienne font l’objet des autres pièces du présent dossier. Elles envisagent le phénomène de la quête spirituelle soit dans une perspective collective soit dans le prisme d’un itinéraire personnel. La première approche propose un état des lieux du fait en question. Philippe Le Vallois, en observant les pratiques spirituelles émergentes, fait prendre la mesure des nouvelles tendances spirituelles. Il attire l’attention sur l’image de la personne et de son environnement qui en ressort et décrit les défis que l’Église est appelée à relever dans ce contexte. De son côté, Frère Benoît conduit à la découverte de la communauté de Taizé, qu’il présente comme un carrefour des soifs spirituelles multiformes. Elles convergent en ce lieu où plusieurs décennies d’accueil et d’écoute ont abouti à la construction d’un programme d’accompagnement de jeunes en quête de paix intérieure. On ressent quelque chose de cette diversité à travers les multiples visages que rencontre Jacques Gaillot dans les prisons, dans les transports publics et à la faveur des diverses activités initiées par les associations où il milite. Cet article, qui privilégie le témoignage, relève le paradoxe entre l’incroyance assumée et l’irréductible désir de Dieu sur fond de précarité socio-économique. Yvon Le Mince se penche sur les nouvelles croyances avec une attention particulière pour la fascination que les spiritualités orientales exercent sur nombre d’Occidentaux. Sa contribution situe l’essentiel dans la recherche d’une harmonie entre corporéité et intériorité. La tension vers cet idéal reste fondamentalement bénéfique. Cependant, il donne quelquefois lieu à des dérives telles que la regrettable confusion entre réincarnation et résurrection.


L’autre type d’approche du phénomène des quêtes spirituelles contemporaines se lit chez Gilles Brocard et Jacques Scheuer. Le premier se base sur sa pratique d’accompagnateur spirituel professionnel pour témoigner de l’efficacité d’une thérapie par l’écoute, affirmer le besoin effectif d’une nourriture spirituelle, laquelle détermine le bien-être global de la personne. Le second dépeint la figure de Thomas Merton, un chercheur de Dieu hors du commun. L’itinéraire de ce moine trappiste reste parlant pour un monde en mal de repères.


Puissent ces éléments aider les missionnaires à formuler des réponses toujours plus pertinentes aux aspirations spirituelles de notre monde, afin qu’il trouve ce Dieu qui se révèle, mais que l’on cherche encore…


Elvis Elengabeka

1 Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1991, p. 11.


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