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figures au jour le jour

A. ROBERT, MISSIONNAIRE AU CENTRAFRIQUE

1973

Passage en Côte d’Ivoire

Le 2 janvier je quittais Saint-Étienne; après un passage au Havre en famille, j’ai pris l’avion pour Abidjan où Bernard, Aimée et leurs enfants m’attendaient. Agréable séjour pendant lequel j’ai visité quelques villes de la Côte d’Ivoire : Grand Bassam où l’on voit des constructions coloniales, Dabou, Yamoussoukro (ville du Président Houphouët-Boigny), Bouaké.

Nouvelle traversée du Cameroun

Le 15 janvier j’ai pris l’avion pour Douala où l’on m’avait demandé de conduire une 2CV à Bangui; j’ai donc traversé pour la 5e fois le Cameroun-Sud. A Nola (en RCA) je suis allé voir l’Abbé Lambert, un prêtre du Diocèse de Besançon qui, après 10 années à Bangui, s’est installé au milieu des pygmées. Ceux-ci sont encore considérés comme des « sous-hommes » et exploités par des Africains à qui ils appartiennent (chaque pygmée a son ‘patron" à qui il fournit de la viande chasse et dont il doit cultiver le champ, après la saison de chasses). Grâce à l’Abbé Lambert et des coopérants français (hommes et femmes) ils se sentent reconnus et se dégagent petit à petit de l’exploitation dont ils sont les victimes.

Retour à Bangui

C’est le 23 janvier que j’arrivais à Bangui; l’accueil très fraternel de mes confrères et d’amis m’a aidé à reprendre un ministère assez difficile à la Cathédrale. Le P.Bernard Courant qui me remplaçait a lancé une feuille hebdomadaire appelée ‘Contact". Sur cette feuille nous indiquons les activités de la paroisse et les thèmes des homélies; je fais part aussi des réflexions de mon stage à l’Arbresle. Parti à son tour en congé, le P.Courant est affecté à son retour à Kaga-Bandoro (nouveau nom donné à la ville de Crampel où j’ai passé sept mois en 56-57). Si je perds la collaboration fraternelle et éclairée d’un ami, je retrouve celle du P.Emile Grill, un ancien; nous nous sommes connus au séminaire à Chevilly, à la Mission Saint-Paul en 53-54; nous voici donc de nouveau ensemble avec le P.Georges Wacker, chargé de l’hôpital et notre jeune coopérant, Edmond Klock. Celui-ci va partir en France continuer ses études, après un excellent travail près des jeunes; il a formé un instituteur centrafricain qui , après un séjour à Taizé, assure l’animation de 30 à 40 jeunes, garçons et filles de la communauté ‘Foi et Fraternité". Ces jeunes forment aussi la chorale de la paroisse.

Dans la réserve intégrale à la « Gounda »

Avant de quitter l’Afrique, Edmond voulait visiter le parc de vision de la faune à la « Gounda » près de Ndélé au Nord du pays. Avec lui, Soeur Raymonde et une enseignante française, Simone Finot, nous sommes partis à 650 km de Bangui (c’était en mars); pendant trois jours nous avons eu la joie de vivre dans le calme enchanteur de la nature primitive et nous avons vu des troupeaux d’éléphants, de buffles, d’antilopes, de singes, 18 girafes, une centaine d’hippopotames vivant dans un grand étang. Des lions se trouvaient sur la piste : l’un d’eux était couché sur la route, je me suis approché mais il n’a pas bougé, j ‘ai du faire marche arrière, le lion est bien le « roi des animaux » car il ne fuit pas, tandis que buffles et même éléphants s’éloignaient à notre passage. Nous avons passé la première nuit au campement dirigé par un chasseur français, une autre nuit à la belle étoile, à la sortie de la piste; par mesure de prudence, nous avons fait un feu, toute la nuit, en nous relayant pour monter la garde....C’est après 22 ans d’Afrique que j’ai pu jouir de ce spectacle, bien qu’il me soit arrivé de rencontrer l’une ou l’autre de ces animaux, dans des tournées de brousse; il me souvient qu’étant à Grimari dans un village où je suis resté une semaine pour préparer des catéchumènes au Baptème, cinq éléphants vivaient près du village, dans la journée ils étaient dans une galerie forestière, près d’un cours d’eau, au coucher du soleil ils traversaient le village pour aller dans un bois de manguiers; et , le matin, ils retournaient dans la galerie forestière, ainsi je les voyais chaque jour. Comme il n’y avait pas de chasseurs, ils vivaient paisiblement, on pouvait les approcher de près mais il n’aurait pas été prudent de les toucher ! Seul inconvénient de leur présence : ils saccageaient les plantations de manioc, les bananeraies, les cultures vivrières; leur départ, après un mois au village, a été un soulagement pour les paysans.

Stage à Sarh (Tchad) : « Communauté humaine et chrétienne »

Du 20 juin au 11 juillet je me trouvais à Sarh (ex-Fort Archambault, au Sud du Tchad, pour un stage pastoral réunissant 59 prêtres, religieuses, laïcs du Tchad, du Nord-Cameroun et du Centrafrique. Le thème en était : ‘La communauté humaine et chrétienne en Afrique". A partir d’enquêtes sur les relations des personnes dans leur milieu et dans l’Eglise, nous avons essayé de voir comment former des communautés où chacun déploie ses dons pour améliorer la vie du village et participer activement à la vie de l’Eglise. Un prêtre congolais, professeur au Grand Séminaire de Brazzaville nous a fait part de son expérience africaine pour nous aider à mieux percevoir l’influence des traditions sur les personnes. La solidarité entre les gens et entre les clans vient de la conviction d’appartenir à un groupe qui se relie à de grands ancêtres et qui garde des liens vitaux avec eux, comme en témoignent les offrandes faites aux mânes. La Foi chrétienne répond à l’attente des peuples de religion traditionnelle : le Christ est venu donner aux groupes humains une dimension universelle et supprimer les barrières qui les séparent ; il devient en quelque sorte le « grand ancêtre » de l’humanité.

L’orientation pastorale de l’Eglise Centrafricaine est d’établir des communautés où se vit une Foi réfléchie qui nous situe au-delà des lois et prescriptions, où se vit un amour fraternel véritable. C’est une nécessité à laquelle nous conduit l’Evangile : dépasser un christianisme sociologique de simple tradition dans laquelle les rites ne sont plus compris et n’ont plus de lien avec la vie, pour nous conduire à la communion avec un Dieu personnel dont nous connaissons le visage en Jésus-Christ et en même temps à la communion entre nous. Ce dépassement entraîne des exigences plus grandes que l’accomplissement routinier de certains gestes et engage à conformer les actes de la vie à la Foi. Une nouvelle vision de l’Eglise se fait jour depuis le Concile de Vatican II : elle pourrait être représentée par une spirale dans laquelle s’insèrent tous les membres du Peuple de Dieu, du Pape à tous les chrétiens, chacun ayant ses responsabilités ; ce n’est plus la vision pyramidale d’une Eglise où Pape, évêques, prêtres commandent, les fidèles n’ayant qu’à obéir, ensemble nous construisons l’Eglise, c’est une oeuvre difficile mais exaltante et libératrice, c’est un travail de formation.

En novembre je suis retourné au Tchad, à Dounia, pour préparer avec un groupe de 15 personnes le stage de 1974 dont le thème sera :"La ville dans la société africaine aujourd’hui." Actuellement on parle beaucoup d’ "authenticité", surtout au Tchad et au Zaïre. L’Africain pris dans le brassage d’idées et de mouvements qui circulent dans le monde, dans un nouveau système économique, veut garder ce qu’il y a de bon dans la sagesse et la tradition de son pays. Un équilibre est à trouver entre le passé qu’il ne s’agit pas de renier en bloc et une évolution rapide qui ouvre un avenir à créer.



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