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A. ROBERT, MISSIONNAIRE AU CENTRAFRIQUE

1993

Nouvelles du Centrafrique

En septembre, il y a eu des élections présidentielles; plusieurs candidats étaient en lice, notamment Abel Goumba, président fondateur du FPO (Front du Peuple Oubanguien) et Ange Patassé, président du MLPC (Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain). Celui-ci a été ministre de Bokassa; opposé à David Dacko en 1982 et vaincu aux élections, il avait du fuir Bangui après avoir provoqué des émeutes; l’ambassade de France où il s’était réfugié l’avait envoyé au Togo, à Lomé; c’est seulement en 92 qu’il a pu rejoindre son pays. Dans l’élection de septembre 92, Patassé l’a emporté sur Goumba. Il s’est passé une chose assez étonnante : André Kolingba, président du ‘Comité de Redressement Nationale" et candidat à la présidence de la nouvelle république depuis 1986, a fait libérer Bokassa de prison; est-ce une raison politique pour s’assurer les voix de l’ethnie de l’ex-empereur ?


Retour au Centrafrique

Après une interruption de sept années, me voici de nouveau au Centrafrique. Le 11 octobre 93 j’arrivais à Bangui, à la nuit tombante; avec Mgr Antoine Maanicus, évêque de Bangassou et le P. J.M. Lejeune, nous nous trouvions dans le même avion. Le P.B.Courant, supérieur principal des spiritains de la RCA et le P.Peter Marzinkowski, spiritain allemand, curé de la paroisse de N.D d’Afrique, nous attendaient. C’est à cette paroisse que je suis affecté. Dès la descente d’avion, j’ai senti l’air chaud et humide de la saison des pluies.

Durant mon séjour en France, j’ai suivi les événements qui ont marqué la RCA; malgré cela, j’ai ressenti fortement le contraste entre les deux pays et les changements survenus en sept années, à commencer par les routes : sur le chemin de l’aéroport, un pont ayant été détruit par des inondations, il a fallu faire un détour sur une route poussiéreuse, non goudronnée, pour arriver à la paroisse N.D.d’Afrique.

Nouveau président : Ange Félix Patassé

Le 22 octobre, le nouveau Président, Ange Félix Patassé, élu démocratiquement, a été investi dans sa fonction. Dans son discours, il a fait le constat de la situation critique du pays. Les activités économiques et sociales sont au ralenti. Depuis trois ans (ce qu’on appelle ‘les années blanches), les écoles, lycées et université n’ont pas repris sinon quelques mois par ci par là. Les hôpitaux ne reçoivent guère que les urgences, les médicaments font défaut. Les agents de la fonction publique des divers ministères ne sont pas payés depuis dix mois ou plus, ce qui explique l’état de grève. Détournement d’argent, mauvaise gestion qui en résultent, sont cause de la dégradation du pays. Pour une reprise de la coopération étrangère, notamment française, un plan de rigueur s’impose. Le gouvernement s’ouvre aux membres des partis opposés au MLPC, parti présidentiel; pourtant Abel Goumba s’exprimant à la télévision, trouvait l’ouverture insuffisante et craignait même un retour de dictature. Qu’en sera-t-il ? En tout cas le 22 novembre un espoir surgissait avec la cessation de l’état de grève et un premier paiement des fonctionnaires.

Activités informelles

Malgré cette situation, il y a toute une activité informelle, ce qu’on pourrait appeler ‘la débrouille", celle de nombreux petits artisans en mécanique, construction, réparation de tous genres. Taxis et minibus circulent. J’ai constaté qu’un réparateur de pneus sur la rue ou dans la quartier gagnait mieux sa vie qu’un enseignant et d’une façon plus sûre. Les marchés de fruits et de légumes sont bien achalandés, grâce à de nombreux cultivateurs -et surtout cultivatrices- de la périphérie de Bangui.


La Paroisse Notre Dame d’Afrique

Dans ce contexte, comment se présente l’Eglise ? Elle connaît un développement surprenant. A la paroisse N.D .d’Afrique nous sommes trois prêtres spiritains : Peter Marzinkowski, Jean-Baptiste Mouyamba, congolais, et moi. Un jeune stagiaire congolais spiritain lui aussi, Justin Bahouaya est avec nous; nous formons une équipe euro-africaine. La paroisse, fondée en 1954, couvre une étendue de 6 à 7 km environ. Elle est partagée en quatre secteurs qui comprennent 18 communautés. Celles-ci sont bien structurées, chacune ayant un responsable, un conseil d’hommes et de femmes choisis par les chrétiens, des catéchistes et des animateurs de divers mouvements. J’ai été surpris de ce foisonnement de groupes qui se sont créés ces dernières années : groupe de partage d’Evangile, confrérie de St Vincent de Paul, Focolari (mouvement évangélique), Solidarité des Travailleurs chrétiens .....La ‘Légion de Marie", implantée depuis 1950, compte près de 1.500 membres. Beaucoup de jeunes sont engagés dans divers mouvements, notamment ‘les Martyrs" (martyr est à entendre dans le sens de ‘témoin"), c’est une Fraternité de prière et d’action dans les quartiers. Chaque communauté a sa chorale qui anime tour à tour les trois messes du dimanche dans la grande église qui peut contenir un bon millier de personnes. L’après-midi du dimanche les chrétiens se retrouvent dans la chapelle de leur communauté de quartier pour une réflexion sur l’évangile et l’application à la vie.

La paroisse s’étend sur une grande superficie et compte environ 80.000 habitants, dont sans doute près de 35.000 chrétiens (les catholiques sont au nombre de 23 ou 24.000, le nombre de protestants n’est pas connu). Près d’un millier de catéchumènes se préparent au Baptème et plus de 600 suivent la catéchèse de la Confirmation. Le secteur dont j’ai la charge comprend 4 communautés  aux quartiers Mandaba, Kaïmba, Centre Obrou, Bafio.

Ces dernières années il y a eu incontestablement une prise de conscience des responsabilités que les chrétiens ont à prendre dans l’Eglise et dans la vie du pays. On perçoit une grande aspiration à un approfondissement de la Foi. Nous espérons qu’elle conduira à une amélioration de la vie des gens et à un meilleur avenir pour la RCA. Les mouvements dont je vous ai parlé ont cette ouverture sur la vie de la cité, ils essaient de vivre la solidarité et le partage, mais il y a toujours le danger d’introversion.

Depuis le Concile de Vatican 2, la Mission ne consiste plus dans le prosélytisme du passé qui ne respectait pas suffisamment la liberté de conscience des personnes; elle est dans le témoignage d’une vie conforme à l’Evangile.


Vu le nombre de chrétiens et de groupes il n’est pas possible de les visiter souvent et de participer à toutes les réunions; chaque dimanche après-midi, je vais à l’une des rencontres de quartier. Une des tâches principale de l’équipe des prêtres est la formation des catéchistes (ils sont au nombre de 80) et des responsables des communautés et des mouvements.



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