A. ROBERT, MISSIONNAIRE AU CENTRAFRIQUE
1988
Le voyage épique de Norbert et
Alexandre, de Bangui à Brazzaville et de Bangui en France
En
avril, Paul Alexandre qui travaille à l’imprimerie St
Paul à Bangui est de retour en France. Il me raconte le voyage
épique qu’il vient de faire avec mon neveu Norbert, son
ami. Avant de traverser l’Afrique de Bangui au Caire, ils sont
allés à Brazzaville en pirogue, au mois de janvier.
S’étant approchés trop près de la rive du
Zaïre, ils ont été poursuivis par la vedette des
policiers zaïrois, soupçonnés d’être
des mercenaires ; ils ont pu, sans être vus, jeter à
l’eau un fusil de chasse qui aurait pu les compromettre. Amenés
à un poste de police où ils ont présenté
leurs papiers, ils ont eu beaucoup de peine à expliquer qu’ils
étaient au service de l’Archevêché de
Bangui et qu’ils faisaient un voyage touristique. Finalement
ils ont été relâchés. Après ce
périple sur les fleuves Oubangui et Congo, ce fut le grand
voyage préparé avec soin par Norbert qui avait pu
acheter à N’Délé un camion allemand de la
guerre de 39, qu’il a aménagé. Et ils sont partis
: Bangui, Birao (au N de la RCA), le Soudan, l’Egypte,
embarquement au Caire, passage par l’Italie et arrivée à
Saint-Etienne, le 10 avril. J’ai la joie de revoir Norbert à
Paris où il passe quelques jours.
Un spiritain expulsé de la RCA
Le
14 mai je vais accueillir à Roissy le P.Jean-Paul Hoch,
spiritain, professeur de Mathématiques à l’Université
de Bangui et aumônier de la JEC (Jeunesse Etudiante
chrétienne) ainsi que le Frère Adrien Mercier, mariste.
Ils ont été expulsés de la RCA par le ministre
de l’Intérieur, Grélombé.
Le communiqué officiel de l’expulsion les présentait
comme « interdits d’accès et de séjour
en RCA pour organisation d’actes de désobéissance
civique, de subversion et manipulation de la jeunesse
centrafricaine" ! Oralement ils avaient été
traités de marxistes, terroristes.....Que s’est-t-il
passé ? Les étudiants de l’Université
étaient en grève pour protester contre de mauvaises
conditions de travail, de manque de professeurs; dans le journal de
la JEC un poème sur Thomas Sankara, composé par un
séminariste centrafricain, avait paru, présentant le
Président de Burkina-Faso assassiné, comme un président
simple, non corrompu. Le ministre Grélombé a pris
ombrage de cette parution qui lui a semblé injurieuse pour le
président de la RCA, Kolingba. De plus il accusait les
Jécistes, très influents dans les comités
d’étudiants, de subversion (c’est un Jéciste
qui préside l’ANECA Association Nationale des Etudiants
Centrafricains); il s’en est pris à J.P.Hoch et
A.Mercier, leurs aumôniers. Une réflexion sur l’Evangile
conduit naturellement à une conscientisation des personnes sur
leur dignité, leurs droits et devoirs et cela ne plaît
pas dans un régime policier qui veut des sujets soumis sans
critique au gouvernement; Adrien s’est vu accusé de
tenir des réunions clandestines dans la nuit ! La police a
saisi tous les stencils de la revue jéciste au secrétariat
du Centre Jean 23, le centre pastoral de l’Archevêché
de Bangui; le secrétaire chargé des polycopies et qui
n’en pouvait mais a passé quelque temps au commissariat.
Déjà en 85-86, J.P.Hoch avait connu des démêlés
avec le Ministère de l’Intérieur à propos
de la revue ‘Tatara", ‘le journal de la lutte contre
les mauvaises moeurs de la société", le mot
‘tatara" signifie ‘miroir"; en voici quelques
titres : l’alcoolisme, l’exode rural, la corruption, le
baratinage, la poche commune, le népotisme...ce dernier numéro
a provoqué la colère du ministre de l’Intérieur
qui a convoqué Jean-Paul; en se rendant à la
convocation, celui-ci a reçu les chaudes félicitations
des gardes qui lui disaient: ‘formidable ce numéro, il
décrit la réalité", une réalité
que le ministre ne voulait ni voir ni entendre !
Une fête africaine à Saint Jacques
du haut - Pas
En juin j’ai participé à une célébration
à l’église St Jacques du Haut - Pas (proche
de la rue Lhomond) pour fêter le centenaire de
l’évangélisation au Mali; une chorale africaine
animait cette messe d’une façon très vivante :
chants au rythme du tam-tam, du balafon, danses..
Schisme définitif de Mgr Lefebvre
C’est
dans ce mois de juin 1988 que Mgr Marcel Lefebvre ordonne trois
évêques, consommant ainsi un schisme qui s’annonçait
depuis le Concile Vatican 2. Je suis d’autant plus peiné
de ce fait que j’ai en estime Mgr Lefebvre que j’ai eu
comme directeur au séminaire de philosophie à Mortain
en 45-46; il venait du Gabon où il travaillait comme
missionnaire. Nommé directeur, il a plu aux séminaristes
qui appréciaient sa bonté, son accueil.
Les « Journées d’ Amitié
spiritaines » à Paris
Les
11 et 12 juin ont eu lieu, comme chaque année, nos « journées
d’amitié spiritaines » auxquelles
participent environ 300 personnes. Des repas, des ventes d’objets
exotiques ou artisanaux sont organisés, ainsi que des stands
de jeux. La recette de ces journées nous permet, en partie du
moins, de recevoir les quelques 200 missionnaires qui viennent chaque
année en France, pour un congé ou pour des raisons de
santé.
Jean - Paul Hoch, vicaire provincial
En juillet, Jean-Paul Hoch est nommé premier vicaire
provincial; il fait donc parti de l’équipe provinciale,
un triumvirat, qui dirige les maisons spiritaines de France; nous
nous retrouvons donc à la maison-mère, après
nous être connus au Centrafrique.
Une rencontre centrafricaine en Franche - Comté
En
août j’ai la joie de passer une journée dans une
ambiance centrafricaine à Arc les Gray (Haute-Saône)
chez Simone Finot qui a enseigné plusieurs années à
Bangui; j’ai retrouvé des prêtres, religieuses,
coopérants de la RCA, revenus en France ou en congé,
notamment l’Abbé Pierre Vitte avec qui j’ai
travaillé de 69 à 73 à la Cathédrale
Notre - Dame de Bangui.
Le
14 décembre j’accueille Norbert qui vient de passer huit
mois à Kampala, en Ouganda, comme logisticien dans Médecins
Sans Frontières.