A. ROBERT, MISSIONNAIRE AU CENTRAFRIQUE
1965
Arrivée du P. Janssen - Nouvelle
répartition du ministère
Changement
à la Mission de Grimari : le
P.Rallu, après deux ans de ministère interrompu par six
mois de maladie en France, est revenu pour aller à la Mission
Notre-Dame de Fatima, à Bangui. Il est remplacé à
Grimari par le P.Jean Janssen, spiritain néerlandais qui était
depuis plus de 11 ans à Bambari. Je lui laisse le secteur de
N.D.de Liesse pour m’occuper de celui de la Bamba. Comme je
vous l’avais expliqué, Grimari est traversé par
une rivière appelée Bamba. L’accroissement de la
chrétienté a rendu nécessaire la construction
d’une deuxième église : N.D de la Bamba, à
trois km de la première église, N.D.de Liesse.; c’est
le P.Raboud qui avait entrepris cette construction en I958. Ainsi la
Mission comprend deux secteurs, chacun comprenant une église
au centre et quatre routes de brousse. Le secteur de la Bamba dont je
prends la charge en février est plus peuplé que celui
de N.D.de Liesse (17.000 habitants contre 10.500) mais il est moins
christianisé (environ 2.500 baptisés contre 3.000).
De mon côté il y a deux groupes linguistiques
: les Bandas (comme sur le secteur de N.D.de Liesse et les Mandjias.
Ceux-ci acceptent plus lentement que les Bandas le Message de Salut
que nous leur proposons mais ils paraissent plus stables que les
Bandas. Dans chaque secteur il y a environ 500 à 600
catéchumènes. Sur la route de Sibut, en majorité
mandjia, il y a environ 1.000 protestants, des Baptistes dirigés
par des Pasteurs américains installés dans la région
depuis 1925. Dans le District de Grimari on évalue le nombre
de chrétiens à 9.000 (3.000 protestants et 6.000
catholiques)
En
juin une chapelle modeste (12 m sur 6) a été construite
à Yanguékota, sur la route des Mbrés.
Retraite spirituelle et session catéchétique
à Bangui
Au mois d’Août je suis allé à Bangui pour
la retraite annuelle; ce fut l’occasion de rencontrer mes
confrères, rencontre d’autant plus enrichissante que
l’animateur de la retraite était le P.Lucien Deiss, un
maître en Ecriture Sainte, en musique et en liturgie. Pour la
première fois, nous avons eu des messes concélébrées
suivant la nouvelle liturgie du Concile Vatican. Après la
Retraite, nous avons suivi une session catéchétique. A
Grimari nous avons 30 catéchistes dont la formation reste
sommaire. Il est question de faire une école diocésaine
de catéchistes.
Le
P.Janssen et moi constatons que si l’aide au développement
-tant en personnel qu’en matériel- s’améliore,
il n’en va pas de même pour les oeuvres intéressant
directement l’apostolat, personnel et moyens matériels y
sont insuffisants. Il est quelquefois plus facile d’obtenir une
subvention pour faire un poulailler que pour aider à la
formation de catéchistes. ! Pourtant ne faut-il pas
faire déboucher la promotion humaine qui est fondamentale sur
un plan chrétien où les personnes trouveront
l’épanouissement total qu’ils cherchent ?
Formation religieuse des jeunes au Collège
agricole et au village coopératif de la jeunesse pionnière
Dans
mon ministère je m’occupe aussi de la formation
religieuse des élèves du Collège technique
agricole de Ngoulinga (à 5 km de Grimari) et des jeunes du
village de pionniers (village coopératif David Dacko) dirigé
par des Israéliens. Dans ces deux centres je trouve un accueil
très favorable tant chez les dirigeants que parmi les élèves
et les pionniers; les deux capitaines israëliens en particulier
apprécient l’aide spirituelle que j’essaie
d’apporter aux jeunes (45 sur 80 sont chrétiens).
Le coup d’ Etat du colonel Jean - Bedel
BOKASSA
Dans
la nuit de la Saint-Sylvestre un évènement bouleverse
le pays : le colonel Bokassa, chef de l’état-major,
renverse le gouvernement Dacko. Celui-ci était en pleine crise
politique; la corruption s’installait à tous les
niveaux. Le coup d’Etat s’est effectué avec
violence. Le général Izamo, chef de la gendarmerie
préparait lui aussi, dit-on, un coup d’Etat. Habilement,
Bokassa l’a invité au réveillon de la nouvelle
année et l’a fait assassiner. Dacko s’est enfui
mais a été vite repris et mis en prison (bien qu’il
soit cousin de Bokassa); les ministres ont été arrêtés
à leur domicile.
Comment
ce coup d’Etat a-t-il perçu par le peuple
centrafricain ? Après le choc de l’événement,
un certain fatalisme est apparu. Un mot désabusé
d’une femme centrafricaine, employée chez les Soeurs,
peut résumer l’opinion d’une partie du peuple :
« Dacko et ses ministres se sont enrichis pendant six ans,
à d’autres maintenant de profiter du pouvoir ! »
Cependant un espoir s’est fait jour, à la suite d’un
long discours de Bokassa retransmis à la radio. Le nouveau
chef d’état promettait de mettre fin à la
corruption et de travailler à l’amélioration de
la production agricole, principale ressource du pays. Les actes
suivront-ils le discours ?
Vis
à vis des Eglise chrétiennes, Bokassa, baptisé
catholique à Fréjus, lors de son service militaire dans
l’armée coloniale française, est très
bienveillant.